Michel VOITURIER Villeneuve-d'Ascq
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Publié le 27 novembre 2020
Une performance corporelle et musicale sur le thème du désir, des fantasmes. Une osmose entre danse, mime, claquettes, voix, musique contemporaine, écriture poétique. Un spectacle ésotérique et sibyllin chargé de sens et de sensualité.

Sans doute n'est-il pas indispensable pour le spectateur d'avoir appris qu'Anna Gaïotti s'est immergée, avant de créer son spectacle, dans le milieu de la prostitution de Zurich. Elle y a recueilli différents témoignages de péripatéticiennes. Puisque cette réalisation est étrangère à ce qui est anecdotique et se refuse au docufiction, ce qui est proposé sur scène se décode en priorité dans l'immédiateté de la représentation.

Lorsque "Les Antécédentes" commence, tout de suite, le spectateur est entraîné vers un rituel, une cérémonie chamanique en quelque sorte, une réminiscence du théâtre nô qui crée une atmosphère à la fois mystérieuse, envoûtante, obsessionnelle. C'est un moment, une durée qui s'articule autour de trois éléments: la musique, le corps, l'espace.

La musique est d'abord celle que jouent Sigolène Valax et Léo Dupleix sur leurs consoles informatiques. Elle se nourrit de sonorités héritières de celles que produisaient durant les années 60 des compositeurs comme Pierre Schaeffer, Henri Pousseur, Pierre Henry à la belle époque des recherches acousmatiques. Loin des notes de la gamme occidentale, ce sont des sons générateurs de sensations, porteurs d'inconnu.

S'y mêle la voix d'Anna Gaïotti. Une voix capable de modulation, de cri, de jeu de souffle. Qui s'empare parfois du texte écrit pour la circonstance en privilégiant davantage la mélodie des mots que leur signification. En cela, elle accommode à sa façon des phrases comme en produit l'écriture automatique, lyrique et incantatoire, mélange de crudité et d'élégance, "hymne d'une sieste noire" ponctuée de métaphores au génitif.

Le corps préside. Il attire les regards, vêtu et dénudé par un costume qui cache et révèle la chair. Il exalte une énergie contenue qui s'épand dans les gestes, les attitudes. C'est un réceptacle, un tabernacle accumulant et distribuant. Il se maitrise et s'abandonne tour à tour. Il se confine dans l'intime tout en se donnant en spectacle avec l'appoint d'accessoires à portée symbolique. Il "énonce le mythe d'une sirène en mutation migrant des eaux vers la terre".

L'espace l'accueille. Il se présente dans une pénombre propice au mystère, d'où surgissent des éclairages ponctuels pour révéler, mettre en avant le personnage principal tandis qu'alentour une silhouette fantomatique au sexe ambigu incarne un double de l'interprète ou son fantasme tyrannique. Ce lieu anonyme, aux frontières floues, se verra, à un moment donné, doté par cet acolyte camouflé d'une ligne de démarcation entre réel et fictionnel, entre désir et doute, entre impulsion et interdit.

Au spectateur de se laisser entraîner, emporter. S’il résiste, son plaisir risque déçu car ici, être disponible est la condition primordiale pour accompagner la troupe dans son voyage onirique aux connotations initiatiques.

 

Les antécédentes
Villeneuve d'Ascq (Lille) - Festival Next Le 21/11/2020 à 17h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Les antécédentes

de Anna Gaïotti

Musque Chorégraphie Théâtre
Mise en scène : Anna Gaïotti
 
Avec : Anna Gaïotti (parole - danse), Clément De Boever (danse) ; Léo Dupleix, Sigolène Valax (musique)

Concept, texte, chorégraphie, costumes : Anna Gaïotti
Musique : Léo Dupleix (MaxMsp), Sigolène Valax (Perséphone, Quadrantid Swarm)
Spatialisation, régie son : Thibaut de Raymond
Création, régie lumière : Estelle Gautier

Durée : 1h15 Photo : © Leontien Allemeersch  

Production: Lovetot

Coproduction : Ménagerie de verre, Kunstencentrum BUDA
Accueils, soutiens : Tanzhaus Zürich, Ménagerie de Verre, Kunstencentrum BUDA Kortrijk, GMEM Marseille, Montevideo Marseille