Noël TINAZZI Paris
Contact
Publié le 9 février 2019
Avec « Gravité » le chorégraphe Angelin Preljocaj crée une pièce sérieuse sur l’attraction terrestre. Virtuose et abstrait.

Vaincre les lois de la gravitation, vieux rêve de l’humanité en général et des danseurs en particulier. Après quantité d’autres, Angelin Preljocaj s’y colle et revient aux fondamentaux de la danse. Tout en respectant son principe d’alternance entre pièces de recherche chorégraphique pure et des ballets plus narratifs, Gravité, à prendre au double sens du mot, explore les voies de l’attraction des masses entre elles. Sans rien de ludique et de rares séquences enjouées, la pièce sérieuse assigne aux treize danseurs la mission de repousser leurs limites et d’explorer de nouvelles planètes. Avec des costumes noir et blanc sans grande fantaisie ni éclat et, pour tout décor, des lumières qui dessinent sur le plateau des formes à géométrie variable dans lesquels ils s’inscrivent. 

Parti de la terre, dont les corps s’extraient difficilement, à l’ouverture, le ballet y revient au finale bouclant ainsi la boucle au terme d’une odyssée de l’espace chorégraphique. Avec une palette très éclectique de musiques qui vont de Jean Sébastien Bach, Maurice Ravel, Dimitri Chostakovitch pour les classiques, à Iannis Xenakis, Daft Punk, Philip Glass, et le collectif 79D pour les contemporains. Sur ces musiques se surimposent par intermittence des extraits sonores de l’aventure spatiale, laissant entendre l’émotion des spationautes russes qui quittent la terre ou de Stephen Hawking évoquant les trous noirs.

Chenille de danseurs

D’une virtuosité très technique les mouvements reflètent l’esprit de conquête spatiale qui sous-tend toute la pièce. Ainsi, les portés ne reposent pas toujours sur les garçons, comme c’est le cas dans la danse classique, ni sur les mains et les bras mais alternent entre les deux sexes et les appuis se font sur les hanches, les coudes, les fesses, les têtes. Aux solos, duos, quatuors qui s’enchaînent rapidement succède de façon cyclique la figure de l’anneau comme une chenille de danseurs, très étroitement liés les uns aux autres, tentant de se libérer par à-coups pour y revenir, comme au bord de ces trous noirs qui fascinent Preljocaj.

La même figure  de l’anneau et le même esprit de conquête sont à l’œuvre sur un morceau de bravoure qui surgit soudain, inattendu, le fameux Boléro de Ravel, circulaire par excellence, auquel nombre de chorégraphes se sont mesurés. Prenant tout son temps, la séquence déploie toutes les ressources d’un ballet qui fait le grand écart entre lutter contre la gravité et jouer avec elle.

Gravité
Paris Du 07/02/2019 au 22/02/2019 à 20h30 Théâtre National de Chaillot 1 Place du Trocadéro 75116 Téléphone : 01 53 65 30 00. Site du théâtre

Du 03 au 06 avril 2019 : La Criée, Théâtre National de Marseille

Réserver  

Gravité

de Angelin Preljocaj

Danse
Mise en scène : Angelin Preljocaj
 
Avec : Baptiste Coissieu, Leonardo Cremaschi, Marius Delcourt, Léa De Natale, Antoine Dubois, Clara Freschel, Isabel Garcia Lopez, Véronique Giasson, Florette Jager, Laurent Le Gall, Théa Martin, Victor Martinez Caliz, Nuriya Nagimova

Costumes : Igor Chapurin
Lumières : Éric Soyer
Assistante répétitrice : Cécile Médour
Choréologue : Dany Lévêque

Durée : 1h20 Photo : © JC Carbonne