Michel VOITURIER Bruxelles
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Publié le 10 mars 2021
Sous-titrée « Récit à lire, à dire, à jouer librement inspirée par l’œuvre de Kafka », cette pièce s’inscrit bien dans la perspective, accrue à cause du confinement, de lire le théâtre en attendant d’y retourner.

Lonobile a choisi comme personnage central une ado de 12ans qui se retrouve dans une situation d’absurde. Elle monologue et dans son discours s’insèrent des phrases prononcées par d’autres personnages : son père, sa mère, un inspecteur de police, une prof, des copains de classe, des employés, des accusés, un juge, un avocat, les membres du Front de Libération, la Loi.

La situation dans laquelle Emma est plongée ressemble à celle que vit Joseph K, le protagoniste clé de  « Le Procès» de Kafka, accusé de quelque chose qu’il ignore. Le fonctionnaire préposé à sa surveillance finit par ressembler à une mouche, parallèle avec « La métamorphose », autre écrit de Kafka.

L’histoire, découpée en 14 séquences plutôt courtes, montre comment la jeune Emma réagit lorsqu’elle est confrontée à une arrestation arbitraire pour un délit jamais défini à travers un dédale de lieux où elle reste libre de ses mouvements sans pouvoir s’échapper. Elle décrit sa résistance contre l’espèce de fatalité à laquelle elle est soumise.

Si, chez Kafka, l’absurdité d’un système despotique est une image du fonctionnement de la société, une démonstration lucide de l’insensé de notre existence qui consiste à nous faire naître pour mourir, la version de Lonobile s’apparente davantage à une fable du passage de l’enfance à l’âge adulte, de la dépendance familiale de la jeunesse à l’indépendance supposée des grandes personnes. Elle met en lumière l’obstination de la gamine à vouloir comprendre, à agir afin de maîtriser son destin.

L’écriture met en alternance le monologue de la jeune fille en phrases souvent descriptives et les dialoguesaux répliques en général plus brèves, sorte d’échange rapide de balles de tennis reprises à la volée. Cette pièce amène à une réflexion à propos de la légitimité des règles édictées par la société, du besoin de comprendre ce à quoi on est soumis, de la fonction formatrice de la résistance à l’arbitraire afin de parvenir à l’autonomie qui fait de l’être humain un citoyen responsable.

Une annexe succincte permet d'aborder "Le procès" par le biais de son résumé. Elle comprend aussi un apercu  bio-bibliographique de Franz Kafka. De quoi susciter l'envie de mieux connaître l'écrivain et son oeuvre.

« Emma K », une approche de Kafka
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Lire le théâtre 2 Guiseppe Lonobile Photo : © DR

Lire : Guiseppe Nolobile, Emma K., Carnières, Lansman, 2018, coll. Poche, 66 p.(8 €)

Compléter : http://www.ruedutheatre.eu/article/3103/les-egares/