Publié le 12 juillet 2019
Pour cerner la condition féminine à travers diverses générations, Catherine Hauseux est partie d’entretien avec des habitantes de Villeneuve-Saint-Georges. On parcourt de la sorte un inventaire de la vie ordinaire de citoyennes ordinaires.

Rassemblant une série de confidences prises sur le vif, Catherine Hauseux évoque des époques successives et des origines différentes mais socialement proches. À travers arrière-grand-maman, grand-mère, mère et fille défile l’évolution de l’existence de celles qui furent d’abord diminuées et soumises à celles plus émancipées d’aujourd’hui.

Au fil des personnalités incarnées, les problèmes transparaissent. C’est d’abord la ségrégation sexuelle en famille et en société : jeux, tâches, éducation, sexualité ne sont pas identiques mais sélectifs, conditionnants, transformés en cercle vicieux transmis de parents en enfants à chaque génération. Avant d’être avalisés par la société en ce qui concerne les professions et les salaires, renforcés en ce qui découle des traditions culturelles.

Le corollaire des violences psychologiques ou physiques, du viol et des harcèlements est bien présent. S’y adjoignent les obstacles économiques, les idéologies religieuses ou profanes. Le discours égrène situations, conséquences. Il décrit aussi rejets et révoltes autant que défaites et victoires. Le panorama est aussi complet que possible. Il mène à la constatation que pour mener cette conquête vers une vraie équité, il faut curiosité et volonté d’apprendre.

 

Un plateau ouvert aux significations

Catherine Hauseux raconte et joue tout cela avec un souci constant de didactisme. Au détriment sans doute de l’émotion à transmettre. Elle profite d’une scénographie qui a le double mérite d’être théâtrale et sociologique. La représentation est, d’une part, agrémentée de signes qui s’appliquent au spectacle et d’autre part, imagent le propos.

Côté art dramatique, un tulle sépare le temps préparatoire du maquillage de la comédienne avant le passage au jeu d’actrice. Il servira aussi d’écran en jardin puis en cour pour la projection des prénoms des personnes rencontrées dans leurs confidences nourricières du texte. L’espace se remplira par la construction d’un lieu envahi de linge mis à sécher sur des cordes, découpant le volume scénique en parcelles. La blancheur du lin ou du coton sera aussi écran pour des photos significatives ou quelques effets lumineux. Ainsi, symboliquement, côté contenu du spectacle, la corvée lessive, métonymie des tâches ménagères contraignantes, s’ajoute à des signes purement formels.

À souligner que le titre de la pièce est une allusion au célèbre poème  « If » de Rudyard Kipling qui se termine par « tu seras un homme mon fils », texte particulièrement sexiste. Le public en reçoit à la fin de la représentation une version féminisée qui prouve qu’il ne faut pas grand-chose pour rendre vrai le fait que la différence entre homme et femme n’est pas si évidente qu’on veut nous le faire accroire.



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Quand je serai grande tu seras une femme, ma fille

de Catherine Hauseux

Seul-en-scène
Mise en scène : Stéphane Daurat
 
Avec : Catherine Hauseux

Texte : Catherine Hauseux, d’après des entretiens avec des habitantes de Villeneuve-Saint-Georges
Mise en jeu, conception, scénographie : Stéphane Daurat
Créations lumière
: Jean-Luc Chanonat
Graphisme : François Kenesi, Guillaume Niquet

Durée : 1h10 Photo : © DR  

Production : Cie Caravane