Publié le 18 mars 2019
C'est bien une adaptation libre mais fidèle et réussie du roman touffu de l'auteur anglais car si Thierry Debroux, épaulé par le metteur en scène Patrice Mincke, y a apporté des adaptations théâtrales mineures, son impact reste puissant et terriblement... actuel !

Ce n'est pas par le biais d'un journal intime que l'on prend connaissance des états d'âme, du malaise, de la réflexion du héros principal Winston Smith/Fabian Finkel mais par la discussion avec l'incarnation de sa "mauvaise pensée"/Guy Pion (également O'Brien). En fait une pensée "déviante" à propos de la société dont il fait partie : un état-parti souverain jouissant d'un contrôle total, absolu, et... terrifiant de ses citoyens placés sous surveillance permanente (télécran, androïdes...)
 
Quand Orwell évoque ce monde postcataclysmique, c'est en chiffres, trois grands états-blocs: Extasia, Eurasia et ici: Océania ; trois classes: Parti Intérieur, Parti Extérieur, prolétaires ; quatre ministères: de l'Abondance (pénuries programmées), de la Paix (états toujours en guerre), et surtout ici les Ministère de la Vérité et Ministère de l'Amour.

Le grand Parti unique, l'"Angsoc", a pour dirigeant "Big Brother" qui exerce un contrôle technologique parfait de tout citoyen, ainsi privé de liberté de pensée. Isolé, Winston rencontrera quand même un autre esprit libre en la personne de Julia/Muriel Legrand, à leurs (grands) risques et périls...

Le scénographe Ronald Beurms profite une fois encore des possiblités de machinerie qu'offre le théâtre du Parc ("une grande tradition du décor", selon son directeur Thierry Debroux) pour impressionner le public par un dispositif en forme d'énorme cube métallique (un Rubik's cube ?) divisé en plusieurs "cellules" plus petites et pivotant au gré des (24) différents lieux.

Ses costumes, destinés aux acteurs muets - Pauline Bouquieaux, Johann Fourrière, Laurie Gueantin, Vanessa Kikangala, Barthélémy Manias-Valmont, Romain Mathelart, Franck Moreau et Lucie Verbrugghe - sont ingénieux (tablette et led incorporés) et tristes à souhait, plus encore que ceux des personnages principaux.

L'ensemble qui fait, bien sûr, la part belle aux effets technologiques, plonge le public dans un climat oppressant que de temps à autre, des épisodes chorégraphiés, musicaux et vocaux viennent quelque peu tempérer.  

"Le crime de penser n'entraîne pas la mort. Le crime de penser est la mort."(Orwell)
  
On peut dire d'Orwell qu'il était un fameux visionnaire... qu'un certain pays asiatique a réalisé ce qu'il avait imaginé et qu'un autre, un continent, a retenu la leçon de la propagande "à large spectre".

En 1984, "Big Brother" encourage les citoyens à s'espionner pour maintenir l'ordre, à avoir des enfants, mais à ce qu'ils deviennent, eux aussi, des espions. Ces enfants comme Lisbeth Parsons/Ava Debroux, Laetitia Jous ou Babette Verbeek en alternance, observent le monde qui les entoure et ne manqueront pas de dénoncer leurs voisins suspects, y compris sa propre mère Magda Parsons/Perrine Delers dans le cas de Lisbeth. La haine est valorisée.

En 2019, en Corée du Nord, Kim Jong-Un avec son "Ministère de la Sécurité du peuple" veut la loyauté et l'obéissance des citoyens et permet la haine de tout ce qui ne serait pas conforme au Parti, avec pour conséquences la torture et le meurtre.

En 1984, lorsque des citoyens sont surpris en train de se livrer à des activités réprouvées par le gouverment, ils sont envoyés au "Ministère de l'Amour" où ils sont torturés, l'exécution de la peine capitale est commune aux citoyens et leurs enfants aiment généralement que "l’ennemi" soit pendu à mort.

En 2019, en Corée du Nord, les personnes soupçonnées d'activités suspectes sont envoyées vers des camps de concentration, où elles vont vivre un enfer.

En 1984, Winston est employé au Ministère de la Vérité et chargé de réécrire l’Histoire, de manipuler, supprimer ce qui est contraire à la doctrine du Parti. Un de ses collègues, Syme/Pierre Lognay, en charge du dico officiel, doit élaguer et effacer "les mots inutiles"("novlangue").

Sans mémoire du passé, sans mots et leurs nuances pour exprimer sa pensée, le citoyen l'esprit vacant dans sa "maison intelligente" super équipée... peut accepter la notion de "vérités alternatives" ou ces "fake news" ("infox") chères, en 2019, à un certain Donald Trump.

Mais la petite Lisbeth fredonne "Ne pleure pas Jeannette"? Cette chanson du répertoire traditionnel français serait-elle un message d'espoir subliminal signifiant que tout n'est pas perdu tant qu'il restera quelques bribes de mémoire, surtout chez elle, incarnation de cette jeune génération avide de châtiment public ?



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Bruxelles - Belgique Du 07/03/2019 au 06/04/2019 à ma-sa: 20h15 - di: 15h Théâtre royal du Parc 3 rue de la Loi, Bruxelles Téléphone : +32(0)2.505.30.30. Site du théâtre Réserver  

1984

de Thierry Debroux d’après George Orwell

Théâtre
Mise en scène : Patrice Mincke
 
Avec : Perrine Delers, Julie Dieu, Béatrix Ferauge, Fabian Finkels, Muriel Legrand, Pierre Lognay, Guy Pion Les enfants, en alternance: Ava Debroux, Laetitia Jous ou Babette Verbeek Ainsi que: Pauline Bouquieaux, Johann Fourrière, Laurie Gueantin, Vanessa Kikangala, Barthélémy Manias-Valmont, Romain Mathelart, Franck Moreau et Lucie Verbrugghe.

Assistanat: Melissa Leon Martin
Scénographie et costumes: Ronald Beurms - Stagiaires scénographie: Jean-Baptiste Tricot, Léa Vanhonnaeker - Constructeurs du décor: Yahia Azzaydi, Patrick Cautaert Lucas Vandermotten - Peinture du décor: Cécile Balate, Pierre Demeunter, Geneviève Périat - Soudures: Grégory de Schaetzen
Création lumière: Laurent Kaye - Création vidéos: Allan Beurms
Musique originale: Laurent Beumier - Coaching vocal: Muriel Legrand
Chorégraphie: Johann Clapson et Sidonie Fossé
Réalisation des costumes: Elodie Pulinckx, Anicia Echevarria, Sarah Duvert - Stagiaires: Margot Agnus, Maya Perolini
Création maquillages: Urteza Da Fonseca - Maquillages: Florence Jasselette
Cadreur: Sébastien Fernandez
Direction technique: Gérard Verhulpen - Régie générale: Cécile Vannieuwerburgh - Régie lumière: Noé Francq - Régie son: Loïc Magotteaux - Régie: Matthias Polart - Accessoires: Zouheir Farroukh
Habilleuse: Gwendoline Rose

Durée : 2h (entracte compris) Photo : © Zvonock  

Création: Théâtre Royal du Parc, Bruxelles
Coproduction: Théâtre Royal du Parc/Théâtre de l’Eveil/La Coop asbl
Soutiens: Shelterprod/Taxshelter.be/ING/Tax Shelter du Gouvernement fédéral belge
Subventions : Echevinat de la Culture de la Ville de Bruxelles, Fédération Wallonie-Bruxelles
Aide : programme d’Initiation Scolaire du Service Public Francophone Bruxellois

Durant les belles années de la SF écrite (romans, fanzines), on a vu apparaître des sous-genres comme "politique-fiction","voyages et aventures", "héroic fantasy"... ou "utopie" (de l'"Utopia" de Thomas More,1516 !), avec son contraire, "dystopie", dont l'exemple le plus fameux est ce "Nineteen Eighty-Four-1984" de George Orwell (1949) et avant lui "Le Meilleur des Mondes" d'Aldous Huxley (1932).
Sa traduction française d'Amélie Audiberti, chez Gallimard, date de 1950. Avec l’accord de Bill Hamilton, ayant-droit du patrimoine littéraire de la défunte Sonia Brownell Orwell.