Publié le 15 mars 2018
Dans « Coupes sombres », de Guy Zilberstein, une metteuse en scène et un auteur s’affrontent sur la scène d’un théâtre. Elle veut alléger le texte, lui s’arc-boute sur son œuvre.

Avec Coupes sombres le spectateur pénètre dans une arène où il n’a pas en principe accès, à savoir la préparation d’un spectacle, l’envers du décor. Court (une heure), le spectacle est l’occasion d’un duo d’acteurs de la Comédie française délocalisés au Rond-Point : la délicieuse Anne Kessler et Serge Bagdassarian, la première jouant le rôle de metteuse en scène, fonction qu’elle assume aussi sur la pièce de Guy Zilberstein, le second, un peu caricatural, celui de l’auteur. 

Drôle mais un rien brouillon et confus, la pièce fait intervenir deux outsiders : l’un invisible, le technicien quelque part au fond de la salle qui, en voix off, fait entendre son point de vue très distancié. Et un bûcheron, un costaud en marcel (Pierre Hancisse), qui cite Ronsard et La Fontaine et plaide pour sa propre chapelle d’acteur car il a un rôle à jouer dans la pièce, rôle menacé par la metteuse en scène qui l’estime superfétatoire.

D’entrée, l’auteur se braque devant le décor proposé pour sa pièce : des bancs éparpillés au petit bonheur autour de lui. S’en tenir strictement au texte, tel est son credo, texte dans lequel, prétend-il, tout est expressément décrit, y compris l’espace de jeu. Or le texte, c’est justement ce qui pose problème à la metteuse en scène  qui invoque en premier lieu la longueur du spectacle : plus de cinq heures. Et d’égrener toute une série de raisons qui plaident pour un "allégement " : la clarté, le rythme, le style, l’efficacité de la narration…

Noms d'oiseau

Dès l’instant où elle lui propose la moindre coupe, l’auteur hurle à l’amputation, à la mutilation. Et de se lancer dans un plaidoyer un peu fumeux pour un spectacle vu non pas comme représentation mais comme reconstitution. Le spectateur lui acquierant le statut de témoin. Or tous deux butent sur une seule phrase, pour elle inutile et nuisible à l’ensemble, pour lui  indispensable à sa cohérence. Très vite, le ton monte entre les deux antagonistes, les noms d’oiseau fusent de part et d’autre, le désaccord semble avoir atteint un point de retour.

Mais, contre toute attente, telle proposition de la metteuse en scène, telle concession accordée, du bout des lèvres, par l’auteur va les amener à une estime, à une considération réciproques. Et sauver le spectacle dans le respect du point de vue de l’une et de l’autre. 



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Paris Du 13/03/2018 au 15/04/2018 à 18h30 Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris Téléphone : 01 44 95 98 21. Site du théâtre Réserver  

Coupes sombres

de Guy Zilberstein

Théâtre
Mise en scène : Anne Kessler
 
Avec : Anne Kessler, Serge Bagdassarian, Pierre Hancisse

Lumières : Arnaud Jung

Durée : 1h Photo : © Giovanni Cittadini Cesi