Publié le 11 février 2018
Lors du repas d’anniversaire du père, 60 ans, les secrets de famille viennent fissurer l’apparence de gens sans histoire et sans conflits. Le tout joué et filmé en direct du plateau et de ses coulisses. Une prouesse technologique qui joue avec les mises en abîmes.

Dès le lever du rideau, on sait que ce sera impressionnant. Le décor s’impose comme un personnage omniprésent. Il comprend le salon dans lequel les invités se retrouveront autour de la table mais aussi la cuisine où se prépare le repas, des chambres, une salle de bain, un hall d’arrivée, des dépendances à l’arrière, un dégagement vers les étages. On verra par la suite que certaines parties sont mobiles et modifient alors l’espace.

C’est la part prise par le théâtre. Un écran géant qui surplombe l’ensemble est là pour montrer ce qui se filme. Car il y a un aspect cinématographique à cette réalisation qui permet de voir ce qui se passe à l’intérieur de la maison autant que dans les coulisses de la salle où s’est implantée la représentation.

Un jeu subtil se crée dans une série de mises en abyme. Les comédiens, même s’ils tournent le dos à la salle, sont projetés de face ; tandis que des événements se passent sur le plateau, des actions ont lieu en coulisses et sont mises au jour. Il arrive que les acteurs se filment en train de filmer, qu’ils se filment eux-mêmes. D’où une fascination née de toutes ces interférences, auxquelles s’ajoutent des éléments du passé actualisés, qui sollicitent l’attention du public, dont quelques spectateurs sont intégrés dans l’action, devenant de la sorte eux-mêmes acteurs.

L’histoire ici contée n’a rien d’original. Elle est celle des révélations publiques de turpitudes antérieures. La première suscitant les suivantes au point de saborder le côté festif de la rencontre. C’est un prétexte pour détailler les caractères des protagonistes, les tensions qui les relient et les repoussent.  En quelque sorte le mécanisme de la tragédie qui mène les héros vers l’inéluctable. C’est sans doute encore une sorte de reprise des éléments qui habitent les personnages du « Hamlet » de Shakespeare.

Un réalisme magnifié

La mise en scène joue sur le réalisme dans une esthétique de l’épuration. Chaque déplacement, chaque geste semble précis, minuté. Tout est calculé. On reçoit alors le drame avec un détachement glacial. Ce qui se passe, est révélé, dévoilé comme un constat de l’inévitable. Il y avait plus d’émotions dans des réalisations parlant elle-aussi de l’inceste comme le « Hansel et Gretel » de Van Dalem et Ugeux ou dans « Purgatorio » de Castellucci. Que cela ne tienne, l’histoire s’est déroulée, telle un fait divers objectif sur lequel il est difficile de porter un jugement moral tant les nuances de la réalité montrent qu’il pourrait se passer chez n’importe qui.

Quant au volet technologique supplémentaire que Teste et son équipe ont tenté d’intégrer, à savoir l’usage d’odeurs en relations avec les événements du repas, selon leur place en salle, certains ont trouvé que cela était trop fort à supporter, d’autres n’ont strictement rien senti du tout. Demeure un spectacle rigoureux, interprété par une troupe homogène dans lesquels les rôles importants et les protagonistes secondaires étaient justes jusque dans les détails.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Lille Du 07/02/2018 au 11/02/2018 à me ve 20h je 19h di 16h Théâtre du Nord 4, Place du Général de Gaulle Téléphone : 03 20 14 24 24. Site du théâtre Réserver  

Festen

de Thomas Vinterberg, Mogens Rukov

Performance filmique Théâtre
Mise en scène : Cyril Teste (collectif MxM)
 
Avec : Estelle André, Vincent Berger, Hervé Blanc, Sandy Boizard ou Marion Pellissier, Sophie Cattani, Bénédicte Guilbert, Mathias Labelle, Danièle Léon, Xavier Maly, Lou Martin-Fernet, Ludovic Molière, Catherine Morlot, Anthony Paliotti, Pierre Timaitre, Gérald Weingand et la participation de Laureline Le Bris-Cep

Adaptation Bo Hr. Hansen
Adaptation française Daniel Benoi
Collaboratrices artistiques Sandy Boizard et Marion Pellissier
Scénographie Valérie Grall
Illustration olfactive Francis Kurkdjian,
Création lumière Julien Boizard
Chef opérateur Nicolas Doremus
Cadreur
Christophe Gaultier
Montage en direct, régie vidéo Mehdi Toutain-Lopez ou Claire Roygnan
Musique originale Nihil Bordures
Chef opérateur son
Thibault Lamy
Compositing Hugo Arcier
Conseil, création culinaires
Olivier Théron

Durée : 1h50 Photo : © Simon Gosselin  

Production Collectif MxM
Production déléguée Bonlieu Scène Nationale Annecy
Soutien
: Fondation d’entreprise Hermès (programme New Settings)
Coproduction:  MC2:Grenoble, Théâtre du Nord CDN de Lille Tourcoing Hauts-de-France, La Comédie de Reims CDN, Printemps des Comédiens, TAP Scène nationale de Poitiers, Espace des Arts Scène nationale Chalon sur Saône, Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines Scène Nationale, Lux Scène nationale de Valence, Célestins-Théâtre de Lyon, Le Liberté Scène nationale de Toulon, Le Parvis Scène nationale Tarbes Pyrénées, Théâtre de Cornouaille Scène Nationale de Quimper Centre de création musicale.
Participation : DICRéAM , de KKDC , agnès b., Olivier Théron – Traiteur & Evènements , La Ferme du Buisson Scène Nationale de Marne la Vallée, Maison Jacques Copeau
Remerciements Anne Carpentier, Ramy Fischler, Delphine Pinet, Lucie Pollet, Ecole Hôtelière de Paris Lycée Jean-Drouant

Comparer : VanDalem, Ugueux, Hansel et Gretel (http://www.ruedutheatre.info/article-6938088.html )

                   Castellucci, Purgatorio, Arte Editions, 2008, DVD