Publié le 28 septembre 2018
Adaptation du roman de Flaubert ? Transposition ? Actualisation ? Scénarisation ? Cheminement théâtral plutôt puisque l’essentiel des ambitions du personnage central est suivi du début à la fin mais aussi éclairage sur l’auteur, son œuvre, sa portée historique. Pour déboucher sur notre monde actuel

A part une tentative récente de Sophie Lecarpentier, personne ne s’était vraiment attelé à mettre « L’éducation sentimentale » sur scène. Alexandre Astruc et C.S. Leight s’y sont risqués au cinéma. Hugo Mallon a donc pris un risque comme on en prend lorsqu’on est jeune. Et le résultat lui donne raison même si, çà ou là, quelques imperfections brouillonnes.

Il est parvenu à garder l’élément littéraire de l’œuvre sans l’imposer à ce qui devait être scénique, mis en espace, agi plutôt que décrit. Il a brassé un univers, celui de Flaubert et de son époque, mais il y a ajouté des ingrédients qui permettent au public actuel n’ayant pas nécessairement lu le roman de recevoir une information sur sa valeur et son contenu. D’autres aussi qui relient la révolution ratée de 1848 et des revendications proches de notre actualité.

Concernant le volet esthétique,  au cours d’une séquence, il donne à ses comédiens les rôles d’une journaliste et d’un spécialiste flaubertien dont l’interview fut réellement diffusée sur France Inter. L’insertion de ce document joué vient éclairer la complexité du récit. L’aspect politique, lui, se glisse dans les intermèdes entre les grandes parties du spectacle. On y scénarise de manière parodique des pratiques socioculturelles courantes, on y rapporte des conflits sociaux, on y entend ou lit des slogans.

Mallon a opté pour un spectacle à facettes multiples. L’espace et le temps s’y trouvent bousculés. On passe sans cesse d’un lieu à un autre. Voici celui, intimiste, de la lecture en solitaire. Voici un studio de cinéma où le héros est filmé et son image projetée sur un écran. Voici des salons mondains du XIXe siècle où on papote, discute, flirte. Voici encore des couloirs lumineux qui appartiennent aux fantasmes des désirs sexuels suscités par les femmes. Mais, outre ces endroits de fiction, voilà ceux de la réalité : celui du musicien installé côté jardin qui joue sa musique en direct ; voilà, côté cour, celui d’un régisseur qui deviendra animateur durant les entractes avant d’incarner ou après l’avoir fait un personnage du livre.

 

Selon son concepteur: un roman-performance

Cette complexité apparente est une richesse que la mise en scène rend fluide, intelligible dans la mesure où les passages d’un aspect à un autre s’effectuent accompagnés de codes clairs. Le spectateur est vite concerné par ce qui se passe. Peu importe qu’il s’agisse d’une narratrice en train de lire Flaubert, des acteurs incarnant les hommes et les femmes de l’intrigue qui parfois changent de rôle. Tout cela se mêle dans un rythme qui, sans cavalcader, emporte les spectateurs à travers une dynamique jamais démentie.

Nous assistons au déroulement biographique de l’existence du jeune Frédéric Moreau. Il cherche l’amour et aspire à conquérir des femmes pour le trouver. Influencé par un certain romantisme (comme Madame Bovary), il ne parvient jamais à choisir entre son sentimentalisme idéaliste et la réalité entre la chair et l es contraintes sociales. Il ira donc d’échec en échec. Un peu à l’instar de son condisciple, Deslauriers, qui aspirait, lui, au pouvoir.

En cela, le livre de Gustave Flaubert fait la démonstration que l’envahissement d’une primauté à l’émotif par rapport à la réflexion et à l’action finit par tout diluer dans un populisme, un spontanéisme primaire où la pulsion émotionnelle empêche de voir la réalité autrement que sous une apparence immédiate. En cela, cette fiction raconte notre siècle comme elle a témoigné de celui de l’écrivain.

La mise en scène de Mallon, l’engagement des comédiens, musiciens et autres protagonistes du théâtre permettent de voir sur scène à la fois le passé et le présent, d’entrevoir même quelque peu l’avenir. Derrière les artifices du jeu, les prouesses technologiques, les codes scéniques bousculés, au-delà des réjouissants moments de dérision, le message interpelle avec efficacité.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Valenciennes Du 17/09/2018 au 28/09/2018 à 19h Le Phénix BP 39-F-5931 Valenciennes Cedex Téléphone : 03 27 32 32 32. Site du théâtre Réserver   Amiens Du 21/01/2019 au 22/01/2019 à 19h30 Maison de la Culture 2, Place Léon Gontier, 80000 Amiens Téléphone : 03 22 97 79 79. Site du théâtre Réserver  

L’éducation sentimentale

de d'après Gustave Flaubert

Théâtre
Mise en scène : Hugo Mallon
 
Avec : Stéphanie Aflalo, Marion Bordessoulles, Romain Crivellari, Aude Mondoloni, Antoine Thiollier, Maybie Vareilles (comédiens) ; Antoine Cadot, Aurélien Hamm (musiciens)

Adaptation, dispositif : Hugo Mallon
Création musicale : Aurélien Hamm
Assistanat à la mise en scène :  Ludovic Heime
Lumières, vidéo : Luc Michel
Son : Matthieu Cacheur
Scénographie : Marine Brosse
Création costumes : Alix Descieux-Read
Assistante costumes : Neula Hilton
Régie générale ; Ludovic Heime, Romain Crivellari
Stagiaire : Romane Vanderstichele

Durée : 3h30 avec entractes Photo : © DR  

Production : L’Éventuel Hérisson Bleu
Coproduction : Campus décentralisé Amiens-Valenciennes (Pôles européens de création le phénix scène nationale Valenciennes, la Maison de la culture d’Amiens), Théâtre du Beauvaisis – Scène nationale de l’Oise, Maison du théâtre d’Amiens-métropole – Scène conventionnée
Soutiens : Ministère de la Culture-DRAC Hauts-de-France, de la Région Hauts-de-France, du Conseil départemental de l’Oise, du DIESE Auvergne Rhône-Alpes, de l’ADAMI et de la SPEDIDAM

Lire: Gustave Flaubert, L'éducation sentimentale, http://bibliothequenumerique.tv5monde.com/livre/46/L-Education-sentimentale