Publié le 5 octobre 2020
Quand vient l’heure de la mort, chacun aimerait dresser le bilan d’une vie. Lorsque la camarde vient annoncer à une vieille dame qu’il est temps de quitter ce monde, celle-ci lui demande la faveur de lui accorder le temps de repasser le film de son existence.

Dynamisme et inventivité sont sans doute les deux mots qui conviennent à ce spectacle de marionnettes et de musiques. D’un côté, celui du jardin, un musicien virtuose, capable de jouer en même temps de la clarinette, de l’accordéon et de la batterie, mène presto mélodies gaillardes et boniment de forain. De l’autre côté et au milieu du plateau, une comédienne marionnettiste danseuse entraine une sarabande biographique en un train d’enfer qui part du présent vers le passé pour mieux revenir à un présent définitif.

Martin Kaspar Läuchli donne le rythme et les tons. Il cavale à travers des airs guillerets, des bruitages de décor sonore, des élans dramatiques, des intermèdes ironiques. Simultanément et mine de rien, il tire quelques ficelles qui déclenchent des éléments scéniques.

Estelle Charlier joue de son corps comme d’un instrument omniprésent qui connaît le mime, qui s’incarne en chorégraphies, qui ose les contorsions de l’acrobate, qui se déglingue en pantin effrayant ou déclame en moribonde bien vivante un inventaire vital.

Elle manipule des marionnettes expressionnistes de toutes sortes. À fils, à gaine, à porter, à propulser, à se projeter en ombres chinoises. Elle se masque et démasque des épisodes biographiques. Elle donne des voix, parfois rendues inaudibles par un visage emprunté au cauchemar et à la légende ou à la mythologie.

Rien n’échappe à ce torrent verbal, gestuel, musical. De l'accouchement initial à l’agonie finale, c’est un défilé expéditif dont la partie la plus ahurissante et la plus spectaculaire est un ballet entre des projections sur une feuille de papier maniée comme accessoire de ballet et permettant des apparitions, des métamorphoses, des sortilèges vertigineux. Un moment anthologique dont on comprend que la troupe ait pris le risque d’en abuser au point de déséquilibrer quelque peu le déroulement de l’histoire.

On sort de là pantelants, comme les interprètes. Et il faut un temps de décompression pour revenir au quotidien en sa banalité si souvent morne. On emporte des images, on retrouve des bribes de la mémoire collective nourrie par des mythologies cosmopolites.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Tournai - Festival Découvertes Images Marionnettes Halle aux Draps - Belgique Le 25/09/2020 à 20h Centre de la Marionnette 47 rue Saint-Martin Téléphone : +32 (0)69 88 91 40 . Site du théâtre Réserver  

Tria Fata

de Romaric Sangars

Marionnettes, danse, musique dès 11 ans Théâtre
Mise en scène : Romuald Collinet
 
Avec : Estelle Charlier (voix, danse, manipulations), Kaspar Läuchli (voix, accordéon, clarinette, batterie)

Direction artistique : Estelle Charlier
Collaboration à la mise en scène : Pavlina Vimmrova
Musique : Martin Kaspar Läuchli
Regard : Romaric Sangars
Création lumière, régie générale : Anthony Lopez

Marionnettes, scénographie : Estelle Charlier, Romuald Collinet

Régie : Anthony Lopez, Andi Luchsinger

Soutiens : Département de l'Isère ; Ville de Winterthur, (CH) ; Théâtre du Temple (Saillans) ; La BatYsse et l'Espace Culturel La Buire (L'Horme) ;  Ateliers de couture et de construction de la Ville de Grenoble, SPEDIDAM, Institut Français (Paris)

Durée : 55' Photo : © DR  

Production : Théâtre de l'Homme Ridicule.
Coproduction : Le Tricycle Grenoble