Michel VOITURIER Villeneuve d'Ascq
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Publié le 25 novembre 2019
Une fillette de 11 ans se met à jouer en laissant ses fantasmes se libérer. En résulte un seule en scène qui tient un peu de la danse, beaucoup de l’expression corporelle brute. Une performance de contorsionniste.

Helena de Laurens a pour instrument son corps. Elle s’en sert avec une incomparable virtuosité. Lorsqu’elle surgit du lointain, côté cour, elle laisse derrière elle des coulisses encombrées. Elle s’empare d’un plateau nu. Elle hante cet espace vaste de la dominante rouge de son costume de scène qui est aussi celui de son personnage double, simultanément adulte et gamine, babysitter fantasque à la Mary Poppins et enfant polissonne.

C’est l’heure du sommeil, de la période où les rêves surgissent débridés, incontrôlés par la raison ou les interdits. C’est le défoulement intérieur. C’est un univers mental qui sied bien à la performeuse. Elle se livre donc à un festival de contorsions et de grimaces. L’atmosphère vire vite au film d’épouvante et à la panoplie d’Halloween,  là où les monstres grignent.

On assiste alors à un spectacle écartelé sans cesse entre des antinomies : chorégraphie et pantomime, peurs ancestrales et grotesque, psychologie et farce, provocation et audace, acrobatique numéro de contorsionniste et danse stylisée, pitrerie et parodie. L’hybride domine. Il perdure, ne va guère au-delà des apparences, laissant paradoxalement un goût de trop plein et un désir frustré de trop peu. Sans doute toute virtuosité laissée à elle-même ne parvient-elle pas laisser place à un véritable contenu.

La séquence finale demeure néanmoins un moment chargé de sens à travers des codes plus riches que les mimiques outrancières  et caricaturales. La fillette Jeanne implante sur le sol du plateau, au moyen d’un large ruban orange adhésif, une sorte de marelle. L’interprète Helena finit par s’emberlificoter dans le ruban et un espace ludique trop restreint. Elle luttera avec énergie pour échapper à ce qui finit par la ligoter, par lui ôter toute possibilité de liberté. Elle luttera…

Le grand sommeil
Villeneuve d'Ascq (Lille) - Next Du 21/11/2019 au 23/11/2019 à je 19h ve 21h sa 20h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Le grand sommeil

de Marion Siéfert

Théâtre
Mise en scène : Marion Siéfert
 
Avec : Helena de Laurens

Conception: Marion Siéfert
Chorégraphie Helena de Laurens, Marion Siéfert
Collaboration artistique : Helena de Laurens
Scénographie, assistanat à la mise en scène : Marine Brosse
Lumière: Marie-Sol Kim, Juliette Romens
Création sonore : Johannes Van Bebber
Costumes
:  Valentine Solé
Développement, accompagnement : Ziferte Productions Cécile Jeanson, bureau Formart

Durée : 1h15 Photo : © Mathieu Bareyre - Janina Arendt  

Soutiens : Studio Naxos (Francfort), Théâtre Nanterre-Amandiers, la Ménagerie de verre (Studiolab), Centquatre (résidence d’essai), CND – (disposition de studio), la Briqueterie-CDC du Val de Marne, Kulturamt Frankfurt, Hessische Theaterakademie, Kulturamt Gießen, Gießener Hochschule Gesellschaft, Asta der Justus Liebig Universität Gießen, Université Paris Nanterre, Office Franco-Allemand pour la Jeunesse, mairie de Chevaline.