Publié le 11 janvier 2018
Face à face, un policier et un suspect. La loi cherche à comprendre. Le fanatique tente de convaincre. Dans les arguments de l’un comme de l’autre, des réalités surgissent, indubitables, insupportables.

Cet affrontement entre deux hommes, deux conceptions de l’existence et du monde est âpre. Le suspect est-il un terroriste potentiel ? Le représentant de l’ordre est-il un démocrate attaché aux libertés ? L’interrogatoire est plutôt musclé. Les questions sont incisives. Les réponses sont insidieuses et mènent à des interrogations plus ciblées. La réplique louvoie alors vers l’ironie, le détournement par l’humour.

C’est une joute oratoire. Chacun cherchant la thèse qui reflète le mieux l’idéologie dans laquelle sa culture l’a intégré. Il y a, forcément, des parts de vérité chez l’un comme chez l’autre. Et ce sont ces parts-là qui interpellent le public car, que l’on se situe dans un camp ou son adverse, il existe des préjugés, des jugements préconçus dont on a du mal à se débarrasser, à nuancer.

Bien qu’il ne se passe pas grand-chose, l’intérêt ne faiblit pas. La tension qui s’installe entre les deux protagonistes suscite un climat de suspense. Non seulement, elle mène à des rebondissements inopinés, mais elle crée entre les deux débatteurs des liens humains au-delà des divergences spirituelles et politiques.

Un duel impitoyable

L’ainé, Jean-Pierre Baudson passe aisément de la parole aimable à la fureur et à la violence. Il campe un commissaire aguerri capable de mener une discussion jusque dans les recoins d’un raisonnement, qui connait les ruses et les faux-fuyants des accusés, qui trouve la contre-argumentation efficace. Il a l’art de ruser entre chantage et complicité occasionnelle.

Grégory Canoli a moins de variété dans son élocution. Il parvient cependant à voyager entre la stupéfaction vraie ou feinte de celui qui se prétend innocent, l’impertinence voire le sarcasme de celui qui éprouve un certain mépris envers qui l’incrimine, la conviction prosélyte du croyant, la duplicité de l’antagoniste contraint à des jeux rhétoriques pour déstabiliser, la fragilité humaine d’un être écorché par son existence.

Jean-Michel van den Eeyden a mis en scène le texte de Ziegler avec la sobriété voulue. Il orchestre les oscillations comportementales des combattants à la façon d’un morceau de musique de chambre. Et, afin d’éviter une émotivité trop superficielle dans la salle, au lieu de les faire jouer, il fait dire par les acteurs les didascalies, ces notes descriptives de l’auteur.

Ce match verbal, rythmé par des épisodes plus physiques, dopés par de la violence exacerbée, réserve d’ultimes soubresauts en guise d’épilogue. De quoi poser une dernière question au public, lequel aura l’occasion d’en débattre après la représentation puisqu’un échange a lieu pour qui le désire. À savoir : est-ce qu’un jour, vu l’évolution des terrorismes, on en arriverait vraiment à un insoluble dilemme éthique ?



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La route du levant

de Dominique Ziegler

Théâtre
Mise en scène : Jean- Michel Van den Eeyden
 
Avec : Jean-Pierre Baudson, Grégory Carnoli

Collaboratrice artistique Line Guellati
Création lumière Julien Vernay
Création sonore Vincent Cahay
Régie Arnaud Bogard, Samson Jauffret

Durée : 1h15 Photo : © Leslie Artamonow  

Production L'ANCRE (Charleroi) 
Coproduction  Théâtre National Wallonie- Bruxelles I
Remerciements asbl S.A.V.E. Belgium, le CRIC, SAJ Charleroi, CAL Charleroi, la CNAPD, Mourad B., Julianne Laffineur, Philippe Laurent.

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