Publié le 8 mars 2018
« Elle », mis en scène et joué par Alfredo Arias à l’Athénée, présente une trilogie de textes iconoclastes qui s’en prennent à la figure intouchable du pape. Dont celui formidable et prémonitoire de Jean Genet.

En ces temps de retour du fanatisme religieux et de triomphe du politiquement correct, le spectacle « Elle », créé à l’Athénée, est scandaleusement réjouissant. En fait, c’est une trilogie de courts textes qui composent un menu on ne peut plus sulfureux, tous trois joués dans un même décor minimaliste de sacristie par le toujours vert Alfredo Arias et trois acteurs dans le sillage de la bande des Argentins de Paris qui ont participé dans les années soixante-dix à l’aventure du fameux Groupe TSE.

En amuse-gueule, un bref texte de Sade intitulé « Juliette et le pape ». L’héroïne libertine créée par le divin marquis passe un marché à sens unique avec le pape de l’époque, Pie VI, à qui elle promet le plaisir sacrilège pourvu qu’il se soumette à ses conditions. Ce qu’il fait dans une attitude de soumission voluptueuse. Mais la jeune délurée s’avance un peu trop lorsqu’elle prophétise, en dernier lieu, que la papauté sera terrassée par la philosophie. Erreur car l'institution a la peau dure !

En plat de résistance, « Elle », pièce écrite et laissée inachevée en 1955 par Jean Genet et publiée à titre posthume, jouée en 1989 par Maria Casarès. « Elle », c’est Sa Sainteté, créature mystérieuse et fantastique, sans identité, sans sexe, sans genre, qui circule en patins à roulettes et, pour attester de son humanité, montre ses fesses au travers d’une fente de sa somptueuse robe. Le prétexte de la pièce est une séance de photographie cérémonieusement organisée par un huissier (Adriana Pegueroles). Derrière les rituels de l’apparence et les vidéos où l’image se suffit à elle-même se fait jour un vide abyssal, un vertige du représentant du Seigneur qui est peut être celui du Seigneur lui-même.

Au grand dam du vibrionnant photographe (Alejandra Radano), Sa Sainteté se dérobe à la pose,  échappe à toute prise, rôle dans lequel Alfredo Arias, avec ses airs candides, se révèle irrésistible. Et de se lancer dans une argumentation dont il ressort que Sa personne est partout et nulle part, qu’elle peut s’incarner aussi bien dans un morceau de sucre que dans une photographie. Sucre qui pourra se diluer dans le sang de fidèles et atteindre ainsi la meilleure diffusion… Etonnante, la prescience avec laquelle Genet avait anticipé l’ère de la communication qui allait prendre son essor un demi-siècle plus tard.

En guise de dessert, « A un Pape », virulent poème de Pasolini, adressé à Pie XII qui régna pendant la deuxième guerre mondiale et laissa faire les massacres. « Ne pas faire le bien, voilà le vrai péché », invective le poète-cinéaste. Glaçant.



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Paris Du 07/03/2018 au 24/03/2018 à 20h Théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet 7 rue Boudreau 75009 Paris Téléphone : 01 53 05 19 19. Site du théâtre

Comédie de Picardie, Amiens : du 28 au 30 mars 2018

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Elle

de Jean Genet

Théâtre
Mise en scène : Alfredo Arias
 
Avec : Alfredo Arias, Marcos Montes, Adriana Pegueroles, Alejandra Radano

Scénographie : Alfredo Arias
Costumes : Pablo Ramirez
Lumière : Jacques Rouveyrollis
Vidéo : Alejandro Rumolino
Son : Thierry Legeai

Durée : 1h20 Photo : © Laura Lago