Publié le 31 juillet 2019
Deux opéras époque Second Empire (soit les années 1860) sont cet été au programme du Festival de Saint-Céré, dans le Lot : "La Vie parisienne" et "Les pêcheurs de perles". A cela s'ajoutent des concerts divers et variés.

Coïncidence de la programmation ou air du temps ? On ne sait, mais le fait est que les deux oeuvres lyriques proposées cet été par le Festival de Saint-Céré, La Vie parisienne, opéra-bouffe de Jacques Offenbach, et Les pêcheurs de perles, opéra très sérieux de Georges Bizet, datent tous deux du Second Empire. Deux visions très différentes de cette époque de prospérité et de progrès technologique qui n'est pas sans résonance avec la nôtre.

La Vie Parisienne. Pour la mise en scène de cet opéra-bouffe du "Petit Mozart des Champs Elysées", les deux comparses Olivier Desbordes et Benjamin Moreau ont imaginé un pont entre deux époques. D'une part, 1866, année de la création, sur un livret hilarant de Meilhac et Halévy qui signent cette parodie de la bourgeoisie frivole du Second Empire, époque de grandes transformations technologiques. Et, d'autre part, exactement un siècle plus tard, les années 1960, avec l'irruption de la télévision dans le paysage culturel hexagonal et la vague du yéyé.

Sur la scène du Théâtre de l'Usine de Saint-Céré, en guise de préambule au spectacle, une fausse speakerine choucroutée comme Catherine Langeais nous prévient que nous avons affaire à l'enregistrement en direct d'une émission de télévision genre Dim Dam Dom dans les studios des Buttes Chaumont. Avec des images filmées sur le plateau et projetées sur un poste de télévision géant - et factice - suspendu au-dessus de la scène. En arrière-fond, une petite formation de sept musiciens exécute la partition très enlevée d'Offenbach brillamment réorchestrée à la sauce années soixante par François Michels qui officie aussi au trombone. Les chanteurs, certains venus de la variété, d'autres de l'opéra, tous sonorisés, rivalisent de travestissements dans des costumes fluos, enchaînant les gags et les situations burlesques où les entraîne la frénésie du monde de la nuit parisienne décrit par Offenbach.

Les aventures de l'improbable Baron de Gondremark, (joué par l'inénarrable Christophe Lacassagne, coiffé d'une moumoute/banane à la Johnny), venu s'encanailler auprès des cocottes parisiennes, vraies ou fausses, qui le fascinent tant, se déroulent donc sur des rythmes yéyé avec pour protagonistes une kyrielle de stars en paillettes : Claude François, France Gall, Sylvie Vartan... Et même, en guest star, Rabbi Jacob (impayable Lionel Muzin) dans le rôle du bottier.

Les refrains se succèdent à un rythme d'enfer et toute la troupe aiguillonée par le chef Gaspard Brécourt (qui est aussi au violon) se dépense avec un entrain communicatif. Les chanteurs/comédiens chantent, dansent et participent sans barguigner aux changements de décors avec un esprit d'équipe remarquable, qui a toujours été la marque de fabrique du Festival de Saint-Céré.

Les Pêcheurs de perles
. Quoique emblématique de la même période du Second Empire, cette œuvre de jeunesse de Bizet (25 ans) baigne dans une toute autre atmosphère, exotique et onirique en diable, dans le cadre magnifique de la cour du Château de Castelnau-Bretenoux où elle est donnée. Mais plutôt qu'un exotisme de pacotille, le metteur en scène Éric Pérez a plongé le spectacle dans l'univers du rêve et de l'enfance dont sont tout juste sortis les trois protagonistes de cet opéra au livret naïf - pour ne pas dire simplet - qui vaut surtout pour sa musique d'un lyrisme échevelé et ses mélodies d'une très grande prégnance.

Censée se situer sur l'Île de Ceylan, l'action met au prise une jeune vestale vouée à la chasteté, Leïla, et deux amis d'enfance, Nadir et Zurga, devenus rivaux par amour pour elle. La scène est tout entière occupée par un grand lit recouvert d'un immense voile de tulle sous lequel le trio de jeunes gens rêvent leurs aventures violentes et sentimentales. A charge pour les vidéos projetées sur un écran géant au-dessus de la scène de figurer la part "réaliste" du rêve (qui vire d'ailleurs au cauchemar) avec des scènes de cérémonies rituelles par des indigènes. N'étaient les éclairages trop violents qui criblent le plateau d'une lumière crue, l’atmosphère onirique serait réussie.

Le chef, Gaspard Brécourt, mène avec beaucoup d'énergie et de souplesse l'Orchestre Opéra éclaté et le Chœur, très présent dans l'œuvre. Tous d'origine étrangère, les chanteurs ont le physique et le charme de leur rôle mais manient avec plus ou moins de bonheur la langue française. Quoique disposant d'une voix puissante, bien posée, le baryton Paul Jadach pèche par un fort accent polonais. Le ténor américain Mark Van Arsdale se tire honorablement de ses morceaux de bravoure (dont le fameux et sublime "Je crois entendre encore..."). Mais des trois, c'est la soprano turque Serenad B. Uyar qui montre la plus grande maîtrise, incarnant une Leïla sensible, touchante.


Troisième spectacle de théâtre chanté au programme du Festival de Saint-Céré :  Maria de Buenos Aires, d'Astor Piazzolla, appartient à un tout autre registre. C'est un opéra-tango en version concert, sous la direction musicale du même Gaspard Brécourt, cocktail des divers styles de cette musique argentine aux origines diverses : européennes, africaines, hispano-cubaines, mêlées à des formes venues du jazz et de la musique classique.

Last but not least, le festival propose aussi des concerts de musique symphonique et de chambre, de musiques du monde et de jazz, dans des lieux remarquables du patrimoine, des jardins, des églises du Lot et du sud de la Corrèze. Les productions d'opéras, quant à elles, vivront une seconde vie l'hiver en tournée dans toute la France et à l'étranger. A suivre, donc.

 



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Saint-Céré Du 24/07/2019 au 13/08/2019 Festival de Saint-Céré Théâtre de l'Usine, 18 avenue du Docteur Roux BP 59, 46400 Saint-Céré Téléphone : 05 65 38 28 08. Site du théâtre Réserver  

Festival de Saint-Céré

Opéra   Photo : © Nelly Blaya