Publié le 15 juin 2019
Laurent Pelly monte à Lyon "Barbe-Bleue", un opéra bouffe rare d'Offenbach. Une farce drôle et une satire très enlevée servie par une équipe musicale et scénique débordante d’énergie.

On doit l'avouer on n'avait jamais vu Barbe-Bleue, opéra bouffe rarement joué d'Offenbach. Et on a été content de découvrir cette pièce qui, pour être une farce, n'en requiert pas moins un effectif scénique et musical important avec plusieurs premiers rôles, un chœur et un orchestre. Le premier mérite de l’Opéra de Lyon est donc de faire connaître cette œuvre et d'y consacrer les moyens qu'elle mérite. Car sans être au zénith de la production (pléthorique) d’Offenbach, l’opéra en trois actes et quatre tableaux n'en recèle pas moins quelques pépites, quelques airs bien troussés qui connurent un immense succès en leur temps avant de tomber dans l'oubli.
   
L’autre mérite de l’Opéra de Lyon est d’avoir confié la mise en scène à Laurent Pelly, grand spécialiste d’Offenbach pour avoir monté déjà dix de ses œuvres. La première étant Orphée aux Enfers dans ce même Opéra  en 1997. Avec Barbe-Bleue, le metteur en scène orfèvre du décalé met en résonance la satire du Second Empire, peuplée de nouveaux riches, avec notre temps, plaçant en arrière-plan scénique des reproductions agrandies de unes de magazines à scandale actuels. Ces reproductions, qui reviennent sous une forme ou une autre tout au long du spectacle, font le lien entre les situations placées dans des environnements très disparates.

Derrière la pochade sans conséquence se lit une caricature de l'Empereur Napoléon III, qu’on reconnaît dans le personnage du roi Bobèche. Ce n’est pourtant pas le rôle principal, celui-ci étant dévolu à la paysanne Boulotte, rôle taillé sur mesure pour la grande Hortense Schneider, l’interprète fétiche du compositeur, connue de toute l'Europe pour son abattage et ses formes généreuses. Pour le livret, le « Mozart des Champs Elysées », comme l’appelait Rossini, a fait appel à ses comparses habituels, Meilhac et  Halévy. A la parodie du conte sanglant de Charles Perrault, ceux-ci ne se privent pas d’ajouter une pointe de piment scabreux, surtout dans le portrait de Boulotte, insatiable croqueuse d’hommes. Barbe-Bleue, pour sa part, est un noceur, pas mauvais bougre, Don Juan toujours en quête de « nouveautés ». 

Sans la moindre crédibilité, le récit, purement et totalement bouffon, débute dans un village de la campagne profonde avec bergers enamourés, bien nommés Saphir et Fleurette. C’est sans compter sur la virago nymphomane Boulotte, qui en pince pour Saphir, mais sur laquelle Barbe Bleue, en quête d’une sixième épouse, jette son dévolu sur l'air extatique de "C'est un Rubens....". Après une descente dans la cave où l'alchimiste de Barbe-Bleue, Popolani, "conserve" les dites épouses disparues, la cavalcade se termine au Palais du roi Bobèche.

Bonbonnière toute rose

S’il n’élude pas le côté érotique, Pelly évite le côté gore auquel on aurait pu s’attendre dans la scène de la résurrection des cinq femmes tuées par Barbe Bleue. Car celle-ci ne sont pas mortes mais seulement endormies. Leur réveil simultané dans la bonbonnière toute rose où elles sont recluses, façon maison-close Second Empire, constitue d’ailleurs un temps fort du spectacle. Autre morceau de bravoure : l’hilarant ballet de courbettes des courtisans sur l'air de "Un bon courtisan s'incline, san s'incline...."

La vision de la campagne, quant à elle, a le sordide des  émissions de téléréalité, avec hangar de tôles rouillées, tas de fumier bien en vue et paysans habillés façon Deschiens. Mais tout est bien qui finit bien par des noces mouvementées et pleines de rebondissements dans les dorures du palais du roi Bobèche et de Madame, tout emperlousée, palais qui ressemble à s'y méprendre à celui de l’Élysée.

Pas guindé pour un sou, le maître de cérémonie du spectacle, en l’occurrence le jeune chef italien Michele Spotti, mène tout son monde sur scène et dans la fosse avec beaucoup d'entrain. La distribution jeune est dynamique est de bonne tenue, dominée par le duo de valeurs sûres formé par la mezzo Héloïse Mas, qui a l’abattage voulu pour le personnage de Boulotte, et le ténor Yann Beuron, qui a les charmes vocaux et scéniques requis pour celui de Barbe-Bleue. Et personne, ni sur scène ni dans la salle, ne boude son plaisir.



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Lyon Du 14/06/2019 au 29/06/2019 à 20h Opéra de Lyon 1, Place de la Comédie, 69001 Lyon Téléphone : 04 72 00 45 00. Site du théâtre Réserver  

Barbe-Bleue

de Jacques Offenbach

Opéra
Mise en scène : Laurent Pelly
 
Avec : Yann Beuron, Carl Ghazarossian, Jennifer Courcier, Héloïse Mas, Christophe Gay, Christophe Mortagne, Thibault de Damas, Aline Marti

Direction musicale : Michele Spotti
Costumes : Laurent Petit
Adaptation des dialogues : Agathe Mélinand
Décors : Chantal Thomas
Lumières : Joël Adam
Chefs des chœurs : Karine Locatelli

Durée : 2h30 Photo : © Stofleth