Publié le 16 décembre 2020
Il est rarissime que les spectateurs soient conviés à assister à ce qui se passe lors de la préparation d’un spectacle. Ce privilège a été accordé à quelques invités de presse durant le confinement de la covid19.

Thibaud Croisy et son équipe préparent une version de la pièce de Copi « L’Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer ». À la fin d’une résidence à a la Rose des Vents, ils proposent de regarder une part du résultat d’un premier travail d’approche, lecture à table qui est une première étape de l’approche d’une œuvre théâtrale.                                                                                                                                         Après cette démarche initiale, le metteur en scène et ses trois interprètes(Helena de Laurens,Emmanuelle Lafon, Frédéric Leidgens) en sont à présent à commencer un travail sur le jeu d’acteurs des premières scènes de la pièce. Comme il ne s’agit en rien d’une œuvre réaliste psychologisante mais plutôt d’une sorte de parodie déguisée de plusieurs écritures théâtrales, enrobée de merveilleux, de fantastique, d’irrationnel, il suggère aux comédiens d’imaginer quelque chose d’étrange qui les saisit lorsqu’ils découvrent le lieu dans lequel ils pénètrent.

Ceci tenant compte que, pour le moment, les accessoires sont évidemment restreints au minimum, que le décor n’existe pas encore mais qu’ils ont néanmoins choisi un vêtement susceptible de les aider à entrer dans leur personnage. Dans la salle, les personnes présentes, informées de plusieurs allusions intertextuelles qui forment la trame de l’écriture de Copi, disposent donc de certaines informations que la troupe a déjà intégrées.

L’intérêt réside dans cette perception, en principe invisible, des instants de concentrations d’Helene de Laurens et de Frédéric Leidgens avant de pénétrer dans l’aire de jeu. Il se complète par l’observation du comportement corporel, de l’occupation de l’espace scénique, de l’écoute des répliques données sachant qu’elles n’auront pas une audibilité maximale puisqu’il s’agit durant cette étape d’êtres qui se parlent dans l’intimité d’un endroit et non qui articulent en vue d’être entendus par un public

Rejouer et revoir

Après cette première esquisse de séquence en actions et quelques remarques du metteur en scène, reprise de cette même scène. Les témoins invités installés sur leurs sièges ont désormais une appréciation nouvelle, comparative : les comparses improvisent une version dont l’optique intègre une autre gestuelle, un rapport spatial plus signifiant grâce au simple déplacement d’une chaise permettant de jouer sur la distance et le rapprochement qui précise une relation en train d’exister entre eux. Quoi de plus flagrant pour un spectateur ordinaire que de se rendre compte de l’apport d’une mise en scène à la compréhension par un public d’un spectacle qu’il ne verra en général qu’une seule fois alors que ceux qui le jouent ont vécu des mois avec un texte d’auteur !

Cette séance documentaire se complète par une illustration du travail de lecture à table de la scène 4 de « L’Homosexuel ». La voix ici prédomine. Ce qui est souligné est la musique des mots, la modulation de l’oralité avec l’apport d’Emmanuelle Lafon. Cette ébauche plus sonore dévoile combien une intonation est susceptible de charger une réplique d’ironie, de douceur, de menace, de complicité, etc. Et donne, forcément, envie de voir, en fin de parcours, ce que deviendra sur un plateau, devant une salle d’abonnés ou d’amateurs occasionnels de théâtre, une œuvre dont on a perçu l’intérêt de l’intérieur. Il faudra patienter quelques mois, Thibaud Croisy et sa troupe ont encore du pain sur les planches avant d’aboutir à ce qu’ils espèrent.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
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Copi, L'Homosexuel ou la difficulté de s'exprimer, Paris, Christian Bourgois, 1971, 112p.

  Photo : © Emmanuel Valette