Publié le 30 avril 2021
Carine Bielen appartient à un monde socialement, économiquement, mentalement marginal. Optimiste née, elle navigue dans notre société avec sa permanente bonne volonté. Malaisé de tout bien faire quand on est moins douée que la moyenne des citoyens ordinaires.

Seule sur scène, presque toujours assise, Véronique Dumont interprète son personnage avec une profonde humanité. Elle dégage une présence irradiante. Elle rend proche de chacun une quadragénaire malmenée par la vie mais tellement contente d’être là, vivante, touchante, charnelle et émotive. Simultanément lucide et inconsciente, docile aux normes imposées par la société et individuelle dans les actes qui affirment son existence, soucieuse d’avenir et pétrie de son passé.

L’écriture de Céline Delbecq induit cette incarnation qui se veut réaliste sans chercher à pasticher le langage parlé. Les mots sont simples. Les phrases sont brèves et possèdent leur musique. Aucun signe de ponctuation, si ce n’est des / simples, doubles ou triples indiquant un rythme, lui-même suggéré par un passage à la ligne. Un cheminement mental dans lequel s’entremêlent la véracité du présent, la mémoire du passé, l’utopie des désirs rêvés, une certaine logique face aux faits, un flou latent composé de difficultés intellectuelles et de brumes alcoolisées, un besoin constant de sentiments espérés et cette certitude absolue d’exister tant qu’on est mère d’un enfant, seul bien en sa possession pour quelqu’un qui ne possède rien.

Le spectacle s’avère d’une parfaite cohérence entre texte, interprétation et tout ce qui concourt au spectacle. Le décor épuré de De Coster et Kleinermann  suggére des lieux  sans les imposer sauf après l’ultime réplique ; il délimite la frontière entre rêve et réel. La musique, discrète, légère de Pierre Kisling accompagne les répits d’imaginaire tandis que les éclairages d’Aurélie Perret ponctuent juste quand il le faut la nécessité d’isoler le personnage.

Ce portrait drôle et émouvant n’est pas que celui d’un être en quête d’insertion, de reconnaissance, d’amour. Il dessine aussi celui de familles précarisées, en misère financière autant que culturelle. Il démonte indirectement les mécanismes sociétaux écartelés entre législation rigide, humanité résiliente et implacable insuffisance de moyens.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Bruxelles - Belgique Du 04/05/2021 au 14/05/2021 à Variable selon confinements Rideau de Bruxelles Rue Goffart, 7a, 1050 Ixelles-Bruxelles Téléphone : 32.(0)2.7371601. Site du théâtre Réserver  

À cheval sur le dos des oiseaux

de Céline Delbecq

Seul-en-scène Théâtre
Mise en scène : Céline Delbecq
 
Avec : Véronique Dumont

Assistanat Delphine Peraya
Scénographie, costumes Thibaut De Coster et Charly Kleinermann
Création sonore Pierre Kissling
Lumières, régie générale Aurélie Perret
Regard dramaturgique Christian Giriat
Habillage Nina Juncker
Constructeur Vincent Rutten

Durée : 1h05 Photo : © Beata Szparagowska  

Production Compagnie de la Bête Noire

Coproduction Rideau de Bruxelles, Compagnie de la Bête Noire, Théâtre des Ilets/CDN de Montluçon, Centre culturel de Mouscron, Centre culturel de Dinant, La Coop...

Aide : Chartreuse CNES, Centre national des Ecritures du Spectacle, Centre culturel de Gembloux, Shelterprod, Taxshelter.be, ING, Tax shelter du gouvernement fédéral belge

Lire : Céline Delbecq, A cheval sur le dos des oiseaux, Carnières, Lansman, 2021, 58p (11€)

Revoir : http://www.ruedutheatre.eu/article/4223/cinglee/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/3724/le-vent-souffle-sur-erzebeth/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/3226/l-enfant-sauvage/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/2524/eclipse-totale/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/2396/abime/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/1321/hetre/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/1147/hetre/

              http://www.ruedutheatre.eu/article/158/le-hibou/