Publié le 4 novembre 2019
Deuxième volet du diptyque consacré par Christiane Jatahy à «L’Odyssée» d’Homère, «Le présent qui déborde» fait d’Ulysse notre contemporain dans un spectacle-film plein d’empathie.

«Le futur c’est maintenant», lance Christiane Jatahy sur la scène du 104 à Paris, en préambule de son spectacle-film, et d’ajouter «il a déjà commencé !». Une manière d’inciter les spectateurs à ne pas rester calés dans leur fauteuil mais à prendre part à la saga des exilés de la terre, aussi dramatique que festive, qui va s’ouvrir sur l'écran, sur scène et dans la salle. La metteuse en scène, cinéaste et scénographe, dont chaque création fait courir les foules à Avignon et ailleurs en tournée, reviendra sur la scène à la fin du spectacle pour ancrer son propos dans son propre pays : le Brésil, et particulièrement l’Amazonie, dont les populations autochtones sont menacées par un président d’extrême-droite.

Après Ithaque l’an dernier, voici donc Le présent qui déborde, deuxième versant de Notre Odyssée où Christiane Jatahy fait d’Ulysse, de son périple pour retrouver sa patrie au bout de dix ans de tribulations, une histoire toujours vivante. Cette fois, elle pousse encore un peu plus loin sa démarche qui consiste à abolir les frontières entre théâtre et cinéma, entre fiction et document,  entre passé et présent, improvisation et représentation, acteurs et spectateurs, entre la parole du poète et le chœur des voix anonymes, entre les réfugiés et nous.

Un nouveau personnage y fait son apparition : le fils d’Ulysse et de Pénélope, Télémaque, lui-même lancé dans un périlleux voyage à la recherche de son père. Une quête des racines que vivent tant de réfugiés et de migrants aujourd’hui. En témoignent les films que Christiane Jatahy a tournés dans les coins du monde où des anonymes sont jetés sur les routes de l’exil ou en butte à la rapacité de prédateurs, dans les camps de réfugiés du Liban, en Grèce, à Johannesburg ou dans la forêt amazonienne du Brésil.

Véritable chamane

Ce versant documentaire de l’enquête se complète d’un versant fictionnel. La metteuse en scène a invité des comédiens, issus des mêmes communautés que les personnages filmés, à jeter des ponts entre leurs récits et le poème homérique. Chacun est armé des vers d’Homère, pour qu’ils disent l’insoutenable réalité à travers les mots du poète. C’est donc un fiction enracinée dans le réel mais pas forcément triste avec même des passages cocasses. Ceux notamment qui mettent Ulysse aux prises avec le cyclope, son ballottement entre Charybde et Scylla, ou sa descente aux enfers. Aux récits d’Homère, ces acteurs et actrices mêlent leur propre histoire, et font du long voyage du héros mythique sur les flots, de l’attente de son épouse Pénélope, de la quête de leur fils, la métaphore de leur existence tragiquement chahutée.

Ce présent qui déborde se répand bien au-delà des limites de l’écran et de la scène, jusque dans les rangs des spectateurs, où des acteurs musiciens (guitariste, violoniste, joueur d’oud) danseurs, chanteurs, véritables ambianceurs, les invitent à entrer dans la danse ou le chant. Dans de très beaux moments de communion, la salle se lève pour reprendre leurs mélodies, partager un éclair de joie dans un océan de douleur et de résignation, ou encore imiter d’un claquement de doigts sur l’avant-bras le crépitement de la pluie sur une rivière d’Amazonie, signe de l’éternel surgissement de la vie.

Aux vagues de désespoir qui menacent  les peuples opprimés, Jatahy, en véritable chamane, oppose l’empathie, la vitalité et l’énergie de la fable.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris Du 01/11/2019 au 17/11/2019 à 20h 104 5 rue Curial 75019 Téléphone : 01 53 35 50 00. Site du théâtre

Tournée :

4 au 6 décembre 2019, Le Maillon Théâtre de Strasbourg
31 janvier au 1er février 2020, Reims Scène d’Europe
6 et 7 février, La Comédie de Saint-Étienne
17 au 22 mars, La Comédie de Genève (Suisse)
26 au 28 mars, Théâtre populaire romand, La Chaux-de-Fonds (Suisse)
1er au 4 avril 2020, CDN Besançon, Franche-Comté

Réserver  

Le présent qui déborde

de Christiane Jatahy d'après Homère

Théâtre
Mise en scène : Christiane Jatahy
 
Avec : Faisal Abu Alhayjaa, Manuela Afonso, Abed Aidy, Omar Al Jbaai, Abbas Abdulelah Al’Shukra, Maroine Amimi, Vitor Araújo, Bepkapoy, Emilie Franco, Joseph Gaylard, Noji Gaylard, Renata Hardy, Ramyar Hussaini, Iketi Kayapó, Irengri Kayapó, Ojo Kayapó, Laerte Késsimos, Kroti, Yara Ktaish, Pitchou Lambo, Abdul Lanjesi, Mélina Martin, Jovial Mbenga, Nambulelo Meolongwara, Linda Michael Mkhwanasi, Mbali Ncube, Pravinah Nehwati, Adnan Ibrahim Nghnghia, Maria Laura Nogueira, Jehad Obeid, Ranin Odeh, Blessing Opoko, Phana, Pykatire, Corina Sabbas, Leon David Salazar, Mustafa Sheta, Frank Sithole, Fepa Teixeira, Ivan Tirtiaux, Ahmed Tobasi

Réalisation, dramaturgie : Christiane Jatahy
Collaboration artistique, scénographie, lumière : Thomas Walgrave
Collaboration et coordination compagnie : Henrique Mariano
Photographie :
Paulo Camacho
Son : Alex Fostier
Musique : Vitor Araújo, Domenico Lancellotti
Montage : Christiane Jatahy, Paulo Camacho
Cadrage : Paulo Camacho
Seconde caméra : Thomas Walgrave
Mixage : Breno Furtado, Pedro Vituri

Durée : 2h15 Photo : © Paulo Camacho