Publié le 4 novembre 2017
« D’une prison l’autre », deuxième volet de la Trilogie de Baptiste Amann, « Des Territoires », met en relation la colère d’une fratrie de banlieue avec celle des insurgés de la Commune de Paris. Une pièce écrite avec passion mais pas vraiment incarnée sur scène.

Après « Nous sifflerons la Marseillaise », voici « D’une prison l’autre », le deuxième volet de la trilogie « Des Territoires », écrite et mise en scène par le très jeune Baptiste Amann. En filigrane à cette trilogie qui sent son autobiographie une interrogation lancinante sur la question de  savoir « Quel type de révolution connaîtra le XXIème siècle ». Le premier volet faisait un parallèle entre l’insurrection dans les banlieues – dont Amann est issu et dont il est question dans toute la série – et la révolution française de 1789. Le deuxième, lui, renvoie à un autre épisode insurrectionnel nettement moins connu, plus limité dans le temps et l’espace, la Commune de Paris (printemps 1871). Une explosion de colère populaire avec laquelle les personnages de la pièce entrent en résonance. 

Ils sont trois frères et une sœur réunis dans le pavillon témoin d’une cité HLM où leurs parents viennent de mourir. Après l’enterrement, dans des conditions mi-cocasses mi-gore, ils s’affrontent dans un huis-clos acerbe, partagés entre désir de fuir et réalité d’un quotidien et de l’héritage parental qui les retiennent. Ils y retrouvent deux copains venus les prévenir qu’une émeute gronde dans le quartier et que les habitants sont confinés dans leur appartement.

Surgit alors une septième comparse en la personne de Louise Michel, militante activiste qui tente d’entraîner les autres dans son combat contre l’extension d’un centre commercial. Louise Michel, le nom dit quelque chose, c’est la grande « meneuse » de la Commune, déportée en Nouvelle Calédonie après la répression féroce de l’insurrection. C’est bien cela en effet, une figure historique de la rébellion et de l’anarchisme menant de nouveaux combats au goût du jour.

Ardente agora

A mesure que l’agitation extérieure au pavillon se fait  plus pressante, chacun des six autres personnages de la pièce se métamorphose en protagoniste de la Commune, dont le nom et/ou l’action sont nettement moins connus. Tel Théophile Ferré, le compagnon de Louise Michel, qui sera fusillé. Ou encore le peintre Gustave Courbet, exilé après sa participation à la destruction de la colonne Vendôme.

Dans le pavillon, devenu ardente agora, les débats vont bon train entre « réalistes » prêts au compromis et « révolutionnaires » intransigeants. Et toujours les mêmes questions : le racisme, la quête d'identité, la pauvreté, l'exclusion, l'incapacité à s'exprimer...

Tout cela est passionnant mais dommage que le texte soit trop écrit, parsemé de tirades un peu longuettes, déclamées, pas vraiment incarnées par les acteurs. Lesquels se laissent trop souvent aller à l’hystérie et à la vocifération. On pense beaucoup à Joël Pommerat et à sa trilogie sur la Révolution française. Encore un effort citoyen Amann !



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Paris Du 02/11/2017 au 25/11/2017 à 21h Théâtre de la Bastille 76, rue de la Roquette, 75011 Paris Téléphone : 01 43 57 42 14. Site du théâtre

Du 5 au 9 décembre : TnBA-Théâtre national de Bordeaux-Aquitaine

Le 11 décembre : Circa-Auch

Du 13 au 15 décembre : Théâtre Sorano-Toulouse

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D'une prison l'autre

de Baptiste Amann

Cirque
Mise en scène : Baptiste Amann
 
Avec : Solal Bouloudnine, Nailia Harzoune, Yohann Pisiou, Samuel Réhault, Anne-Sophie Sterck, Lyn Thibault, Olivier Veillon

Régie générale, création lumière : Sylvain Violet

Création sonore : Léon Blomme

Scénographie : Gaspard Pinta

Costumes : Wilfrid Belloc

Durée : 2h10 Photo : © Sonia Barcet