Publié le 14 janvier 2019
Novarina, c’est d’abord une écriture, une façon de s’approprier la langue pour l’investir (la subvertir ?) autrement que par la syntaxe et le vocabulaire habituels. Des textes empruntés à diverses publications de l’auteur se succèdent, se penchant aussi bien sur le discours télévisuel que la parole au théâtre, ainsi que sur la présence et l’absence, la vie et la mort.

La télé s’est emparée de la parole depuis qu’elle a envahi quasiment tous les foyers. Avant le tsunami des réseaux sociaux débordés par eux-mêmes, elle restait, avec la radio, le medium le plus entendu de la majorité des citoyens. L’emprise des mots envoyés par les ondes est donc considérable et ceux qui les prononcent ont un pouvoir presque absolu sur qui les entendent sans posséder les moyens intellectuels et culturels d’en décoder tous les contenus.

Le décor donne le ton. Il est constitué de panneaux translucides qui accueillent le public en diffusant la fameuse ‘neige’ remplissant les écrans lors d’une panne technique de diffusion. Lorsqu’elle disparaît au moment du noir fait en salle, apparaissent 64 écrans de multiples chaînes de tous bords. Mires, logos, journalistes et présentateurs se concurrencent à profusion.

Très vite, le problème de la communication est posé. Le prologue appartient à un article publié par Novarina dans le quotidien  « Libération » en 1988 lorsque la guerre du Golfe s’empare des antennes en préfigurant la pratique désormais courante de l’information continue. Ce qui présuppose une vigilance atténuée quant à la vérification du contenu des messages. Cette mise en garde des premières minutes est suivie par la position humoriste de l’écrivain qui parodie avec délectation le dérisoire, l’absurdité des propos publics.

Ce sont procédés variés similaires à ceux qu’ont initié, en leur temps des Henri Michaux, Jean Tardieu, Eric Clémens, Hélène Cixous et bien d’autres. Ils sont composés de néologismes jubilatoires, de conjugaisons déformées, de syntaxe bousculée, de combinaisons phonétiques inattendues. La langue devient le sujet du propos tenu. Elle séduit par sa musicalité ; elle choque par son impertinence vis-à-vis des codes aussi bien grammairiens que sociaux ; elle intrigue par les signifiés qu’elle débusque.

Inutile de dire qu’il est vain d’essayer de tout comprendre. Il convient de se laisser emporter par le flux des paroles. C’est pour cela qu’il est dommage que la plupart des metteurs en scène de spectacles collages comme celui-ci dédaignent de citer l’origine des textes et les enfilent selon un rythme souvent soutenu. Alors que bon nombre de spectateurs aimeraient, a posteriori, se référer aux publications de l’auteur pour raviver et affiner le plaisir ressenti lors d’une première découverte.

 

Des textes investis par des corps

Olav Benestvedt fait office de chœur, de commentateur prosélyte, de maître de cérémonie habité de rituels. Le duo Céline Milliat Baumgartner et Rodolphe Poulain épouse les écrits de Novarina au mieux de leur musicalité et se donne au plaisir de la présence corporelle et gestuelle en dynamique énergie. Ils sont juste un peu en dessous de ce qu’on attend, surtout elle, au début parce que le metteur en scène a voulu miser sur une utilisation de la diction qui freine ses potentialités vocales.

Sinon, ils font merveille dans le parodique, dans la dérision, dans la connivence. Ils chantent et dansent avec aisance. Ah ! ce mambo en couple déchaîné ! Ah ! ces pastiches du théâtre russe à la Tchekhov ! Hé hé ! cette nomenclature plus ou moins fictive de figures chorégraphiques illustrées en direct ! Ho ! ces conjugaisons que n’aurait point désavoué Queneau , en guise d’hymne délirant au manuel scolaire de Bescherelle ! 

Comme si la parole devenait soudain la proie d’une surprise qui en modifie l’usage de manière ludique avec en non-dit une réflexion sous-jacente sur la pensée, l’existence, la communication. Sans négliger un jeu qui s’accommode autant d’une prestation de comédien que de machinistes occasionnels déplaçant leurs écrans décors.

Ceux-ci, grâce à la technologie, affichent des ambiances de lieux hétérogènes, en appellent même au rideau rouge traditionnel en une sorte de mise en abyme. Quant  aux sons, les musiques signées Manuel Peskine baignent dans le même humour de caricature intelligente, soutenus par d’efficaces effets de lumière, facteurs évidents d’ambiances variées. 



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Valenciennes Du 08/01/2019 au 09/01/2019 à 20h Le Phénix BP 39-F-5931 Valenciennes Cedex Téléphone : 03 27 32 32 32. Site du théâtre Réserver   Montbéliard Le 22/01/2019 à 20h Ma Scène nationale Rue de l'École française Téléphone : 0 805 710 700. Site du théâtre Réserver   Paris Du 11/02/2019 au 02/03/2019 à 20h Théâtre de la Cité Internationale 17 Bvd Jourdan Téléphone : 01 43 13 50 50. Site du théâtre Réserver  

Notre parole

de Valère Novarina

Théâtre
Mise en scène : Cédric Orain
 
Avec : odolphe Poulain, Céline Milliat Baumgartner, Olav Benestvedt

Composition musicale : Manuel Peskine
Scénographie : Pierre Nouvel
Lumière, régie générale : Eric Da Graca Neves
Costumes  : Sophie Hampe

Durée : 1h20 Photo : © DR  

Administration, production, diffusion : La Magnanerie
Production : Compagnie La Traversée
Coproduction : (en cours) Le Phénix (Valenciennes) – pôle européen de création ; Maison de la Culture (Amiens) – Pôle européenne création et de production ; Ma scène nationale – Pays de Montbéliard ; Le Bateau Feu (Dunkerque) |
Tournée (en cours) Le Théâtre de la Cité Internationale Paris ; le Vivat Armentières ;
le Quartz (Brest)
Cédric Orain est artiste associé à la Maison de la Culture d’Amiens – Pôle européen de création et de production et au Phénix – scène nationale de Valenciennes – Pôle européen de création

Compléter : http://www.ruedutheatre.eu/article/3710/l-homme-hors-de-lui/

                    http://www.ruedutheatre.eu/article/1207/le-vrai-sang/

Comparer : http://www.ruedutheatre.eu/search/?play=sortir+de+son+corps

Lire: Valère Novarina, Lumières du corps (1994), L’Origine rouge (2000), La Chair de l’homme (2006), Le théâtre des paroles (2007),  L’Opérette imaginaire (2012)...