Noël TINAZZI Paris
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Publié le 6 février 2020
« L’Heure bleue », de et par David Clavel, rassemble au 104 six bons acteurs pour des révélations explosives au sein d’une famille.

Fruit de la résidence de David Clavel à la Comédie de Reims où la pièce a d’abord été créée, L’Heure bleue révèle combien l’auteur, acteur et metteur en scène est un amoureux des mots. Tragédie antique mâtinée de drame télévisé, la pièce retrace par la seule force de la parole les dévoilements successifs d’un lourd secret familial. Ou plutôt plusieurs secrets qui se révèlent chacun à son tour, sortes de secrets gigognes qui impliquent plus ou moins directement les six personnages d’une même famille, tous à fleur de peau. Ils ne portent pas de nom, ne sont jamais tous ensemble, ni en phase, ils ne se définissent que par leur lien de parenté (fils de, épouse de ...).

Dans la grande maison familiale, le fils aîné (David Clavel) revient après vingt ans d’absence, non en fils prodigue mais pour voir son père en fin de vie. Loin d’être joyeuses, ces retrouvailles sont le théâtre d’une confrontation avec  les autres membres de la famille, pressés de faire la lumière tant qu’il est encore temps. Servie par une scénographie minimaliste, ingénieuse et efficace, la pièce égrène les séquences très denses d’une tension qui va crescendo.

« L’heure bleue, nous dit David Clavel dans le programme, est le moment où les rayons impérieux de Jupiter se changent en lueur rasante ». En l’occurrence, Jupiter, c’est le père, le pater familias et chef du restaurant attenant, cloitré dans sa chambre par un cancer. Véritable porc-épic (interprété à merveille par Daniel Martin), il fait tout pour rendre ces retrouvailles pénibles. Et lâche au compte-goutte et avec fiel des éclairages sur le passé familial qui transforment la relation entre ses membres.

Phèdre moderne

Ainsi, apprend-on d’abord que son épouse, la mère, disparue depuis longtemps, s’est en fait suicidée. Sa seconde épouse, créature romanesque un rien alcoolique (jouée avec gourmandise par Emmanuelle Devos), a eu une liaison avec le fils avant d’épouser le père et d’avoir un fils de lui, un garçon solitaire devenu photographe (Maël Besnard, touchant). Du moins est-ce là la version officielle. Et c’est ce que croit le garçon lui-même, ainsi que la fille cadette du pater, célibataire très dévouée (Anne Suarez). Que sait le fils aîné qui revient au bercail avec femme (Valérie de Dietrich) et enfant ?  On ne le sait pas au juste. Mais celle qui est sa belle-mère va se charger de faire la mise au point, Phèdre moderne, prise en tenaille entre le père et le fils.

On craint le pire après chacune de ces révélations, toutes porteuses d'un potentiel explosif. Mais le dénouement s’avère moins sombre qu’on pouvait s’y attendre, concluant de façon inattendue la pièce qui souffre d’être un poil trop longue. 

L'Heure bleue
Paris Du 25/01/2020 au 08/02/2020 à 20h30 104 5 rue Curial 75019 Téléphone : 01 53 35 50 00. Site du théâtre

Les 6 et 7 octobre au Théâtre de Nîmes

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L'Heure bleue

de David Clavel

Théâtre
Mise en scène : David Clavel
 
Avec : Maël Besnard, David Clavel, Emmanuelle Devos, Valérie de Dietrich, Daniel Martin, Anne Suarez

Collaboration artistique : Anne Suarez
Scénographie : Emmanuel Clolus
Création lumières et régie générale : Thomas Cottereau
Création son : Lisa Petit de la Rhodière
Création costumes : Nicolas Guéniau
Régie son : Vincent Dupuy
Régie plateau : Adèle Bensussan
Assistante à la mise en scène : Juliette Bayi

Durée : 2h Photo : © Jean-Louis Fernandez