Publié le 21 novembre 2018
Julien Gosselin porte à la scène trois romans contemporains de l’Américain Don DeLillo sur la violence politique. Entre cinéma et théâtre, un melting-pot de formes artistiques, visibles ensemble ou en trois épisodes, qui suppose un autre rapport à la scène.

Des bouchons d’oreille proposés au public à l’entrée de la salle, cela augure un niveau sonore inquiétant. De fait, dès le début du spectacle inspiré à Julien Gosselin par les fictions chaotiques de Don DeLillo, le matraquage des sons et des images jouées à l’écran et/ou sur la scène par les comédiens de sa compagnie Si vous pouviez lécher mon cœur atteint des niveaux à la limite du supportable. Créé l’été dernier à La Fabrica d’Avignon, le spectacle de théâtre/cinéma qui embrasse toute la violence, les déchirements politiques et intimes du monde contemporain, prend des allures de marathon de plus de neuf heures d’une seule traite, avec possibilité de quitter la salle sans dommage pour la compréhension. Mais il est aussi visible en trois soirées différentes, à Paris, aux ateliers Berthier de l’Odéon dans le cadre du Festival d’Automne.

Après avoir adapté à la scène deux romans phares de notre époque - Les Particules Élémentaires de Michel Houellebecq (en 2013) puis 2666 de Roberto Bolaño (en 2016) - le très jeune metteur en scène né en 1987, attaque de front trois romans de Don DeLillo qui jalonnent les deux décénnies de 1970 à 1990, Joueurs, Mao II et Les noms. Il se défend de concevoir l’ensemble comme une trilogie, mais plutôt comme une chronique déjantée, sans linéarité ni liens apparent entre les personnages, si ce n’est le climat de terrorisme, de violence qui commence à se faire jour en Amérique dans les années 70. Avec pour thèmes récurrents de la narration fragmentée, les mouvements souterrains que produisent sur le sujet l’histoire ou la société qui l’entoure. Et aussi la peur, l’ennui, le doute, l’impossibilité de l’amour…

Maelstrom d’images et torrent musical

Sans fil narratif continu, Gosselin introduit une cohérence dramaturgique qui lui est propre  avec un spectacle immersif, maelstrom d’images et torrent musical et poétique, qui plonge le spectateur au cœur de ce qui pourrait être une histoire intérieure de décennies de violences politiques. Soit une ère de slogans, de manifestes, de guerres civiles et révolutionnaires, de paroles politiques fortes et d'expérimentations sociales hasardeuses. Nombreuse, la troupe d’une quinzaine de membres comprend trois musiciens en live sur scène et un vidéaste qui filme les protagonistes entrevus sur le plateau éclaté en plusieurs lieux, pour des films projetés sur un écran géant au dessus de la scène, qui a la forme des écrans de télé des années 70.

Entre série B, happening musical et film d’auteur (on pense beaucoup à David lynch, la virtuosité en moins), le spectacle, véritable melting-pot de formes artistiques, portées par des acteurs à l’énergie inépuisable, suppose un autre rapport au temps de la représentation. Avec malice, Gosselin s’ingénie à déjouer les attentes du spectateur, à mettre à mal son confort. A imposer un autre rapport à la scène, un rapport distendu et conflictuel, fait de moments lâches, vides, ennuyeux, insupportables, et d’autres de très grande intensité. 



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris 17è Du 17/11/2018 au 22/12/2018 à 20h Odéon-Ateliers Berthier Angle de la rue Suarès et du Bd Berthier Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

Les mardis : Joueurs, les mercredis : Mao II, les jeudis : Les Noms, à 20h00
Intégrales : les samedis et dimanches à 13h30
relâche le lundi et le vendredi

Tournée 2019
19 janvier / Bonlieu, Annecy
16 février / Théâtre de Saint Quentin en Yvelines
2, 3 mars / DeSingel, Anvers
16 mars / Le Quartz, Brest
23 au 30 mars / Théâtre National de Bretagne, Rennes

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Joueurs, Mao II, Les Noms

de Julien Gosselin d’après Don DeLillo

Mise en scène : Julien Gosselin
 
Avec : Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Adama Diop, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Carine Goron, Alexandre Lecroc-Lecerf, Frédéric Leidgens, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Maxence Vandevelde.

Traduction : Marianne Véron
Scénographie : Hubert Colas
Création musicale :
Rémi Alexandre, Guillaume Bachelé, Maxence Vandevelde
Création lumière : Nicolas Joubert
Création vidéo : Jérémie Bernaert, Pierre Martin
Création sonore : Julien Feryn
Costumes : Caroline Tavernier

Durée : 9h Photo : © Simon Gosselin