Publié le 12 octobre 2020
Trois couples ont en commun que les maris travaillent dans la même entreprise. Ce qui se passe dans le fonctionnement institutionnel interfère sur le comportement humain. Lorsque cela se cristallise autour d’une promotion potentielle, tout devrait se concrétiser lors d’un dîner commun que guette le quiproquo.

Dans un décor proche d’un palace pour V.I.P., agencé en balcon afin de permettre à la mise en scène de jouer avec la verticalité de l’espace autant que de la hiérarchie institutionnelle, agrémenté de symboles hermétiques vaguement daliniens, l’action oscillera entre hall d’accueil, bureaux, intérieurs privés, rue citadine, salle à manger et autres endroits plus ou moins probables suggérés à travers des changements à vue de détails mobiliers.

Dans cet environnement-là, Rémi De Vos a inséré une intrigue qui possède bien des caractéristiques du théâtre de boulevard. L’essentiel du ressort de l’intrigue se concentre dans un quiproquo menant à une scène délirante qui est, en son genre, un morceau d’anthologie.  Les personnages qu’il a conçus sont caricaturés à outrance au point de perdre une partie de leur psychologie réduite à des stéréotypes. Le comique naît en partie de la grosseur du trait qui les dessine.

Il naît encore d’une forme de répétitivité, notamment dans les répliques reprises de l’un des protagonistes par son interlocuteur. Il l’est aussi par l’état d’une des épouses ; celle-ci, comme 10% des malades atteints du syndrome de la Tourette, laisse exploser de façon incontrolable des injures triviales, des gros mots vulgaires. Un mécanisme récurrent qui, ainsi que c’était le cas de Fred dans « Toc Toc » de Laurent Baffie, s’avère tellement prévisible qu’il en devient lassant.

 

Emprunts

Il ne manque même pas à ces caractéristiques boulevardières un moment de caleçonnade lors d’un pseudo striptease esquissé. Sans oublier le jeu des comédiens, tous également unis dans la dynamique de leur interprétation stimulée par Jean-Michel Ribes, qui ne cessent de surjouer ainsi qu’il convient selon la tradition du genre.

Outre ces emprunts au vaudeville, le côté hybride de réminiscences plus ou moins conscientes se renforce via les allusions à Kafka et à sa « Métamorphose» par le biais du fantasme quotidien d’un des employés ou de l'absurdité du "Château", voire surtout du discours "Rapport pour une académie". Peut-être encore référence au « Schmürz » muet de Boris Vian dans « Les bâtisseurs d’empire ».

Il y a tentative, au milieu de cette parodie de comédie alimentaire, de porter un message sociopolitique à propos du fonctionnement institutionnel. Mais probablement s’agit-il là d'une sorte d’incompatibilité puisque même Dario Fo, dont le théâtre est d’abord une approche critique des dysfonctionnements sociétaux, ne parvenait pas à être totalement convaincant dès qu’il passait de la comédie à l’italienne aux pastiches du boulevard, genre particulièrement réactionnaire en son contenu au point de soustraire l'oeuvre à son statut de parabole.

Bien sûr, derrière cette farce se profilent des éléments qui appartiennent au fonctionnement du monde économique par lequel nous sommes gouvernés : hiérarchie rigide, clivages sociaux, arrivisme compétitif stimulé, pression professionnelle à la productivité d’où naissent des comportements psychologiquement déviants, tendance à une rentabilité étrangère à tout sentiment au profit du profit, burn out en embuscade. Néanmoins, ces composants s’avèrent mieux étayés dans d’autres pièces de De Vos : « Départ volontaire », « Ben oui mais enfin bon » par exemple, à portée critique moins diluée.



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Kadoc

de Remi De Vos

Théâtre
Mise en scène : Jean-Michel Ribes
 
Avec : Caroline Arrouas, Jacques Bonnaffé, Marie-Armelle Deguy, Gilles Gaston-Dreyfus, Anne-Lise Heimburger, Yannik Landrein

Scénographie : Sophie Perez
Construction décor : Antoine Plischké, Isabelle Donnet, Tanguy Sayag, Catherine Thierry
Costumes : Juliette Chanaud
Lumières :  Hervé Coudert
Son : Guillaume Duguet
Coiffures : Nathalie Eudier
Assistanat à la mise en scène : Olivier Brillet

Remerciement : Alexandra Trovato (chorégraphe)

Durée : 1h25 Photo : © Giovanni Cittadini Cesi  

Production : Théâtre du Rond-Point (Paris)

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Lire : Rémi De Vos, Départ volontaire - Kadoc, Arles, Actes Sud, 2019, 208p.