Publié le 17 mars 2018
Aux Ateliers Berthier, « Ithaque», premier volet d’un diptyque consacré par Christiane Jatahy aux voyages d’Ulysse, aux migrations et à l’exil. Original, le dispositif scénique présente une multiplicité de points de vue dans un désordre savamment orchestré.

Théâtre et cinéma, fiction et document, passé et présent, improvisation et représentation… le système binaire cher à Christiane Jatahy se retrouve dans « Ithaque », premier volet sous-titré « Notre Odyssée 1» d’un diptyque que la metteuse en scène et scénographe d’origine brésilienne consacre aux thèmes des voyages, de la guerre, de l’exil et du retour au foyer.  

Ce système binaire se retrouve jusque dans l’organisation de l’espace scénique aux Ateliers Berthier. Un espace bi-frontal avec deux scènes centrales situées dos à dos et les gradins des spectateurs de part et d’autre. Chacune de ces scènes est fermée par un mur de fond composé de lanières flexibles, sur lequel sont projetées les vidéos prises sur le vif par les acteurs/personnages. Passant d’une scène à l’autre, les six acteurs, trois filles brésiliennes, membres de la troupe de Christiane Jatahy, et trois comédiens français. Au centre, un sas mystérieux, espace d’intimité où se retirent les acteurs. Malgré des allures spontanées, le spectacle, qui s’ouvre sur un désordre de fin de fête à laquelle le public qui fait son entrée est convié, est très structuré, extrêmement abouti avec une (re)présentation de multiples points de vue.

Sur chacune de ces scènes se joue un épisode du retour d’Ulysse sur son île d’Ithaque où l’attend depuis une vingtaine d’années son épouse Pénélope. Or c’est toute l’humanité qui est figurée ici à travers ces deux figures mythiques. Car le récit homérique de l’Odyssée, dont le canevas est repris dans ses grandes lignes, n’est qu’un prétexte à évoquer (ou plutôt à représenter) les thèmes de l’actualité la plus brûlante, les calamités causées par la violence des hommes (sur scène les garçons sont toujours prêts à en venir aux mains) et les migrations qui en découlent.

De temps à autre, des témoignages de migrants recueillis par Jatahy pour un précédent spectacle sont lus par tel ou tel acteur, récits terribles où toute humanité se perd. Le nom d’Ulysse ainsi que celui de Pénélope ne seront prononcés qu’à la toute fin du spectacle. D’ailleurs ni l’une ni l’autre n’est représenté par une seule personne, les trois actrices jouent alternativement ou ensemble le rôle de Pénélope et de Calypso, et les trois garçons celui d’Ulysse et des prétendants.

Image du Brésil

Deux scènes, donc, et deux phases du récit homérique : le voyage et le but. Au premier tiers du spectacle, le public, paniqué par le hurlement des sirènes d’urgence, est convié à changer de salle et donc de scène et de gradins. De manière là aussi très organisée. L’une des deux scènes figure l’île d’Ithaque où Pénélope fait face aux prétendants qui la harcèlent pour prendre la place d’Ulysse dont ils annoncent la mort. En proie au pillage de ces vautours, l’île part à vau-l’eau mais Pénélope résiste jusqu’à la torture infligée (et filmée) par ses prédateurs (en qui Jatahy voit, dit-elle dans le programme, une image de son pays, le Brésil en proie à la corruption et aux coups portés à la démocratie). Sur l’autre scène, figurant l’île de Calypso, Ulysse est pris dans les rets amoureux de la nymphe qui va le retenir pendant sept ans. Mais malgré les sortilèges et les supplications de la tentatrice, il tient bon et maintient le cap sur son Ithaque.

Aux deux tiers du spectacle, les rideaux se lèvent et les deux scènes se rejoignent pour n’en faire qu’une. A présent, les deux groupes de public se font face, en miroir.  Et un autre danger menace toute la communauté humaine rassemblée et néanmoins toujours divisée : la montée des eaux. Inexorablement, la mer monte sur le plateau et loin de s’endormir dans le confort douillet de son île retrouvée, Ulysse doit se préparer à affronter un nouveau voyage. Mais c’est une autre histoire ... À suivre, donc.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris 17è Du 16/03/2018 au 21/04/2018 à 20h Odéon-Ateliers Berthier Angle de la rue Suarès et du Bd Berthier Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

Tournée 2018
Du 7 au 11 juin : São Luiz Teatro Municipal, Lisbonne
Du 13 au 16 septembre : Ruhrtriennale, Allemagne
Du 1er au 6 octobre : Centquatre, Paris
Du 7au 17 novembre : Théâtre National Wallonie, Bruxelles
Du 29 novembre au 2 décembre : Centre Culturel Onassis, Athènes

Réserver  

Ithaque

de Christiane Jatahy

Théâtre
Mise en scène : Christiane Jatahy
 
Avec : Karim Bel Kacem, Julia Bernat, Cédric Eeckhout, Stella Rabello, Matthieu Sampeur, Isabel Teixeira

Collaboration artistique, lumière, scénographie : Thomas Walgrave
Collaboration à la création de la scénographie :
Marcelo Lipiani
Collaboration artistique : Henrique Mariano
Création son : Alex Fostier
Direction de la photographie, cadrage : Paulo Camacho
Costumes : Siegrid Petit-Imbert, Géraldine Ingremeau
Système vidéo : Julio Parente
Assistance à la mise en scène, traduction : Marcus Borja

Durée : 2h Photo : © Elizabeth Carecchio