Publié le 12 février 2019
Ce conte philosophique imaginé par Voltaire en 1759 n’a rien perdu de son humour ni de sa pertinence. Les péripéties que vit le jeune Candide disciple d’un philosophe de l’optimisme béat restent une piste souriante de réflexion sur la pertinence des opinions quand elles sont manipulées.

En ces temps de ‘fake news ‘, mettre l’accent sur les idées fausses qu’une idéologie, une philosophie laïque ou religieuse peuvent inoculer dans des cerveaux trop facilement disposés à se laisser envahir ressort de l’utilité publique. Lorsque, au surplus, la troupe l’assaisonne d’un sens aigu du comique et la pratique joyeuse de la dynamique du rythme, le plaisir est complet.

Chassé par son employeur de baron pour avoir lutiné sa gamine, le jeune Candide est lancé dans des  mésaventures qui valent les plus chargés des feuilletons farcis au mélodrame. Il aura tout connu : guerre, rapines, esclavage, fanatisme, injustice, tremblement de terre, racisme, misère… Le tout enrubanné dans la philosophie béatement fataliste et optimiste de Leibnitz.

La mise en scène de Maëlle Poésy et la dramaturgie de Kevin Keiss, leur commune écriture complétée par la scénographie d’Alban Ho Van et l’énergie débordante des comédiens aboutissent à un spectacle de théâtre exemplaire. Celui qui se pare d’une multitude signes scéniques donnant sens aux gestes, aux objets, à l’espace.

Un théâtre d'inventivité

Le décor souplement modulable transforme sans cesse le plateau. La diversité multiple des éclairages signés Jérôme Papin souligne les atmosphères, surprend jusqu’à éblouir le public avant de le plonger alternativement dans de sombres pénombres, des nuits agitées, des éclats de grand soleil, des passages d’ombres en silhouettes.

Un élément vestimentaire suffit à camper un personnage parmi tous ceux que s’approprie le quintet comédien. Une voix contrefaite, une démarche modifiée et ce sont d’autres protagonistes qui surgissent crédibles sans obligation de réalisme primaire. Un ventilateur concrétisera le vent des tempêtes, et, avec l’appoint de quelque liquide, des embruns, des averses, des chutes de neige. La richesse de l’Eldorado sera douches de découpes dorées en papier.

L’inventivité est permanente. Des gags s’additionnent un peu cousins de ceux des clowns de cirque ou de la commedia dell arte. Des bruitages s’élaborent à la bouche en direct comme les chansons. Quelquefois, ce sont des musiques qui créent en sourdine une ambiance particulière. Les lieux enchaînés démultiplient l’espace ; ils se changent à vue ainsi que certains habillages des acteurs. C’est la mécanique théâtrale qui se dévoile tout autant que l’histoire, qui affirme de la sorte le refus de verser dans la psychologie au détriment de la démonstration de son contenu.

Entraînée par un rythme élastique, le plus souvent véloce non sans ménager quelques brèves plages de répit pour reprendre souffle sur le plateau, relancer la concentration dans la salle, la troupe joue très physique. Les comédiens gesticulent, courent, s’affrontent, dansent, grimpent, rampent, se démènent. Ce qui n’empêche pas le message voltairien de passer : un monde meilleur n’est possible que si chacun se met en œuvre pour des valeurs solidaires et équitables au lieu de s'en remettre à un fatalisme désengagé.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Valenciennes Du 05/02/2019 au 07/02/2019 à 20h Le Phénix BP 39-F-5931 Valenciennes Cedex Téléphone : 03 27 32 32 32. Site du théâtre Réserver  

Candide, si c’est ça le meilleur des mondes

de Kevin Keiss, Maëlle Poésy d'après Voltaire

Théâtre
Mise en scène : Maëlle Poésy
 
Avec : Roxane Palazzotto, Hélène Sir Senior, Gilles Geenen, Marc Lamigeon, Jonas Marmy

Écriture, dramaturgie : Kevin Keiss
Scénographie Alban Ho Van
Assistanat à la scénographie : Hélène Jourdan
Costumes : Camille Vallat
Confection : Juliette Gaudel
Création lumière Jérémie Papin
Création son Samuel Favart Mikcha
Régie générale Géraud Breton
Régie lumière Corentin Schricke
Régie son, : (en alternance) Mikaël Kandelman, Corentin Schricke
Administration : le petit bureau – Claire Guièze, Aurore Parnalland

Durée : 1h30 Photo : © Vincent Arbelet  

Production : Compagnie Crossroad
Coproduction : Théâtre Dijon Bourgogne, Théâtre du Gymnase (Marseille), Espace des Arts (Chalon-sur-Saône)
Soutiens : Eclectik scéno (construction de décor), Ministère de la Culture-DRAC Bourgogne-Franche-Comté, Région Bourgogne-Franche-Comté, Ville de Dijon, ADAMI
Participation artistique : Jeune Théâtre National

Convention : Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Bourgogne-Franche-Comté, ville de Dijon

Voir : Norbert Carbonnaux, Candide au l'optimiste au XXe siècle, Pathé, 1960 (film : https://www.youtube.com/watch?v=aJ8meSYXw_s  )

          Pierre Cardinal, L'esprit et la lettre : Candide de Voltaire (Archives INA) : https://www.ina.fr/video/CPF86618754

Lire : Voltaire, Candide ou l'optimisme ( https://www.atramenta.net/lire/candide-ou-loptimisme/715 )