On voudrait revivre
Publié le 17 mai 2019
Notre dernière aventure théâtrale en date ? Découvrir un artiste français méconnu pour la première fois de notre vie, sur une scène classée monument historique, dans une ville champenoise, avec une comédienne que l’on estime tout particulièrement. Récit.

Faire un aller-retour à Épernay en pleine soirée est un pari un peu fou. Nous l'avons vaillamment relevé. 5h00 de voiture pour 1h25 de pièce. Une prouesse qui valait le détour ? Eh bien, oui. D’autant plus « oui », que nous n’aurions jamais eu l’opportunité de découvrir On voudrait revivre autrement. Non pas que la création ne tourne pas, bien au contraire. Elle sera présentée au Festival d’Avignon du 6 au 22 juillet, à la Caserne. Simplement, cette année, pas d'Avignon pour nous (quand je dis « nous », je ne parle que de la critique qui rédige ce papier, pas de toute l’équipe de RueduTheâtre, rassurez-vous). Anyway.

Après 2h30 d’une route interminable, nous arrivons à 20h00 devant la très chic scène de création et de diffusion d’Épernay, dont le nom rend hommage à Gabrielle-Dorziat, cette grande actrice sparnasienne qui s’illustra au théâtre et au cinéma. Un nom de femme pour baptiser un monument historique bâti dans le style Louis XV et aux atours artistiquement vignerons ? Voilà une première découverte bien plaisante.

Lorsque nous franchissons les portes du théâtre, il nous reste précisément 30 minutes pour manger sur le pouce un sandwich mis de côté par l’accueillant directeur du théâtre, Christian Dufour ; siroter une (en fait, deux) coupelle de champagne - Épernay, rappelons-le, est gorgé de cette douce liqueur perlante ; rencontrer la très agréable Chloé Brugnon, metteuse en scène de la création ; et enfin, soulager nos vessies encore sous le choc d’un tel périple. Presqu’à bout de souffle, nous nous installons dans un espace aménagé à l’avignonnaise avec quelques sièges disposés face à une scène particulièrement proche de nous. Derrière nous, un vaste théâtre vide.

On voudrait revivre démarre. Un comédien, Maxime Kerzanet, seul en scène parmi quelques instruments posées sur des cubes blancs de tailles variées, bouquine, dans une attitude nonchalante. Il semble avoir été téléporté là en ignorant pourquoi. Après un long moment suspendu, il met un terme au brouhaha continu de la salle pour prendre la parole, d’une voix à peine audible, et nous lire un passage d’un poème de Gérard de Nerval. Il semble alors s'éveiller avant de replongerdans les limbes d’un silence énigmatique. Ce n’est qu’après cet étrange début que la création prend enfin forme.

A Star is reborn

Dans une pénombre élégante, parsemée de quelques points de lumières, Maxime Kerzanet se met à chantonner en français. Une langue existentielle, inspirée, triste, belle et surtout, mélancolique. À son filet de voix, feutré, s’en ajoute bientôt un autre, celui d’une femme cachée quelque part en coulisse. Une deuxième voix saisissante de pureté, de clarté et de justesse. Quelque temps plus tard, elle fait enfin son entrée et là, il se passe quelque chose. Ce visage printanier, ce sourire mutin, cette énergie légère, cette aisance scénique… Oui, c’est bien Léopoldine Hummel, celle que nous avons un jour rencontrée dans une cave parisienne lors d’une présentation presse du Festival de Caves et recroisée plus tard à Besançon. Déjà alors, son magnétisme avait agi. Elle séduit, capture et émeut. Encore davantage en chansons.

Dans cette création intimiste, enveloppante et pudique qui met à l’honneur - disons-le enfin - Gérard Manset, Léopoldine crève le quatrième mur, sans jamais trop en faire, à l’inverse de son partenaire masculin aux intentions scéniques parfois absconses. Si leur complicité est évidente et nécessaire à la réussite du spectacle, Léopoldine Hummel n’en reste pas moins celle qui bouleverse. Son seul concurrent réel, finalement, c’est ce Gérard Manset. Une sorte de Hubert-Félix Thiéfaine hexagonal : artiste maudit, puriste d'accord parfait, de réverbération et de re-recording, au talent estimé mais méconnu. Qui n'a jamais percé. Ou plutôt, n’a jamais voulu percer.

Sa dernière apparition télévisuelle remonte à 1983. C’est dire sa discréation médiatique. Pourtant, nous comptons à son actif pas moins d'une vingtaine d'albums, dont un dernier en 2018 et des collaborations à succès aux côtés d'artistes notoires : Dominique A, Axelle Red, Julien Clerc, Raphael, Renaud, Florent Pagny, etc.

Cet homme qui se considère comme un créateur, plus qu'au chanteur, est bel et bien vie. Même s'il existe davantage ici, à Épernay et d’ici peu à Avignon. C'est là, sur cette scène, qu'il recouvre ce vivant qui lui échappe, dans un hommage aussi intimiste que vibrant. Ses plus « grands » titres sont susurrés dans une vieille radio craquelante et par la voix de ces deux comédiens transis d’admiration pour Gérard, le double de Nerval (re)découvert un jour par hasard, lors du générique de fin d’un film de Léo Carax, Holly Motors. C’est de cette chanson aussi interminable que notre route de Paris à Épernay - et baptisée On voudrait revivre - que la graine du spectacle fut déposée.

A Star is, at last, born.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Avignon - Avginon Off 2019 Du 06/07/2019 au 22/07/2019 à 11h00, relâches le 9 et le 16 juillet Caserne des Pompiers 116 rue de la Carreterie 84000 Avignon Téléphone : 04 90 87 26 80.  

On voudrait revivre

de Léopoldine Hummel & Maxime Kerzanet

Théâtre
Mise en scène : Chloé Brugnon
 
Avec : Léopoldine Hummel, Maxime Kerzanet

Création costume : Jennifer Minard

Création lumière : Hugo Dragone

Régie son et régie générale : Mathieu Diemert

Scénographie : Félix Taulelle

Durée : 1h25 Photo : © Félix Taulelle