Publié le 30 janvier 2018
Le théâtre de la Contrescarpe présente un one-man show sur le burn out en entreprise. Un sujet on ne peut plus d’actualité traité avec un humour de circonstance.

Tout le monde garde en tête un souvenir plus ou moins mémorable de « Jurassic Park » de Steven Spielberg qui défraya la chronique avec son Tyrannosaure dévastateur. Communément baptisé « T-rex ». Certains en furent même traumatisés. Petit, Alexandre Oppecini en fit des cauchemars récurrents. Ce monstre géant, de plus de 13 mètres, venait régulièrement hanter son inconscient pour le dévorer tout cru.

Quelque trente ans plus tard, nous retrouvons cet homme sur scène, en chef de projet du settle management dans une grande banque internationale. C’est confiant et vêtu d’un costard-cravate qu’il ouvre son one-man show sur ce reptile tyrannique avant de narrer, avec force détails, sa vie de bureau actuelle auprès de ses collègues. Et notamment de son « n+1 » qui, suite à un suicide inattendu, provoque une avalanche d’événements qui réactivent ce trauma infantil. Propulsé au rang officieux de manager, il se retrouve à devoir quitter ses fonctions d’experts pour gérer une équipe de bras cassés.

Ce changement soudain de statut modifie l’ensemble de ses paradigmes. Finie la gestion de son portefeuille clients : maintenant, il doit gérer les bouffées de chaleur de ses « trois vierges Marie » vieillissantes, de sa « tapette » italienne, de sa secrétaire sans vie, de son collègue puant, etc. De sérieux, son job devient trivial. Être manager, c’est passer son temps à gérer les égos des uns et des autres, à concilier des comportements quasi inconciliables.

Être manager, c’est aussi, pour Alexandre, se confronter à ses angoisses infantiles et à la résurgence soudaine et répétitive de ses cauchemars, mimés par des instants oniriques où les bruits gutturaux du T-rex surgissent de manière toujours plus menaçante. 

Être ou ne pas être manager

Une descente tyranausauresque

Dans ce spectacle de 1h15, Alexandre Oppecini décrit cette progressive descente aux enfers que connaissent ceux qui ne sont pas au bon endroit, ceux qui se font manipuler par leur direction, ceux qui font preuve de trop de zèle professionnel. C’est-à-dire beaucoup d’entre nous, surtout au début d’une carrière où l’on ne souhaite qu’une seule chose : faire ses preuves, garder sa place à tout prix. Surtout à celui de sa santé.

De semaines en semaines, face à un dossier pressant pour un gros client (Goldman Sachs), son monde s’écroule et son état se dégrade. Chute de cheveux, cernes, psoriasis, stress, abus d’un café mimé par l’un des seuls éléments scéniques : une machine Nespresso dont le bruit de l'écoulement résonne comme une sentence inéluctable : celle de sa perte. Outre cette « machine », une table sur laquelle sont déposés des stylos incarnant des collègues remplaçables et où sont étudiés des dossiers lourds. Ou encore cette chaise qui fait l’objet de moult déplacements entre son bureau officiel et celui de sa « n+2 », femme acariâtre de 50 ans.

Pour celles et ceux qui connaissent ou ont connu le monde de l’entreprise, l’ensemble est convaincant. Avec des épisodes hilarants tels que ce moment où l’une de ses collègues craque face à l’imprimante unique achetée pour les 200 salariés de sa boîte, ou plus touchants tels que sa rédemption finale. L’on regrette toutefois un manque global de rythme : l’on se demande parfois ce qui se passe sur scène face à des silences trop longs. Un tel burn out aurait mérité une pièce plus nerveuse, autant dans la gestuelle que dans le texte, parfois un peu banal ou bien attendu. Sans compter une mise en scène qui aurait mérité, elle aussi, plus de cadence et de précision.

Un constat reste, en tout cas : un burn out est si vite arrivé. La vigilance doit être de mise… pour tout le monde ! 



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris Du 07/01/2018 au 27/03/2018 à Les dimanches à 18h30, les lundis et mardis à 21h00 Théâtre de la Contrescarpe 5 Rue Blainville, 75005 Paris Téléphone : 01 42 01 81 88. Site du théâtre  

T-rex

de Alexandre Oppecini

Théâtre
Mise en scène : Marie Guibourt
 
Avec : Alexandre Oppecini

Musique : Rémi Oppecini

Durée : 1h15 Photo : © Armand Luciani