Publié le 23 mars 2018
Au Théâtre de la Bastille, Volodia Serre porte à la scène le livre de W.G. Sebald « Les Emigrants » sous la forme d’une émission de radio. Les acteurs incarnent les destins tragiques de quatre personnages contraints à émigrer.

Cela commence par une causerie radiophonique comme on pourrait en entendre sur France Culture et qui serait enregistrée sur la scène du Théâtre de la Bastille. L’émission a pour objet le livre de W.G. Sebald, « Les Emigrants », roman documentaire teinté d’une indicible mélancolie, paru en 1992. Autour de la présentatrice/actrice qui lit un extrait sont présents trois intervenants/acteurs (dont Volodia Serre) réunis à la même table qui débattent de la personnalité de l’écrivain et de la portée de son ouvrage. Peu à peu, les quatre acteurs se lèvent et se mettent à incarner les personnages qui peuplent le récit de Sebald et qui tous ont à voir avec l’émigration et les souffrances du déracinement. Le tout saupoudré de « pauses musicales » en rapport avec le sujet.

Chaque acteur est amené à jouer plusieurs rôles : celui du narrateur qui tel un « ghostchaser », un chasseur de fantômes, mène son enquête auprès des témoins qu’il a parfois lui-même connus, et celui du personnage tiré de l’oubli. Au fur et à mesure de l’évocation, des fils rouges sont tendus entre les points de chute des voyageurs, points sur des cartes dans des sortes de placards ouverts tour à tour comme des tiroirs secrets. A partir de ces fils tendus, se dessine comme une toile de parcours migratoires, un réseau de destinées traversant l’Europe. Y compris celle du narrateur/Sebald cela fait cinq vies retracées, personnes ayant réellement existé mais inconnues du grand public, plus ou moins marquées au coin de la tragédie.

Tous porteurs du « syndrome du survivant », ces personnages entretiennent entre eux des liens assez lointains, ressuscités par des souvenirs réveillés au fil de leur rencontres. Outre par la parole, ces souvenirs sont véhiculés par des photographies en noir et blanc reproduites dans le livre de Sebald, agrandies et épinglées sur scène près des repères géographiques concernant tel ou tel personnage. Le cas échéant, des articles de journaux jouent aussi le rôle de pièces à conviction dans l’enquête.

Emblématique de la démarche, le cas Sebald lui-même. Né en 1944, il a quitté à vingt-deux ans sa Bavière natale par refus de la chape de plomb qui s’est abattue après-guerre sur les crimes nazis (son propre père a été membre de Wehrmacht). Après un passage en Suisse, il s’établit définitivement en Angleterre, à Norwich où il obtient son doctorat. C’est là, dans la maison qu’il loue avec sa compagne, qu’il rencontre le premier « fantôme » dont il va retracer le parcours : son logeur, personnage pas banal qui en réalité n’a rien de l’aristocrate excentrique supposé et tout d’un pauvre migrant lituanien ballotté par une destinée chaotique. Dévider le fil de cette vie donne le branle à l’évocation des trois autres parcours retracés en deux soirées successives au Théâtre de la Bastille et podcastées sur le site : www.ghostchaser



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris Du 21/03/2018 au 31/03/2018 à 19h Théâtre de la Bastille 76, rue de la Roquette, 75011 Paris Téléphone : 01 43 57 42 14. Site du théâtre Réserver  

Les Emigrants

de W.G. Sebald

Théâtre
Mise en scène : Volodia Serre
 
Avec : Olivier Balazuc, Gretel Delattre, Pierre Mignard, Volodia Serre

Scénographie : Mathias Baudry
Lumières : Kevin Briard
Son, musique : Frédéric Minière
Costumes : Hanna Sjödin

Durée : 1h30 Photo : © Pierre Grosbois