Publié le 6 mars 2018
Mis en scène par Richard Brunel , le «Dîner en ville », de Christine Angot, enferme ses cinq personnages dans les cruautés de la mondanité à laquelle ils se livrent avec délices.

Commande à Christine Angot par Richard Brunel, qui dirige la Comédie de Valence, et par d’autres institutions, « Dîner en ville » dresse une galerie de portraits de cinq Parisiens dans leur sport favori de la  mondanité exécrée et néanmoins irrésistible. S’y exerce l’esprit incisif voire tranchant de l’auteure qui ne craint pas d’enfermer ses personnages dans des schémas - pour ne pas dire des clichés – et des dialogues qui ne leur laissent aucune autonomie ni respiration.

Anguleux, le dispositif scénique maintient les cinq comédiens sur les trois marches étriquées de l’avant-scène, laquelle mène à une estrade cernée de baies vitrées entre lesquelles vont et viennent les personnages pour s’alpaguer tour à tour avec un appétit non dissimulé. Mais de dîner à proprement parler, il n’est question que dans le titre de la pièce, on ne mange rien au cours de cette soirée mais on s’entredévore à belles dents.

Tous les sujets de conversation affectionnés par les bobos y sont successivement abordés : le politiquement correct, la discrimination positive, la sociabilité, l’invisibilité des minorités sociales ou raciales… En l’occurrence, un personnage, Stéphane (Djibril Pavadé), garçon noir à la susceptibilité à fleur de peau, ingénieur du son au chômage, cumule ces deux derniers handicaps et s’insurge contre le mépris social dont il est la victime.

Manifestement porte-parole de Christine Angot, Emmanuelle Bercot y campe, avec l’engagement qu’on lui connaît, une « grande actrice », Cécile, qui incarne la vérité et dit son fait à tout le monde. Un court préambule la présente en interview faisant montre de toute la sincérité et la puissance d’émotion dont est capable une artiste authentique qui ne résiste pourtant à aucune invitation.

Pantins mondains
 
En contrepoint, les trois autres personnages font figure de pantins mondains. A  commencer par l’hôte, Régis (Jean-Pierre Malo), producteur, homosexuel flamboyant, dont on admire l’esprit mais dont on fustige l’insistance forcément déplacée vis-à-vis de Stéphane. Plus complexe, le personnage de Marie (excellente Valérie de Dietrich) est une scientifique qui se perd dans les subtilités des affinités électives. Enfin la pauvre Florence (Noémie Develay-Ressiguier), qui dirige un CDN de banlieue, est cantonnée au rôle de faire-valoir.

On se demande pourquoi ces gens s’infligent le supplice du jeu social auquel rien ne les oblige et s’ils ne devraient pas plutôt  songer à changer de fréquentation !



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris Du 06/03/2018 au 01/04/2018 à 20h La Colline - théâtre national 15 rue Malte-Brun 75020 Téléphone : 0144625252. Site du théâtre

Le mardi à 19h, le dimanche à 16h

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Dîner en ville

de Christine Angot

Théâtre
Mise en scène : Richard Brunel
 
Avec : Emmanuelle Bercot, Valérie de Dietrich, Noémie Develay-Ressiguier, Jean-Pierre Malo, Djibril Pavadé

Son : Michaël Selam
Lumières : Victor Egéa
Scénographie : Gala Ognibene
Costumes : Benjamin Moreau

Durée : 1h20 Photo : © Jean-Louis Fernandez