Toute l'histoire de la peinture en moins de 2h00
Publié le 10 mars 2020
Comment changer son regard sur l'histoire de l’art en moins de 2h00 ? En allant découvrir la verve picturale du volubile Hector Obalk sur la scène du Théâtre de l'Atelier. Peintres, féru·e·s de peinture, amateur·rice·s éclairé·e·s, ignorant·e·s assumé·e·s et enfants curieux·ses, courez-y.

Si seulement la peinture nous avons été contée comme ça, à l’école ! Quel plaisir, quelle joie, quel émerveillement l’on aurait alors ressenti pour tous ces artistes qui ont coloré l'histoire. Nous pourrions même étendre cette remarque à une échelle plus globale : si toutes les matières étaient ainsi racontées, les passions, les goûts et l'intuition d'une vocation se dessineraient peut-être plus précocément.

De quelle manière de raconter parle-t-on là ? De celle de Hector Obalk, historien de l'art, critique, réalisateur français et auteur de documentaires consacrés à l'art. Mais surtout, fin pédagogue. Cultivé, drôle, caustique, critique, précis, malin. Accompagné de son micro-cravate, d’une chaise, d’un écran géant qui fait défiler derrière lui des œuvres commentées en temps réel, et de deux musiciens – une violoniste et un violoncelliste qui parsèment de leurs notes finement interprétées des airs de Bach et de Hayden.

Voyage dans le temps

C’est tout un pan de l’histoire de l’art qui nous est dévoilé ce jour-là, au Théâtre de l’Atelier, « en moins de 2 heures ». Un voyage de six siècles qui explore les débuts de la perspective à une époque où des peintres tels que Raphaël et Léonard magnifient la texture et l’anatomie, sur fond de scènes religieuses. Avant de faire un bond dans le Maniérisme. Illustré par des peintures de Michel-Ange et Bronzino, Hector Obalk perçoit ce mouvement comme une façon pour les artistes, après avoir été au plus proche du réel, d'affirmer leur propre manière de peindre. C’est un temps de la sensualité pour les Italiens avec la perfection réaliste des tableaux du Caravage (son Cupidon dans L’amour victorieux) et de la douleur pour les Nordiques avec Holbein et son Christ cadavérique.

Causticité du détail

Plongée ensuite dans le siècle d'or du XVIIe siècle incarné par des peintres tels que Rubens et sa « peinture dynamique », Poussin et sa « sérénité », Rembrandt et ses inquiétants autoportraits, Wermer et ses scènes de genre, Chardin et ses scènes de la vie intime (et mutine) au « caractère ouaté ». Puis, l’histoire s’accélère : le XVIIIe avec Fragonard, le XIXe avec Ingres et son odalisque néo-classique. Pour finir sur la modernité impressionniste qui réduit la perspective au profit d’un mur lumineux.

Hector Obalk loue les « subtilités chromatiques » de Cézanne et se montre plus réservé sur le trait de Van Gogh, quitte à choquer celles et ceux qui le perçoivent comme un génie. Il n’hésite pas non plus à « dire non au cubisme », et à affirmer ses préférences en matière d’art contemporain avec l’éloge de Gilles Aillaud. Une découverte finale qui saisit notre regard par la singularité figurative de ses panthères.

Oeil de lynx

Bref, Hector Obalk n’a pas sa langue dans sa poche, sauf peut-être quand ses paroles sont trop murmurées pour être audibles dans la salle. Ce seul en scène offre un festival d’informations. Mais surtout de détails. Ce qu’il nous donne à voir ici n’a pas de prix. Grâce à la numérisation en haute définition des peintures qu’il nous présente, il est en mesure de nous montrer le moindre détail des peintures : les anomalies, les symboles, les incohérences, les ratés, les merveilles. Tout ce que l’on ne voit pas. Tout ce que l’œil, dans une exposition, ne peut deviner. Et c’est là, dans cette analyse de l’invisible, que la proposition de Hector Obalk s'avère précieuse.

Car, comme l’évoque si justement Daniel Arasse dans ses  ouvrages majeurs sur l’histoire de l’art - On n’y voit rien, Le détail - « Le problème, c'est qu'à force de rendre les tableaux visibles par le plus grand nombre possible, il en découle qu'on les voit de moins en moins. »



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris Du 07/03/2020 au 19/04/2020 à Les samedis à 15h ; les dimanches à 11h ; certains lundis à 20h45 Théâtre de l’Atelier Place Charles Dullin, 75018 Paris Téléphone : 01 46 06 49 24. Site du théâtre  

Toute l'histoire de la peinture en moins de 2h00

de Hector Obalk

Théâtre
Mise en scène : Hector Obalk
 
Avec : Hector Obalk, Raphaël Perraudau (violoncelle), You-Jung Han (violon)
Durée : 2h00 Photo : © Goldo

Lire : Daniel Arasse, On n'y voit rien. Descriptions, Paris, Gallimard Folio Essais, 2003, 224p.