Publié le 9 février 2020
Tout le monde connaît « Les 1001 nuits », Shéhérazade, Ali Baba, Aladin, Sinbad, etc… Presque personne n’a vraiment lu l’ensemble. Guillaume Vincent en propose une lecture sélective qui se veut contemporaine. Et représentative de l’idée que la littérature peut s’opposer à la barbarie.

Il y a de la démesure dans cette histoire bourrée d’autres histoires, elles-mêmes enchâssées les unes dans les autres. Leur origine légendaire aurait été le stratagème conçu par Shéhérazade, femme d’un sultan sanguinaire qui, pour ne pas être trompé par son épouse, décapite chaque matin la mariée avec qui il a passé la nuit. Afin d’échapper à la mort, la jeune femme invente des histoires qui s’arrêtent à l’aube sur un suspense raconté le soir suivant.

Les nombreux comédien(ne)s sont sollicités dans de multiples rôles. Ils les incarnent tous avec une diction impeccable, un travail corporel minutieux, dynamique, généreux. Vêtus ou nus, ils imposent des présences éclectiques avec une même énergie. Ils parlent, chantent, dansent, changeant de costumes aussi souvent que dans les revues de cabaret à la parisienne, plumes en moins.

Le décor est pompeux. Il se propose même une touche de mise en abyme en s’offrant comme scène de théâtre au sein du théâtre lui-même. Mais il est aussi pesant, chargé. Il accumule des signes disparates. Il impose son architecture plus qu’il ne stimule l’imaginaire. Il apporte un orientalisme mitigé et n’offre vraiment d’allusion claire au présent que quelques sièges en plastique bleus de salle de spectacle ou d’attente.

Guillaume Vincent a voulu mêler Orient et Occident, entrelacer des lieux et des époques dissemblables, utiliser les contes originels et en ajouter de nouveaux. Mettre en coexistence personnages fictifs et figure réelle comme la chanteuse Oum Khaltoum, symbole d’émancipation féminine. Intercaler narration et action.  Le rappel du merveilleux s’abîme contre la présence de kalachnikov. D’où un embrouillamini entre la forme et le propos. Tout se panache et s’amalgame, surtout dans la première partie. Au point qu’il devient difficile de s’y retrouver tant cela devient labyrinthique.

Par bonheur il y a quelques moments de grâce comme la séquence érotico-poétique des trois hôtesses et du portefaix où les femmes montrent leur pouvoir sur la rudesse fruste des mâles. Il y a de belles images plus ou moins fugaces. Il y a des chants qui envoûtent. Des mouvements d’ensemble réglés façon ‘nage synchronisée’. La seconde partie, plus verbale s’étiole. Reste la voix de la chanteuse qui berce les paroles disséminées avec luminosité.

Beaucoup de moyens donc pour un résultat mitigé. Comme si, à vouloir trop dire, trop signifier, trop accumuler, trop combiner, les intentions du metteur en scène s’éparpillaient au fil de la représentation, se diluaient au milieu des apparences, oubliaient le plaisir du théâtre au profit du paraître plus ou moins ostentatoire.

Rococo tarabiscoté


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Lille Du 04/02/2020 au 08/02/2020 à 19h sa 16h Théâtre du Nord 4 pace du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver   Caen Du 12/02/2020 au 13/02/2020 à 20h Théâtre de Caen 135 boulevard du Maréchal Leclerc – BP 71 14007 Caen Cedex 1 Téléphone : 02 31 30 48 00. Site du théâtre Réserver   Albi Du 25/02/2020 au 26/02/2020 à 19h30 Grand Théâtre Place de l’amitié entre les Peuples Téléphone : 05 63 38 55 56. Site du théâtre Réserver   Rennes Du 03/03/2020 au 07/03/2020 à 19h30 sa 15h Théâtre National de Bretagne 1 rue Saint Hélier 35040 Rennes Téléphone : 02-99-31-12-31. Site du théâtre Réserver  

Les Mille et une nuits

de Guillaume Vincent

Théâtre
Mise en scène : Guillaume Vincent
 
Avec : Alann Baillet, Florian Baron, Moustafa Benaïbout, Lucie Ben Dû, Hanaa Bouab, Andréa El Azan, Emilie Incerti Formentini, Florence Janas, Djibril Pavadé, Kyoko Takenaka, Charles-Henri Wolff

Adaptation libre: Guillaume Vincent
Dramaturgie: Marion Stoufflet
Scénographie: François Gauthier-Lafaye
Collaboration à la scénographie: Pierre-Guilhem Coste
Lumières : César Godefroy, Hugo Hamman
Composition musicale: Olivier Pasquet, Florian Baron
Son: Sarah Meunier-Schœnacker
Costumes : Lucie Ben Dû
Collaboration costume: Charlotte Le Gal
Regard chorégraphique: Falila Taïrou
Assistant à la mise en scène: Simon Gelin
Coiffures, maquillages : Mityl Brimeur
Régie générale: Jori Desq
Régie plateau: Benjamin Dupuis et Guillaume Lepert
Régie lumière: Lucas Samouth
Régie micros : Rose Bruneau
Masque: Anne Leray
Stagiaires scénographie: Maialen Arestegui, Margaux Moulin, Nil Catala
Stagiaire son: Nathan Bernat
Stagiaires costume: Charly Bellanger, Irène Jolivard, Sabine Meier
Production, diffusion: Laure Duqué, Charlotte Laffillé, Ninon Leclère

Réalisation du décor : ateliers du Théâtre du Nord et de l’Odéon - Théâtre de l’Europe

Durée : 2h50 avec entracte Photo : © Élisabeth Carecchio  

Production : Cie MidiMinuit

Coproduction : Odéon - Théâtre de l’Europe ; Théâtre de Lorient - Centre Dramatique National ; Théâtre National de Bretagne - Centre Européen Théâtral et Chorégraphique ; Malraux (Chambéry Savoie) ; Scène Nationale (Albi) ;Théâtre de Caen ; Comédie de Caen ; Théâtre du Nord (LIlle) ; Maison de la Culture (Amiens) ; Le Cratère (Alès) ;La Filature (Mulhouse) ; Le Parvis (Tarbes-Pyrénées ; Le Quartz (Brest)

Soutiens : Comédie de Reims; La Chartreuse - Centre National des écritures du spectacle; T2G (Gennevilliers); Institut Français d’Egypte ( Le Caire); DRAC Ile-de-France - Ministère de la Culture et de la Communication ; Région Ile-de France (aide à la création)
Participation artistique : Jeune Théâtre National ; Maison Louis Jouvet / ENSAD LR

 

Comparer :version de Serron & Zabus : http://www.ruedutheatre.eu/article/2295/les-mille-et-une-nuits/

                   version de Vincent : http://www.ruedutheatre.eu/article/4228/les-mille-et-une-nuits/