Publié le 20 mars 2017
Aux Gémeaux de Sceaux, Eric Lacascade monte « Les Bas fonds », de Maxime Gorki, comme un bateau ivre. La quinzaine d’acteurs forme une troupe bigarrée d’exclus, de marginaux, de déclassés en résonance avec ceux d’aujourd’hui.

Après « Les Barbares » et  « Les Estivants », Eric Lacascade remonte l’œuvre de Gorki à rebours. Ecrite en 1902, « Les Bas-fonds » est en effet la première pièce de l’écrivain russe. La première aussi de tout le répertoire dont tous les personnages sont des pauvres. Elle a valu à Gorki l’annulation de son élection à l’Académie impériale russe, réaction qui suscita la solidarité de son ami Tchékhov qui en démissionna.

Donnée aux Gémeaux de Sceaux en coproduction avec le Théâtre national de Bretagne (TNB) auquel Lacascade est associé et le Théâtre de la Ville délocalisé pour travaux, c’est une pièce de groupe, de troupe avec une distribution pléthorique (une bonne quinzaine d’acteurs) sans grand rôle, juste une kyrielle de courtes interventions. Lacascade a panaché entre les acteurs chevronnés qui sont déjà passés par Avignon et les jeunes pousses du l’école du TNB qu’il dirige.

Dans une nouvelle traduction d’André Markowick, et avec des décors minimaux et très sombres, la pièce parle de la précarité, de l’instabilité permanente des pauvres, des demandeurs d’asiles, des exclus survivant d’expédients. Avec des débats plus ou moins alcoolisés sur le travail ou sur la vérité en résonance avec ceux d’aujourd’hui. Au commencement, le plateau est bien rangé, d’une froideur clinique de cantine avec les tables alignées face au public.

Les personnages entrent un à un en scène et écrivent leur nom sur un tableau noir. Ils sont les clients d’un marchand de sommeil qui loue des emplacements dans un asile de nuit. Mais, du fait de la promiscuité et de la vitalité des personnages, la scène se transforme vite en capharnaüm désolé, en bateau ivre de malheur, en nef des pauvres où chacun boit son destin jusqu’à la lie. La bière coule à flots, le rire le dispute aux larmes et l’agressivité à la pitié dans cette cohorte prérévolutionnaire de marginaux, de voleurs, de bons à rien…

Lacascade évite habilement le catalogue des personnages représentatifs, ce sont tous des individualités bien marquées, avec leurs contradictions, leurs rêves et leur instinct de vie. Parmi eux, un baron, imaginaire peut-être, déclassé sûrement; une dévoreuse de romans à l’eau de rose; un serrurier névrotiquement rivé à son établi au point de délaisser sa femme, Anna, qui se meurt de tuberculose sans avoir rien vécu d’autre que du malheur; un acteur, pitoyable alcoolique qui oublie son texte... La tenancière est une virago qui court après le jeune Pepel lequel aime sa soeur.

Survient un nouveau client, un « passant » plus âgé, que les autres appellent « le vieux », et qui apporte une note de sagesse (ou de résignation) et veut croire en « l’homme meilleur ». Bref moment d’espoir à quoi tous se raccrochent fugitivement avant de le laisser tomber. Et de régler son compte au tôlier dans un accès de rage jubilatoire où tout valse sur scène.

Cela crie et s’agite un peu trop, les acteurs ne sont pas toujours audibles (du moins les plus jeunes). Mais tous ont de l’énergie à revendre et se dépensent sans compter deux heures et demie durant. Corps et âme.



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Sceaux Du 17/03/2017 au 02/04/2017 à 20h45 Les gémeaux 49, Avenue Georges Clemenceau 92330 Sceaux Téléphone : 01 46 60 05 64.

Le dimanche à 17H

Réserver  

Les Bas-fonds

de Maxime Gorki

Théâtre
Mise en scène : Eric Lacascade
 
Avec : Pénélope Avril, Leslie Bernard, Jérôme Bidaux, Mohamed Bouadla, Laure Catherin, Arnaud Chéron, Arnaud Churin, Murielle Colvez, Christophe Grégoire, Alain d’Haeyer, Stéphane E. Jais, Éric Lacascade, Christelle Legroux, Georges Slowick, Gaëtan Vettier

Collaboration artistique :  Arnaud Churin

Scénographie : Emmanuel Clolus

Costumes : Marguerite Bordat

Lumières : Stéphane Babi Aubert

Son : Marc Bretonnière

Durée : 2h45 Photo : © Brigitte Enguerand  

Au Printemps des comédiens de Montpellier du 8 au 10 juin 2017