Publié le 17 mars 2017
L'acception générale de cette expression est d'abord d'être "la rencontre d'une confiance et d'une conscience" entre un médecin et son patient. En Belgique, c'est aussi un entretien entre le Roi et son invité, c'est le "secret royal" comme l'est le "secret médical". A partir de ce postulat de base on peut imaginer bien des choses, en somme, pour combler les manques de l'Histoire...

Sommes-nous bien dans un palais royal ? Dérision: le trône est un tabouret et au niveau des cintres un immense dais doré surplombe le plateau, écrasant l'homme qui, face public, se livre en toute simplicité. L'homme n'est pas seul. Régulièrement, c'est un militaire, un général, qui viendra rompre ses moments de solitude. L'homme c'est un souverain: Léopold III, roi des Belges.
 
Deux jeunes comédiens se partagent avec brio ces rôles et ce texte qualifié de "tragédie" par son auteur, William Cliff. Dominique Rongvaux est le général* et Julien Coene est le roi, tous deux gardant la faculté de devenir également des récitants pour une partie du récit relatant des événements extérieurs comme la prise de Stalingrad.

En petites séquences, séparées par un noir sec, on suivra la relation à la fois distante et proche des deux hommes, les conseils de l'aide de camp, l'attention et la confiance de son supérieur. Il y aura même une scène où le général montre une sorte de compassion envers son roi endormi qui parait alors fragile et à la merci de ses ennemis.

Aidé par la superbe et sobre scénographie de Roberto Baìza et la lumière, qui l'est tout autant, de Julien Soumillon, le metteur en scène Benoît Blampain a opté pour une approche qui tient du jeu d'échecs permettant aux acteurs de se déplacer peu mais à bon escient, et de se concentrer sur ces alexandrins cliffiens qui partent de l'évidence et non du calcul laborieux, du rythme et du souffle propres à l'auteur-poète. 

Dans ce qu'on appelait naguère "le livre d'Histoire", les petits  écoliers belges apprirent "le règne de Léopold III-1934-1951". Illustrant ce chapitre, on voit les photos d'un homme, et surtout de sa femme, la très belle et aimée Astrid, le terrible accident d'auto dont elle fut victime et qui désola une famille, un peuple.

Aussi dramatiques (mais beaucoup moins consuels) sont les épisodes fameux de la capitulation du roi (28 mai 1940) qui suscitera (déjà) une polémique, suivie de son abdication en faveur de son fils, Baudouin, conséquence de la "profonde division qui régnait parmi les Belges". Tel est le commentaire du livre pieux.

Plus loin, on mentionnera simplement que: "la princesse de Réthy et les enfants royaux rejoignent le roi" et que toute la famille finira par résider en Suisse "dans une coquette villa". Pas un mot de plus sur ladite "famille" (sur une certaine Liliane Baels ?) ni sur "une période de régence de 5 ans assurée par Charles, frère du roi". Voilà qui est plus que succinct.

Un littérateur n'est pas un historien

Les intentions de William Cliff, il les donne lui-même (en alternance avec Benoît Blampain ou Dolorès Oscari) dans une petite présentation hors scène, afin sans doute de prévenir toute contestation à propos d'éléments délicats survenus dans une période troublée d'avant, pendant et après une guerre mondiale : J’ai pris ici le parti qu’il était sans tache/Sans vous engager ni moi dans la lourde tâche/De démêler au milieu des avis divers/Celui qui triomphera devant l’univers..."

Le but de ce spectacle n'est pas d'éclairer des zones d'ombre, de confronter des points de vue. Pour cela le théâtre propose, en complément du spectacle:"Les petits cahiers du Poème 2" contenant un dossier historique de Christian Druitte "Léopold III, du prince charmant au roi maudit", de Vincent Dujardin, Michel Dumoulin et Mark Van Den Wijngaert (éd. André Versailles, 2003).

L'auteur ne se prétend nullement historien. Il est poète avant toute chose - et quel merveilleux poète classico-moderne ! - et il a trouvé en Léopold III un homme d'abord, et un personnage de légende, une histoire intéressante aussi, celle d'une presque amitié, d'une presque complicité, entre un "commandant en chef des armées" et son subordonné, un général, son aide de camp."...



Source : www.ruedutheatre.eu Suivez-nous sur twitter : @ruedutheatre et facebook : facebook.com/ruedutheatre
Bruxelles Du 02/03/2017 au 26/03/2017 à je-sa : 20h - di : 16h Théâtre Poème 2 30 rue d'Écosse Téléphone : +32 (0)2 538 63 58. Site du théâtre Réserver  

L’Abdication

de William Cliff

Théâtre
Mise en scène : Benoît Blampain
 
Avec : Julien Coene, Dominique Rongvaux et la participation de William Cliff (ou Benoît Blampain ou Dolorès Oscari)

Assistanat: Stefan Ghisbain
Scénographie, costumes: Roberto Baìza
Musique originale: Julien Coene
Lumière: Julien Soumillon
Régie: Lily Danhaive

Durée : 1h20 Photo : © Alice Piemme  

Création: Compagnie "Le Mesureur"
Coproduction: Poème2, Bruxelles/Le Mesureur, cie de Théâtre, Profondeville/Hypothésarts/La Marlagne/"Découvrez-vous !"(BE)
Soutiens, pour le théâtre: Fédération Wallonie-Bruxelles, Direction Générale de la Culture, Service des Arts de la Scène/Commune de Saint Gilles-Bruxelles/sponsors privés

*vraisemblablement le Général Van Overstraeten dont les "Mémoires" auraient inspiré William Cliff
- William Cliff, Prix Goncourt de Poésie 2015 pour l’ensemble de son œuvre, est considéré comme "un de nos plus grands poètes vivants"-
Revoir: http://ruedutheatre.eu/article/2760/t-serclaes-de-tilly/