Publié le 31 janvier 2018
Marivaux, selon son optique habituelle, utilise le déguisement, le leurre du personnage qui n’est pas ce qu’il paraît être, volontairement, pour duper autrui en espérant de la sorte faire surgir de lui une vérité qui, en d’autres circonstances, serait cachée. La duperie l’emporte.

Rabeux a désiré rendre cette pièce plus directe en privilégiant les situations qui montrent clairement comment fonctionne le mécanisme d’emprise que les nantis se permettent sur les gens d’une classe inférieure à la leur. Il mise sur la duplicité, une certaine violence, une cruauté explicite.

Le décor, d’abord. Il est signé par la plasticienne Noémi Goudal. Monumental, d’un blanc éclatant, il étale son architecture aux réminiscences du passé (un rappel des trompe-l’œil d’autrefois) avec l’élan d’aujourd’hui (des néons verticaux qui avivent son éclat). Il en impose par sa présence, bien qu’il n’ait rien de massif. Il a des allures de ruines bien conservées dans lesquelles il est possible de jouer à cache-cache, de se dissimuler pour épier.

Si la sexualité du temps de Marivaux est celle des « Liaisons dangereuses » de Laclos et des écrits du marquis de Sade, celle de notre siècle n’a rien à leur envier. Et la mise sous les feux de l’actualité de l’homosexualité, du transformisme, des transgenres, du mariage pour tous s’affirme clairement sur le plateau. Ce qui, en fin de compte, avec les récentes révélations médiatisées de harcèlement et d’abus sexuels, débouche dans le domaine du politique puisque l’égalité hommes-femmes réclame des législations nouvelles, des comportements éminemment plus tolérants.

Le spectacle est forcément  (ou férocement ?) érotisé. Les corps ont au moins autant si pas plus d’importance que les mots. Ces derniers, d’ailleurs, sont en priorité portés par la musicalité des voix. Ils sont dits de manière plutôt mélodique pour former une sorte de chœur à plusieurs voix. Cela se joue donc à la façon d’une partition musicale : le langage de chacun des comédiens est un timbre, des tonalités avant d’être la mise en bouche d’un texte. L’artifice n’est pas pour rien dans l’œuvre de Marivaux ni dans sa transposition par Rabeux.

L’intrigue en devient secondaire. Importent avant tout les images qui se succèdent sur scène. Elles entraînent les personnages à jouer un jeu qui n’exclut jamais la provocation. Le désir (la vie) se heurte avec l’abus de pouvoir (la mort). Comme toujours, les puristes de la tradition seront choqués. Ils l’avaient naguère été avec les versions teintées d’humour distancié de certains classiques de l’Ensemble Leporello, telles « Les fausses confidences ».



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La double inconstance (ou presque)

de Marivaux

Théâtre
Mise en scène : Jean-Michel Rabeux
 
Avec : Morgane Arbez, Aurélia Arto, Claude Degliame, Hugo Dillon, Roxane Kasperski, Christophe Sauger

Adaptation, costumes : Jean-Michel Rabeux
Décor : Noémie Goudal
Lumières : Jean-Claude Fonkenel
Créateur son, régie son : Cédric Colin
Assistanat à la mise en scène, façonnage costume, coiffure, maquillage : Geoffrey Coppini
Régie générale : Denis Arlot
Régie lumières : Nicolas Forge
Construction des décors : Atelier Devineau

Durée : 1h30 Photo : © DR  

Production déléguée : La Compagnie
Coproduction : La Compagnie, La rose des vents (Villeneuve d’Ascq), Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis), La Barcarolle – EPCC spectacle vivant Audomarois
Subvention :  Ministère de la Culture et de la Communication – DRAC Ile-de-France
Soutien : région Ile-de-France