Michel VOITURIER Lille
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Publié le 25 juin 2019
Comme un conte fondateur, « Kirina » est une histoire d’un peuple qui cherche à définir son identité. Il lui faut un pays, des rites, des lois, des citoyens. Il lui faut une existence réelle et culturelle au prix de combats si c’est nécessaire.

Un élément essentiel à la fondation du Mali fut, au XIIIe siècle, la bataille de Kirina. Elle est devenue épopée contée par les griots. C’est le point de départ du spectacle conçu par Serge Aimé Coulibaly et sa complice musicienne Rokia Traoré.

Lorsque le monde change, que les nomades se sédentarisent comme autrefois, que les autochtones sont contraints à l’émigration comme aujourd’hui, rien n’est plus tel qu’auparavant. Les êtres autant que les façons d’être se modifient. Tout se met en mouvement.

C’est bien de cela dont il est question dans cette chorégraphie de Serge Aimé Coulibaly. Précédant le véritable début de l’histoire, au lointain du plateau, défilent des figurants, par petits groupes, des solitaires, des couples, des clans. Les uns semblent se hâter, les autres trainent la patte. Ils marchent, indéfiniment, ils marchent. Vers où ? Vers quoi ? Parfois même, ils passeront à l’avant-plan.

Au milieu, se concentrent musiciens et danseurs. Eux incarneront la parole, les actions accomplies pour créer une unité, une solidarité, une symbolique commune à inscrire dans l’Histoire. Par intermittence, la voix de l’un d’eux, à l’instar d’une voix off, commentera ce qui se déroule. D’autres voix entonneront des chants, des psalmodies. Les instrumentistes dynamiseront les rythmes, s’associeront à des mélodies harmonieuses, par moments proches de musiques de variétés ou à des sonorités vigoureusement âpres, plus évocatrices du patrimoine ethnique africain ou de compositions véritablement contemporaines.

Tous donneront à leurs corps une emprise permanente sur l’espace. Tous gesticuleront jusqu’à la virtuosité ou vers la sensualité ou vers la violence dans une générosité d’élan. La danse s’apparente quelquefois à l’acrobatie. Les individualités s’affirment. Les  connivences se réunissent. Les affrontements se heurtent.

Si le contenu des trois tableaux composant le spectacle est parfois confus, à défaut d’en comprendre les détails, l’important est que l’ensemble ne faiblit jamais. La répétitivité du défilé des ambulants est ponctuation permanente. Les solos, les duos, les chorégraphies collectives baignent dans une atmosphère où la lumière évoque la chaleur du territoire.

L’ambiance est aux tonalités ocre qui régissent les costumes. Le tissu est la substance même du spectacle. En tant que décor puisque des textiles sont empilés en colonnes monumentales en guise de décor initial. En tant qu’accessoires et parures ensuite lorsqu’ils sont saisis par les protagonistes pour s’en vêtir, pour s’en servir en tant que drapeaux ou signaux, pour en faire des envols d’oiseaux ou de feux d’artifice voire des instruments de lapidation.

Demeurent finalement une énergie partagée avec l’assemblée, la démonstration que le mouvement permet d’aller au-delà du présent, la certitude que la collectivité unie dans l’action mène vers des améliorations, la volonté d’union nourrissant toute force populaire contre les erreurs des conflits.

Kirina
Villeneuve d'Ascq (Lille) Du 06/06/2019 au 08/06/2019 à 20h La Rose des Vents Boulevard Van Gogh, Téléphone : 0320 61 96 96. Site du théâtre Réserver  

Kirina

de Serge Aimé Coulibaly d'après Felwine Sarr

Danse
Mise en scène : Serge Aimé Coulibaly
 
Avec : Danseurs : Marion Alzieu, Ida Faho, Jean-Robert Koudogbo Kiki, Antonia Naouele, Adonis Nebie, , Daisy Phillips/Giulia Cenni, Issa Sanou, Sayouba Sigué, Ahmed Soura Musiciens : Aly Keita/Youssouf Keita (balafon), Saidou Ilboudo (batterie), Mohamed Kanté (basse), Yohann Le Ferrand (guitare) Chanteuses : Naba Aminata Traoré, Marie Virginie Dembélé Texte : Ali ‘Doueslik’ Ouédraogo Figurants : 40 bénévoles locaux

Composition,  direction  musicale : Rokia Traoré
Libretto : Felwine Sarr
Dramaturgie : Sara Vanderieck
Assistanat à la chorégraphie : Sayouba Sigué
Scénographie : Catherine Cosme
Costumes : Salah Barka
Éclairage : Nathalie Perrier
Vidéo :  Eve Martin
Technicien éclairage : Hermann Coulibaly
Technicien  son : Ralph M'Fah-Traoré
Régisseur général, technicien vidéo : Jérémy Vanoost

Durée : 1h35 Photo : © Philippe Magoni  

Responsable préproduction : Eline Vanfleteren
Responsable  production : Laure Louvat, Hanna el Fakir
Direction technique : Jan Mergaert
Conseil artistique : Thomas Prédour
Coordination : Faso Dase Théâtre, Lies Martens
Production : Faso Danse Thnéâtre, Ruhrtriennale :
Coproduction : Festival de Marseille (FR), La Villette Paris (FR), les ballets C de la B (BE), Théâtre National Wallonnie-Bruxelles (BE), Romaeuropa Festival (IT), Kampnagel Hamburg (DE), De Grote Post Oostende (BE), Kunstencentrum Vooruit Gent (BE), La Rose des Vents Villeneuve d’Ascq (FR), ExtraPôle Provence-Alpes-Côte d’Azur (FR)
Producteur exécutif : les ballets C de la B (BE)
Distributeur : Frans Brood Productions
Remerciements : Ankata (Bobo Dioulasso, Burkina Faso), Fondation Passerelle (Bamako, Mali)
Appui : Fédération Wallonie-Bruxelles,  Wallonie-Bruxelles International, Taxshelter Belgium