Michel VOITURIER Bruxelles
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Publié le 7 janvier 2021
Un manuel destiné aux ados est le fruit d’une expérience en animations de Céline De Bo. Il se veut réflexion au sujet de la démarche, échantillonnage d’exercices à pratiquer, témoignages d’auteurs dramatiques.

Si ce livre se cantonne apparemment aux ados, c’est que la pratique de l’écriture du théâtre semble excellent moyen pour les jeunes de s’exprimer non seulement au moyen des mots mais également de se questionner sur leur rapport à l’oralité, au corps, à l’espace, à un travail qui mène normalement à une collaboration avec des techniques, des métiers nécessaires à la réalisation d’un spectacle.

Pour l’autrice, il s’agit par conséquent «d’une écriture qui doit se réfléchir en trois dimensions ». Elle va jusqu’à accorder à ces ateliers d’écriture pour jeunes la valeur d’un « rite de passage » comme celui qui marquait dans les  sociétés d’autrefois le moment où on bascule de l’enfance à l’âge adulte car il leur permet de se révéler en toute liberté..

Après un préambule qui définit le fonctionnement d’un atelier (conditions qui amènent à sa réussite et difficultés qui risquent de le perturber ; rapport avec les participants), celle qui se définit comme une « anim’artiste » propose un petit catalogue d’exercices ludiques d’écriture, y compris l’un ou l’autre davantage d’improvisation orale, qu’elle a testés avec des adolescents.

Certains mènent vers une écriture brève à produire en trois à quinze minutes. Réaction à une écoute musicale, à des questions ouvertes vers l’imaginaire, à un trajet physique à travers un lieu, à l’entrée en scène d’un personnage…

Certains embarquent vers un temps d’écrit plus long qui peut atteindre la demi-heure. Développement d’une action banale, imagination du dialogue d’une séquence de film muette, monologue intérieur d’une sculpture ou de soi face à un miroir, focalisation à partir d’objets, échanges épistolaires, incipit de pièces existantes… Ou au départ de thématiques précises comme la mort, la vieillesse et tout sujet de réflexion ou de polémique, par l’intermédiaire de personnages puisés dans des pièces d’auteurs, exemples à l’appui.

Des contraintes diverses s’insèrent ici ou là permettant de déjouer les tendances aux stéréotypes, de partir vers des pistes que suggèrent la personnalité d’un personnage à partir des propos tenus par lui. D’autres exercices abordent l’influence du lieu sur l’action en train de se dérouler, celle de la présence d’insolite en contraste avec le champ lexical d’un rôle, celle d’un aléa inattendu.

Céline De Bo aborde également des combinaisons : plusieurs monologues successifs, alternance de narration et de dialogue, intervention ou non d’un chœur, introduction de l’épistolaire ou du fragmentaire. Elle les induit ou les illustre au moyen d’extraits de pièces, citant des auteurs aussi diversifiés que Mouawad, Karl Valentin, Duqué, Crimp, Sartre, Pommerat, Grumberg… Elle ne néglige pas la possibilité d’un montage de textes produits en atelier dans la mesure où l’envie de le mettre en action naît souvent, une fois l’écrit mis sur papier et retravaillé pour qu’il trouve sa cohérence.

En appendice final, elle ajoute des propos que plusieurs écrivains de chez nous ont confiés lors d’interviews à propos de leur conception personnelle de l’écriture dramatique. Comme Stéphanie Mangez, Thomas Depryck insiste sur l’oralité. Il faut que « ça sonne bien, que ça soit vivant, que ça soit rythmé ». Régis Duqué tient compte que « le texte va entrer en tension avec celui qui va le dire (l’acteur, son corps, sa voix) et ceux qui vont l’écouter (les autres acteurs, le public) ». Veronika Mabardi constate qu’il y a théâtre « dès que tu t’appliques à mettre ton corps dans la parole d’un autre, de respirer avec son souffle ».

Pour Luc Dumont, l’atelier à proposer à des ados ne doit « pas forcément passer par des personnages proches d’eux » car il y voit un risque « d’entrer dans une forme de démagogie ». Il préfère, sans négliger l’aspect pédagogique de la démarche, privilégier la notion de plaisir dans la création. Quant à Didier Poiteaux, il conclut que « Écrire, c’est une bataille avec la langue pour essayer d’exprimer une émotion, un ressenti

Expérimenter l’écriture théâtrale en ateliers
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Le grand lab'mots manuel pratique pour expérimenter l'écriture théâtrale avec des ados

Céline De Bo, Le grand lab'mots, manuel pratique, Manage, IThAC (Initatives Théâtre Ados Créations)/CED-WB (Centre des Ecritures dramatiques Wallonie-Bruxelles), Diffusion: éditions Lansman, 2020, 144p. (18 €)