Publié le 12 mai 2017
Un voyage de presse inattendu sur la Loire, non pas celle que tout le monde connaît. Mais la sauvage, la mystérieuse, la majestueuse aussi. Un voyage patrimonial, teinté des couleurs d’un Estival qui s’annonce multi-expérientiel.

C’est parti d’un email, reçu au hasard d’un listing presse conséquent. Une lecture rapide, puis l’oubli. Quelques heures plus tard, le souvenir fugace de ce message qui surgit. On le ré-explore : « Voyage de presse Estival de la Bâtie d’Urfé en Loire ». Enfin, près de Saint-Etienne. On s’interroge. La Loire à Saint-Etienne ? Lacunes géographiques qui laissent pantois. Les châteaux, oui, bien sûr. Mais La Loire aussi, là-bas…? Eh bien, oui. Google nous le confirme. Avec une longueur de 1006 kilomètres, la Loire prend sa source au sud-est du Massif central, dans le département de l’Ardèche, et est surnommée, à juste titre, le Fleuve Royal de par la majesté des monuments édifiés sur ses rives.

La lecture plus attentive de cet email envoyé par le flegmatique Thierry Pepinot, fraîchement nommé attaché de presse du département de la Loire au côté de la truculente Nathalie Rajon, nous amène à comprendre qu’il s’agit là d’un voyage de 2 jours pour découvrir la programmation du festival clé de la région - L’Estival de la Bâtie d’Urfé - dans un château. Dans un château… Qui se poursuivra par la découverte de plusieurs pépites patrimoniales de la région. En somme, un déplacement touristique, patrimonial et culturel. On dit « Oui », bien sûr.

Une arrivée lumineuse

Mardi 9 mai. Départ matinal de Gare de Lyon, arrivée vers 10h à Saint-Etienne. Café, croissant dans un bar réunissant une petite dizaine de journalistes parisiens venus, comme nous, couvrir ce voyage hors norme. Deux autres reporters lyonnais se joignent à nous. Puis premier déplacement en voiture. Discussion nourrie par des échanges bienveillants sur qui est qui, qui fait quoi. Affinités. Sous un soleil qui devient de plus en plus radieux, arrivée au Château de la Bâtie d’Urfé, dans la plaine du Forez, où plus d’une cinquantaine de personnes attendent, installées, dans l’une des salles du château pour la présentation de l’Estival. 1h très réussie, rythmée par la prise de paroles de différents intervenants tous animés d’un même enthousiasme pour cet événement majeur dans la vie culturelle de la Loire, attirant plus de 12 000 spectateurs.

C’est donc la 7ème édition d’un événement « convivial et familial » qui se déroule sur un mois, ouvert à des publics divers et à des expressions culturelles transverses : musique classique avec des hommages à Berlioz, Chopin, Fauré et Debussy ; opéra avec un spectacle sur la vie tumultueuse de Maria Callas ; théâtre avec une création de Matthieu Cruciani inspirée d’une Andromaque revisitée selon « L’amour fou » de Jacques Rivet ; jazz, guitare, danse néo-classique, cirque. Un festival multiculturel qui, au-delà de « s’adresser aux tripes, aux sens et à l’âme », ambitionne de « faire connaître la richesse du département de la Loire en instillant une programmation culturelle de haute qualité dans des lieux historiques d’exception. »

Les joies de la Loire, cette belle inconnue

Visite d'un château grotté

On se retrouve tous autour d’un buffet dans une dépendance du château, sans un nuage à l’horizon. Petits encas salés sortis du four, vins de choix, gourmandises concoctées avec imagination. Aussi frugal qu’excellent. Juste ce qu’il faut. On nous dit d’aller faire un tour dans le jardin où trône une fontaine. Paraît-il, en observant son eau, on y devine les contours de l’être aimé-e. Passons sur ce détail, agrémenté toutefois d’un jardin parfaitement entretenu, style Renaissance comme l’est ce Château de la Bâtie, que nous découvrons davantage lors de la visite guidée qui nous est réservée.

Les journalistes du matin se retrouvent ensemble et la guide nous conte l’histoire rebondissante de ce château renaissance aménagé par Claude d’Urfé dans la première moitié du XVIème siècle. Une rampe cavalière, un toit en ardoise, un sphinx à l’entrée, des plafonds en fougère, des tapisseries romantiques dédiées à « L’Astrée » (roman pastoral), une bibliothèque de plus de 4500 ouvrages, mais surtout… Surtout. La Grotte des rocailles (photo ci-dessus), la seule aussi bien conservée en France. Un écrin minéral de coquillages et de joyaux entremêlés de telle manière que se dessinent d'éloquents motifs humains, mythologiques et religieux.

Faune, flore, lac, prieuré

Émerveillés par ces beautés, cette chance d’être là et ce soleil, nous poursuivons notre route vers Pommiers, village silencieux qui abrite un imposant prieuré médiéval, siège ingénieux de moines bénédictins. Une autre guide nous explique les grandes lignes de cette histoire, avec une animation contagieuse. On repart en voiture, cette fois pour une croisière sur la Loire, en plein Lac de Grangent. Il est 17h30. Nous rencontrons le couple qui organise la visite sur un bateau qu’on nous précise « électrique pour mieux apprécier la majesté des lieux ».

L’homme, féru de commentaires culturels sur cette région qui le stupéfait, conduit ce bateau avec une sérénité qui complète la justesse de ce tableau de vie. Sa femme raconte l’histoire de ce lac, insistant sur la diversité d’une faune (hiboux, rapaces, papillons) et d’une flore complexe. C’est beau, très beau. Les pensées s’évadent. Le cœur se remplit d’une joie aussi pure que ce paysage d’un calme olympien. Voiture, à nouveau. Direction l'hôtel du Château Blanchard à Chazelles-sur-Lyon, où un dîner 1 étoile Michelin nous attend. Une cuisine contemporaine imaginée par le chef Sylvain Roux. Entrée, plat, dessert d’une finesse à en faire trembler le corps, aérien, subtile, complexe, simple, élégant. Coucher, le cœur léger, le ventre heureux.

Deuxième jour. Découverte d'un bijou. Prieuré romain perché sur la plaine du Forez qui offre une vue panoramique sur la quasi-totalité du département de la Loire, abritant peintures murales du XIIIème siècles et sculptures sensuelles d’une artiste contemporaine. Et, pour finir, le clou d’un spectacle époustouflant : le Château de Saint Marcel de Félines (photo grand format ci-dessus), monument historique conservé avec soin et goût, à l’image de sa propriétaire, Mme Hurstel.

C’est elle qui débute le récit de ce lieu, ravie d’accueillir des visiteurs de Paris. Nous marchons sur des chemins qui offrent une vue splendide sur les horizons de la Loire, sortons le portable pour capturer ces visions. Ouvert au public depuis les années 50, le château est classé au patrimoine et accueille mariages, concerts de chambre, récitals de poésies et autres manifestations culturelles…

Expérience châtelaine

Un homme, spécialiste de l’histoire de l’art et paysagiste, prend le relai pour raconter l'esthétisme d'un jardin entretenu par des ouvriers qui, au loin sous ce soleil encore radieux, s’affairent à leurs tâches quotidiennes. En s’enfonçant dans cet espace de plus de 365 hectares de terre, nous découvrons un théâtre de verdure. Un amphithéâtre à échelle humaine, en pleine forêt. Notre attention s’intensifie. Les questions fleurissent.

Oui, c’est un théâtre. Oui, plusieurs représentations ont été données, dont « Comme il vous plaira », de William Shakespeare, traduit par Daniel Hurstel, le mari de la propriétaire ; « Marie Stuart », de Friedrich von Schiller ; « Jedermann », de Hugo von Hofmannsthal. Des créations imaginées selon les possibilités et les contraintes d'un tel espace naturel, investi par des comédiens qui surgissent des multiples chemins menant à cette scène. Un théâtre vert, qui fait en réalité partie d’un réseau bien plus vaste, les Théâtres de verdure – réunion d’une vingtaine de sites extérieurs d’exception qui se prêtent à la représentation théâtrale et scénographique.

Nous achevons cette visite dans la salle à manger du château où une table est dressée selon les codes précis de la vie châtelaine. En entrée, nous découvrons les saveurs gourmandes d’une spécialité locale - feuilleté aux poires et à la fourme de Montbrison. Un délice, il va sans dire. Puis, du veau avec ses petits légumes croquants et un vase généreux de fraises juteuses accompagnées d’une création chocolatée qui mettent nos sens en émoi.

Vie monastique, train, émotion

Toutes et tous absorbés par l’énergie revigorante et apaisante du lieu, nous en oublions l’heure, qui tourne pourtant à vive allure. S’ensuit une plongée expéditive dans l’histoire : visite guidée de Sainte-Croix-En-Jarez, village de caractère qui nous ouvre les portes (littéralement, avec des clés d’époque) de la Chartreuse de Sainte-Croix et de ces ermitages où vivaient, reclus, les moines de l’Ordre des Chartreux. Voiture, à nouveau, avec la surprise délicate d’une bouteille de vin offerte par nos hôtes : une autre spécialité, vin blanc sec née des vignes volcaniques de la région, le Viognier Aldebertus, dégusté plus tôt dans la journée.

Et train de retour pour Paris, à Lyon Part-Dieu. Pensées vertes, vastes, inspirées, admiratives, reconnaissantes, émues. Plus sauvage, plus méconnu, ce coin de la Loire est - osons le dire en anglais - absolutely astonishing.

Cécile Strouk, envoyée spéciale de la Loire 



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre