Publié le 30 septembre 2017
Sur la scène de La Colline, Mohamed El Khatib donne la parole à cinquante trois supporters du RC Lens. « Stadium », une « performance documentaire » qui perd la distance nécessaire par rapport au déchaînement de l’enthousiasme collectif.

Cinquante trois.  Séparément ou par groupes, ils sont cinquante trois supporters à monter sur la scène du Théâtre de la Colline (moins les absents retenus à Lens).  Et à témoigner de leur engagement pour le RC Lens, club légendaire qui eut son heure de gloire avec le titre de champion de France en 1998. Un âge d’or que ces fans, qualifiés de « meilleur public de France », n’ont de cesse de lui faire retrouver par un soutien sans faille à coup de « tifos », d’animations visuelles et/ou musicales rituelles qui font la joie des stades. Au point, pour certains, de lui sacrifier leur vie personnelle.  Et d’y trouver un exutoire à la vie professionnelle souvent réduite à néant dans cette région ravagée par la sempiternelle crise.

Fruit d’une immersion d’un an dans les clubs de supporters du RC Lens pendant la saison  2015-16, cette « performance » documentaire et chorégraphique mêle témoignages directs ou enregistrés de fans, quelques vidéos et textes diffusés sur grand écran, réunion de famille, chants, hymnes, banda, insultes à l’arbitre (parfois pleines d'esprit) et même un numéro épatant de pom-pom girls. Dans cette rencontre inattendue entre les deux publics qui s’ignorent voire se méprisent  - celui du stade et celui du théâtre - Mohamed El Khatib, qui a écrit les textes, fait lui-même des apparitions sur scène dans le rôle du modérateur (très, trop modéré).

En deux pièces, « Finir en beauté », dédié à sa mère décédée, et « Moi Corinne Dadat », témoignage d’une femme de ménage et d’une danseuse, El Khatib s’est taillé une place dans le paysage du théâtre contemporain. Fils d’ouvrier issu de l’immigration, docteur en sociologie et fan de foot qu'il a pratiqué à haut niveau jusqu’à une blessure fatale, il est fêté aujourd’hui par le Festival d’Automne qui avec le Théâtre de la Ville (hors et dans ses murs) programme trois de ses spectacles jusqu’en décembre.

Se gardant comme la peste de tout misérabilisme, ouvriérisme, condescendance et autres tares d’intellectuels honnis, Mohamed El Khatib laisse donc la parole à cette  grande famille des fans de foot.  Avec pour tout décor une réduction du fameux stade Bollaert de Lens où tout se joue : sur un côté de la scène, la friterie « Momo » (frites et bières à gogo et payantes pour le public à l’entracte) et,  au centre du plateau, quelques rangs d’un gradin où prend place, entre autres, l'impressionnante famille Dupuis autour de l’aïeule, Yvette, 85 ans, supportrice depuis l’enfance. Les couleurs sang et or du club se déclinent sur tous les corps et sous toutes les formes, évidemment assorties de pubs des marques supporters.

"On oublie tout le reste"

Quelques spécimens particulièrement intéressants restent en mémoire. Tel Jonathan, qui a tout sacrifié à sa vocation de « capo », soit un chef de tribune qui pendant les matches entraîne et coordonne pas moins de 4000 supporters  à pousser les chants et à agiter les banderoles au bon moment. Issu d’une lignée de communistes, communiste lui-même, Jonathan convient que le vote front national a désormais le vent en poupe parmi les supporters. Mais, dit-il en substance, "quand on entre dans un stade on oublie tout le reste". Refrain commun à tous. Ou encore ce curé de telle paroisse qui a dû choisir entre Dieu et le foot et opté pour le premier au terme d’un long débat intérieur. Et qui avoue ne pas pouvoir faire de miracle pour le club !

Cette tribu de supporters, Mohamed El Khatib la considère avec beaucoup d’empathie. Un peu trop même. Au point de perdre la distance nécessaire en tout et sur tout (particulièrement au théâtre, on le sait depuis Brecht). Et de diffuser sur écran des textes qui hurlent à la privation des libertés alors que des mesures de plus en plus répressives sont (justement) prises contre les « ultras » (euphémisme pour les plus violents) qui n’admettent pas (contre toute évidence) la qualification de hooligans. Ainsi, ce président d’un club, un mastard qui arbore avec fierté un nombre impressionnant de blessures gagnées sur les champs de bataille contre les clubs adverses. Dont une fracture du tibia et du péroné (rien que ça !) à force de taper sur un adversaire !  Est-ce condescendance que de rappeler la tragédie pas si lointaine du Heysel et ses 39 morts et 450 blessés ?

A voir aussi  de Mohamed El Khatib à l’Espace Cardin :
- « C'est la vie », sur la mort d’un enfant, du 10 au 22 novembre.
- « Conversation entre Mohamed El Khatib et le cinéaste Alain Cavalier », du 14 au 22 décembre au Espace Cardin

 



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Paris Du 27/09/2017 au 07/10/2017 à 20h30 La Colline - théâtre national 15 rue Malte-Brun 75020 Téléphone : 0144625252. Site du théâtre

10 novembre : L’Avant-scène Théâtre de Colombes

16 & 17 nov.,Théâtre de Beauvais

24 et 25 nov., Festival Mettre en scène, TNB Rennes

26 nov, Scènes du Golfe, Vannes

1er février 2018,  Esp. Malraux, Joué-les-Tours

2 fév., Centre dramatique national Tours

3 fév.,  Scène nationale Orléans

16 & 17 mars, Scène nationale Châteauvallon

10 au 14 avril, Le Grand T, Nantes

26 mai, 2018 Pôle culturel Alfortville

Réserver  

Stadium

de Mohamed Et Khatib

Théâtre
Mise en scène : Mohamed Et Khatib
 
Avec : 53 supporters du Racing Club de Lens

Conception : Mohamed el Khatib et Fred Hocké

Environnement visuel : Fred Hocké

Environnement sonore : Arnaud Léger

Collaboration artistique : Violaine de Cazenove, Eric Domeneghetty, Thierry Péteau

Durée : 2h Photo : © Pascal Victor Artcompress