Publié le 27 mars 2018
Accepter son passé, accepter un passé dont on n'est pas responsable sans l'occulter, ne pas ignorer ses origines, est le moteur du récit de cette pièce qui prône l'ouverture à l'Autre, très proche ou non, l'ouverture d'esprit tout simplement.

"Il est libre, Adam... y'en a même qui disent qu'ils l'ont vu voler"... Oui mais ça, c'était "avant", avant que ce que l'on nomme une erreur médicale soit survenue dans son parcours sans tache de radiologue réputé. Oui, à cette époque "d'avant", il aurait pu être nominé pour les Diwan Awards dans la catégorie Médecine/santé...

Aujourd'hui le voilà complètement perturbé par l'irruption d'une jeune patiente à qui, suite à une mammographie, un examen peu concluant, il a imposé une biopsie, ému par sa fragilité et ému tout simplement par sa jeunesse et sa beauté fragile.

La "complication" est que la jeune femme s'est suicidée avant de connaître les résultats. Et que Adam s'est senti responsable de ce décès. Responsable au point de délirer et de ne plus penser qu'à ça, qu'à cette jeune femme. On le rencontre dans la chambre d'un hôpital psychatrique où son fils, puis son père, vont lui rendre visite.

Issu d'une famille musulmane modeste et pratiquante, Adam s'était, depuis l'enfance, mis un point d'honneur à s'en distancier, à devenir, en plus d'un sujet brillant, un athée convaincu. Se croyant affranchi, libéré du poids de sa culture d'origine, il s'en est résolument coupé. Thérapeute au diagnostic sûr, il a cru en la Science (nouvelle religion ?), il a oublié l'amour.

Voici que cette faille dans son image va le faire se remettre en question et revenir sur ses positions intolérantes. Lui qui a voulu couper ses racines, ne sait plus qui il est; il flotte maintenant et dérive dans un vide sidérant.

Choisir entre deux cultures ou s'enrichir des deux ?

De longues argumentations et vives discussions vont opposer Adam/Philippe Rasse à son fils Bilal/Antoine Makhoul, à son père, Yacoub/Claude Enuset. On ne saura rien de sa femme, dont il est séparé, et le personnage d'Artus/Benoît Pauwels fait figure d'ami, de collègue, de beau-frère... Sara-la-morte, imaginée par le cerveau malade d'Adam est sur scène comme dans sa conscience grâce à Amélie Remacle, merveilleuse de présence.
 
La mise en scène de Vincent Vanderbeeken et la scénographie de Renata Gorka habillent efficacement ce texte aux intentions un peu trop clairement didactiques, pédagogiques. Et si, grâce à de très bons comédiens, ces personnages accrochent et sont attachants, ils sont les représentations de stéréotypes et les porte-parole de l'auteure, Malika Madi.

Elle-même, comme elle le dit: "Wallonne de naissance, Algérienne d'affiliation". Elle écrit romans, nouvelles, essais, anime des ateliers dans les écoles, ayant à coeur de débattre des questions importantes comme la diversité culturelle, les relations inter-générationnelles, la place de la religion, la tolérance, le racisme... et cette pièce intéressante est en partie destinée à susciter les débats d'après spectacles.

 



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Bruxelles - Belgique Du 21/03/2018 au 31/03/2018 à me-sa: 20h + ve 23/03 je 29/03 : 10h Espace Magh rue du Poinçon, 17, 1000 Bruxelles Téléphone : +32(0)2 5370120. Site du théâtre Réserver  

Un homme libre

de Malika Madi

Théâtre
Mise en scène : Vincent Vanderbeeken
 
Avec : Claude Enuset, Antoine Makhoul, Benoît Pauwels, Philippe Rasse, Amélie Remacle

Scénographie, costumes: Renata Giorka 

Création sonore: Ron Wisnia 

Création lumière: Alain Collet

Régie: équipe Espace Magh

Durée : 1h15 Photo : © Aude van Laethem  

Création-production: Cadre Asbl & Espace Magh, Bruxelles

Soutiens: Service francophone bruxellois/PCI (Promotion de la Citoyenneté et de l'Interculturalité)/Cellule Egalité des chances de la ville de Bruxelles

Cette année à Bruxelles, c'était la 6ème édition des Diwan Awards qui distinguent et récompensent 12 lauréats parmi 36 nominés "issus de la diversité", pour leur parcours professionnel et leur engagement citoyen. L'objectif est de créer un soutien concret entre les talents accomplis et ceux en devenir grâce à ces "figures exempaires pour les jeunes générations".