Publié le 27 janvier 2020
Dans sa mise en scène de "Parsifal", au Capitole de Toulouse, Aurélien Bory fait de l’ultime opéra de Wagner le théâtre du combat entre le bien et la mal, entre l’ombre et la lumière. La distribution musicale et vocale est éclatante.

Dès le prologue orchestral, d’habitude dévolu à la seule puissance de la musique, on pressent qu’on va avoir affaire à un Parsifal plein d’énigmes. Ces bâtons de lumière qui s'agitent derrière le rideau de scène et s'organisent périodiquement en signes indéchiffrables figurent-ils comme des runes d’un alphabet inconnu ? Ou bien s'agit-il d'une danse de néons d'art conceptuel, façon Dan Flavin ? Mystère...

Les signes et symboles vont se multiplier, semés par Aurélien Bory dans ce spectacle au long cours (cinq heures trente dont deux entractes). Signes et symboles qui entretiennent, nourrissent et perpétuent le mystère qui nimbe l’ultime opéra de Wagner, créé en son temple de Bayreuth en 1882, son testament artistique et spirituel sous-titré "Festival scénique sacré". Une œuvre épique sans pareille dont Wagner a écrit aussi le livret, synthétisant les cycles mythiques des Chevaliers du Saint Graal, venus des tréfonds du moyen âge, monumentale geste musicale teintée de spiritualité orientale, en particulier de bouddhisme.

L’opéra déroule les étapes du récit initiatique au terme duquel va se révéler la personnalité de ce chevalier pur et innocent qu’est Parsifal. Cette révélation progressive, ce passage de l’ombre à la lumière, Aurélien Bory les formule en usant des dispositifs techniques derniers cri dont il est friand. Telles ces matières thermo réactives qui impressionnent des objets et des corps sur des supports sombres comme des spectres, au sens photographique du terme. Une manière pour lui de mettre en évidence le manichéisme qui sous-tend l’opéra, divisant le monde entre l'ombre - empire des corps et des morts où règne la matière - et la lumière, royaume de la vie spirituelle et de l'art qui échappe au temps. Manichéisme qui se retrouve dans des personnages à double facette, tels Klingsor, le chevalier pécheur devenu magicien maléfique, et Kundry, sorcière et sainte, qu’Aurélien Bory fait accompagner de doubles sur scène.

L’un des signes et symboles distillés à profusion par le metteur en scène au fil de la représentation va néanmoins s’imposer comme un emblème et lever en partie le mystère : le bâton de lumière du prologue est devenu la lance sacrée que Parsifal finit par arracher au magicien Klingsor, rappellant beaucoup le sabre-laser détenteur de la Force dans Starwars.  Cette lance, qui aurait transpercé le flanc du Christ sur la Croix, a le pouvoir de séparer le bien du mal, l’ombre de la lumière, la nature sauvage de la culture sublimée. Son rayonnement éclaire le visage et le corps des justes, ceux qui sont destinés à être sauvés, et laisse dans l’ombre ceux des méchants voués à la matière et au temps.

Dans le château de Montsalvat, symbolisé par une herse surgissant de la forêt, elle-même  représentée par des branchages, le chevalier Gurnemanz conte comment la confrérie vouée au culte du Graal (le calice qui aurait recueilli le sang du Christ) est tombée dans l'abattement. Les chevaliers ont perdu la lance sacrée que le magicien Klingsor leur a dérobée, fou de rage d’avoir été exclu de leur ordre par leur vieux roi Titurel car incapable de respecter le vœu de chasteté imposé par l’ordre des chevaliers. Ayant succombé comme lui aux charmes de la chair exercé par les filles fleurs dans le jardin enchanté du magicien, le fils du roi, Amfortas, blessé par cette lance, est incapable de prendre la relève et de procéder à la cérémonie du Vendredi saint où le Graal doit être révélé à la vue de tous. Et ramener la lumière et la vie sur terre.

Objet-fétiche

Cette lance perdue est tout l'enjeu du récit qui va suivre, objet-fétiche à conquérir par le nouveau venu Parsifal, surgi de nulle part, ignorant tout de lui-même jusqu'à son nom. Passant outre les tentatives de séduction de la belle et farouche Kundry, la sensuelle auxiliaire de Klingsor, qui connaît son histoire et son nom, Parsifal va, par son truchement, être révélé à lui-même. Dès lors, conscient du rôle sacré qui lui est échu, le jeune héros est capable de s'emparer de la lance et, du même coup, de guérir Amfortas. Et de relancer le service du Graal en ce jour de vendredi saint qui conclut l’opéra en apothéose, dans un festival de lumières surgies du néant.

Apothéose musicale avant tout, l’œuvre d’art totale et rédemptrice est conduite avec un grand sens des équilibres par le chef Frank Beermann, méconnu en France. Celui-ci utilise à plein les ressources prodigieuses de l'Orchestre du Capitole et de ses chœurs auxquels sont venus s'adjoindre ceux de Montpellier. Servi par l'acoustique fabuleuse de la salle, le tapis musical, serti de motifs qui s’amplifient par degrés, se déploie avec une ampleur et une majesté rarement atteintes.

Se prêtant de bonne grâce à la gestuelle très codée imprimée par le metteur en scène, le ténor autrichien Nikolai Schukoff, comme d’ailleurs tous les autres chanteurs, s’investit totalement dans le rôle de Parsifal au point de perdre parfois le contrôle d’une voix surpuissante.  Pour sa part, la mezzo Sophie Koch qui aborde pour la première fois le rôle ô combien périlleux de Kundry, seul personnage féminin d’importance dans l’opéra, se révèle .... ensorcelante.  Deux autres géants de la scène lyrique complètent la distribution de tête  : le baryton allemand Matthias Goerne campe un Amfortas bouleversant, et la basse anglaise Peter Rose un Gurnemanz impérial. Sans oublier le baryton Pierre-Yves Pruvot qui compose un Klingsor plein de malice.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Toulouse Du 26/01/2020 au 04/02/2020 à 18h Théâtre du Capitole 1, Place du Capitole Téléphone : 05 61 63 13 13. Site du théâtre

Le dimanche à 15h

Réserver  

Parsifal

de Richard Wagner

Opéra
Mise en scène : Aurélien Bory
 
Avec : Nikolai Schukoff, Sophie Koch, Peter Rose, Matthias Goerne, Pierre-Yves Pruvot, Julien Véronèse, Andreea Soare, Marion Tassou, Adèle Charvet, Elena Poesina, Céline Laborie, Juliette Mars

Direction musicale : Frank Beermann
Scénographie : Aurélien Bory, Pierre Dequivre
Costumes : Manuela Agnesini
Lumières : Arno Veyrat

Durée : 5h Photo : © Cosimo Mirco Magliocca