Michel VOITURIER Lille
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Publié le 26 mai 2021
Une histoire simple, contée sans artifice superflu. Un théâtre de proximité. Mais qui se pimente de mettre à jour l’apport spécifique du théâtre, le rôle de la littérature, leur lien avec le quotidien ordinaire et la vie réelle de ceux qui le pratiquent comme de ceux qui en sont spectateurs.

Avec un minimum d’accessoires, des éléments de décor élémentaires, un éclairage réduit, des coulisses visibles, une bande son d’atmosphère, trois acteurs  du Teatro delle Ariette se baladent au sein d’un espace délimité par la présence des spectateurs sans aucun des trois murs habituels constitués par la scène d’un théâtre ordinaire.

Un spectacle à plusieurs niveaux

A priori, une histoire simple en rapport autobiographique avec celui qui la raconte et l’a vécue. Celle d’un jeune Italien qui, à la fin des années 1970, vit son premier amour en France dans une famille d’exilés espagnols ayant fui la dictature franquiste avant de s’installer en Algérie et puis de se fixer dans l’hexagone.

Voilà pour un premier niveau narratif, inscrit dans le réel. À celui-là s’adjoint celui, fiction reconnue comme telle,  celle du roman d’Albert Camus « L’étranger » que la jeune fille de la famille donne à son amoureux qui, la lisant, y retrouve des émotions de sa propre existence. 

Ainsi vie vécue et vie imaginaire se conjuguent-elles en un seul spectacle. Auquel s’ajoute un dernier niveau qui est celui de la préparation en temps réel, avec des ingrédients réels, d’un couscous à partager une fois la représentation terminée.

 

Une richesse de moyens scéniques

Au moyen de presque rien, le trio de comédiens suscite des présences et des lieux divers. La parole est reine bien sûr, autant pour dire ce que les personnages ont à révéler mais aussi pour lire des extraits du roman de Camus, fait divers tragique articulé autour du meurtre d’un arabe par un européen. Elle sera monologue, dialogue, parfois enregistrement sonore.

Ils se servent du mime lorsqu’il s’agit d’évoquer le passage du réel à la fiction, du plateau à la plage d’Oran. Il suffit d’un changement à vue de tenue vestimentaire vivement colorée pour transformer qui narre en qui est protagoniste du livre. La présence du fait littéraire se concrétise non seulement par un bouquin feuilleté mais également par un tapis plage et par des pages imprimées monumentales déposées, brandies, utilisées comme des panneaux de défilés politiques. Chaque élément apporté sur scène fait signe et donc sens, à la fois images concrètes et références à une idée généreuse de ce qu’est la culture.

La conclusion, laissée à la voix de Camus durant son discours de Stockholm quand il reçut le prix Nobel, synthétise cette position que l’artiste se doit d’être engagé pour parler du monde, pour susciter réflexion et action. Ainsi, à travers une représentation où l’humour entraîne vers le plaisir de la comédie, où les conditions de vie invitent la souffrance et le drame, se dessine aussi une attention portée à l’humain en tant que présence agissante dans sa réalité sociale.

Teatro naturale ? Moi, le couscous et Albert Camus
Tourcoing Du 19/05/2021 au 23/05/2021 à 19h di 16h Idéal (Théâtre du Nord) 19 rue des Champs Téléphone : 03 20 17 93 30. Site du théâtre Réserver  

Teatro naturale ? Moi, le couscous et Albert Camus

de Stefano Pasquini

Théâtre
Mise en scène : Stefano Pasquini
 
Avec : Paola Berselli, Maurizio Ferraresi, Stefano Pasquini

Production : Teatro delle Ariette

Soutiens: Ville de Valsamoggia, Région Emilia-Romagna

Durée : 1h40 Photo : © Stefano Vaja