Publié le 9 septembre 2020
Frédéric, fan de David Bowie, est le sosie de Freddie Mercury. Pour gagner sa vie, il n’a pas eu d’autre choix que de se produire sur scène non en fonction de ses goûts mais de son physique.

Il en a marre Frédéric de jouer les doublures, de ne pas faire ce qu’il aime, d’être un duplicata plutôt qu’un authentique, de se produire dans des galas minables plutôt que dans des Zénith, d’être ravalé au rang de « guignol pour les foires aux boudins ». Et précisément, ce soir, ses musiciens le laissent tomber.

La salle est presque pleine. Le chanteur abandonné est seul avec un piano. Les spectateurs attendent. Lui, tergiverse, soliloque, ronchonne, vitupère, se désole, se laisse finalement aller vers les confidences les plus intimes, vers une cathartique confession publique.

C’est qu’être sosie est une position inconfortable. On n’est plus soi. Les gens viennent voir l’illusion de quelqu’un d’autre en sachant pertinemment que ce n’est pas lui. Tout comme lui-même sait pertinemment qu’il n’est pas celui qu’il est en train d’incarner et garde sa propre personnalité. Il ne peut même pas tuer celui qu’il copie puisque celui-ci est déjà mort. D’où quelques tourments intérieurs que l’on perçoit lors d’une séquence où l’acteur dialogue avec la psy de son personnage.

Sa vie est désabusée. Entre fausse gloire rêvée et petite gloriole éphémère. Entre un présent poussif et un avenir sans élan. C’est l’heure du burn out. C’est le moment d’un bilan plutôt négatif. Bréda en profite pour approfondir un peu un caractère, une mentalité, un tempérament confrontés à la réalité.

Être soi ou sosie ?

L'auteur porte un regard critique sur un show bizz qui fabrique du faux pour vendre du rêve au public et manipuler le rêve de quelqu'un qu’il manipule. La satire des castings qui constitue plusieurs séquences hilarantes et caustiques dévoile les mécanismes de leur fonctionnement purement commercial. Cela possède la drôlerie d’une méchanceté méritée.

Ainsi se constitue une sorte de duo imaginaire entre Frédéric chanteur rock et Charlie Bokoko un costaud sentimental désireux d’incarner Charles Aznavour et qu’on engage comme clone de Mike Tyson, boxeur agressif. Le mécanisme comique de la confrontation entre la réalité de la personne et le factice du personnage fonctionne plutôt bien. Hormis vers la fin qui s’étire un peu trop.

Entre-temps Jean-François Breuer livre des imitations de la vedette qu’il est censé incarner. D’abord, il chante et joue du piano pas mal du tout, intermèdes bienvenus dans cette pièce où les mots déferlent. Ensuite, il adopte une allure physique et endosse des costumes qui rappellent les grands récitals de Queen, jouant véritablement son rôle de sosie de manière saisissante.

L’ensemble est réussi. Le comédien-chanteur a le sens du mime, il a la voix qui convient à ce qu’il interprète, il campe des silhouettes avec juste assez de caricature pour réussir des compositions variées. Et tous comptes faits, on s'y laisse prendre à ce sosie mal dans sa propre peau.

Du coup, souvenir de cette rumeur, soigneusement entretenue à l'époque par les Beatles, que Paul Mac Cartney, supposé mort après un accident de voirture, avait été remplacé par un fac-simile de lui-même. Le malaise étant, cette fois, que l'original se demandait s'il n'était pas un autre.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Thoricourt (Silly) - Théâtre au vert - Belgique Le 22/08/2020 à 21h30 Grange du Château 43 rue de Silly Téléphone : + 32 (0)68 65 96 26. Site du théâtre Réserver  

Frédéric

de Dominique Bréda

Seul-en-scène Spectacle musical
Mise en scène : Dominique Bréda
 
Avec : Jean-François Breuer

Costumes : Laurence Van H
Création lumières : Sébastien Mercial
Décor sonore : Dominique Bréda
Régie : Lukas Grief

Durée : 1h30 Photo : © Daniel Pilette  

Production : Théâtre de la Toison d'Or (Bruxelles)