Cécile STROUK envoyée spéciale à Nancy
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Publié le 5 novembre 2016
Une histoire de meurtre qui n’en est pas une, d’une princesse juive qui est bien plus que ça. "Meurtres de la Princesse Juive – Bon titre, publicité mensongère" présente un spectacle au prime abord alambiqué, derrière lequel se cache une réflexion puissante de réalisme social.

Est-ce qu’il vous arrive de ressentir de l’appréhension lorsqu’on vous annonce que la pièce que vous allez voir dure plus de 2h ? Si l’ennui est un élément constitutionnel du théâtre, en ce qu’il nous porte vers d’autres cieux, il ne doit pas devenir prépondérant. Or, le risque avec les pièces longues est qu’il s’empare de nous et qu’il ne nous lâche plus.

Malgré ses 2h30, Meurtres de la Princesse Juive évite cet écueil. Est-ce dû à la particularité numéraire des comédiens sur scène (12), à leur énergie contagieuse, à leur jeunesse gonflée d’audace (ils sortent tous de l’ENSATT à Lyon), à l'incisivité du texte fleuve de Armando Llamas ou encore à la mise en scène métronomique de Michel Didym (directeur du CDN de Nancy) ? Tout ça à la fois.

Un théâtre-film

Le talent affleure de partout dans l'interprétation de ce texte écrit par un auteur espagnol iconoclaste. Pour l’avoir présenté à la Mousson d’Été (festival d’écritures théâtrales se déroulant en août près de Metz), Michel Didym a su trouver l’ampleur scénique nécessaire pour donner vie à cette narrativité subtilement crue.

Dans cette pièce chorale où il est question de voyages, d’une rupture et d’amour sans frontières, les comédien-ne-s proposent un enjeu de très bon niveau. Autant dans leur diction - claire, confiante - que dans leur gestuelle – juste, bien sentie. Ils se donnent la réplique sans s’essouffler ; ils s’embrassent sur la bouche sans discontinuer comme symbole de leur symbiose ; ils s’écoutent et s’observent.

Nombreuses sont les scènes collectives où une partie des personnages est en plein jeu actif pendant que les autres se positionnent en éléments du décor. La réussite de ces scènes à plusieurs niveaux prête une dimension picturale voire cinématographique à la pièce.

 

Voyage voyage

Il faut dire que la scénographie y est pour beaucoup. La pièce est rythmée par des tableaux de 20 minutes annoncés par de superbes intermèdes musicaux (on dit bravo pour le choix de « Voyage Voyage » repris par Soap&Skin) et qui permettent un renouvellement d’ambiance.

On passe de l’espace aseptisé des aéroports, où les rencontres se tissent dans l’éphémère, à un intérieur dégagé au Bengladesh, à un café du 10ème arrondissement de Paris, à une place vide de Mantes-la-Jolie… Le spectateur se laisse guider par le nomadisme de ces âmes idéalistes qui se frottent à la vie avec la violence de ceux qui veulent vivre à tout prix.

Meurtres de la Princesse Juive est une histoire sur l’amour libre, la fureur de vivre, la résilience, la dispute, le voyage et la tolérance. Tout ce qui participe à créer un monde abîmé, certes. Mais juste et beau.

Meurtres de la Princesse juive, bon titre, publicité mensongère
Nancy Du 03/11/2016 au 11/11/2016 à sa 19h ma-me 20h Théâtre de la Manufacture 8, rue Baron Louis 54014 Nancy Téléphone : 03 83 37 12 99. Site du théâtre Réserver   Maubeuge Du 14/11/2016 au 15/11/2016 à 20h Le Manège 1 rue Croix Téléphone : 03 27 65 65 40. Site du théâtre Réserver  

Meurtres de la Princesse juive, bon titre, publicité mensongère

de Armando Llamas

Théâtre
Mise en scène : Michel Didym
 
Avec : Chloé Sarrat, Léonie Kerckaert, Alexandre Servage, Gabriel Rouvière, Marie Brugière, Léo Grange, Heloïse Lecointre, Marion Pastor, Lorenzo Nieddu, Jimmy Marais, Ariane Berendt, Michel Didym

Scénographie : Caroline Frachet, Laure Montagné

Lumières : Pia Marmier, Théo Tisseuil

Son : Estelle Lembert, Caroline Mas

Régie plateau : Marlène Berkane, Laure Montagné

 

 

 

 

 

 

Durée : 2h30 Photo : © Eric Didym  

Conception costumes : Gabrielle Marty et Adélie Antonin

Assistées de : Fanny Buchs

Habillage et régie costumes : Sofia Bencherif et Liliane Alfano

Maquillage et coiffures : Justine Valence

Assistante à la mise en scène : Elodie Chamauret