Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 24 mars 2018
Il n'y a pas de volupté sans feu, et le brasier qu'a allumé Emily la consumera, elle et son amante, Anna. Toutes deux ont vécu une passion aussi dévorante que scandaleuse dans leur milieu d'enseignants catholiques. Elles seront même chassées de leur lycée de Flandre profonde, bien pensante.

Pourtant, elles s'aiment... Et les voilà dans la "suite Spilliaert"(!) de ce vieil hôtel d'Ostende qui se donne des airs de luxe, le "Louxor". Le récit est écrit et dit à la première personne, cette Emily/Claire Bodson, enfant pianiste prodige puis prof de musique, commençant d'abord par régler ses comptes avec sa très/chère/Mère. Une relation délicate faite d'amour-haine qui la poursuivra toute sa vie, une vie qui avait pourtant pris un sens nouveau grâce à la rencontre avec Anna/Laura Sepul, d'un tout autre milieu, d'un tout autre parcours.

Emily voudrait écrire à cette mère à présent diminuée, hospitalisée, sur le ridicule papier à lettres de l'hôtel... Anna, elle, se repose dans la chambre, une chambre qui deviendra le théâtre de la conclusion fatale d'une relation "maudite", vouée sans doute au trop-plein, à un échec sublimé...

Emily est davantage le personnage central; Claire Bodson incarne véritablement cette femme malmenée depuis toujours. Laura Sepul se fait peu à peu moins discrète et toutes deux sont fascinantes de crédibilité. Si la chambre témoin du drame décrit avec réalisme, n'est qu'évoquée, l'alignement rigoureux de petites tables sur un sol violet, suggère un lieu moins festif...(scénographie de Simon Siegmann).

En fond, on sent le terroir jamais loin chez Claus, ici représenté par des notaires ébréchés réunis en congrès dans l'hôtel, un journaliste, un certain Van Eyck (!), en quête de confidences d'Emily l'ex "bekende Vlaming (Flamande connue"), la mer enfin, la plage d'Ostende, toujours proche...

La langue de Claus est singulière, mélange de trivialité et de poésie, charnelle en tout cas, volontiers ironique, voire cynique. Pour Christophe Sermet, metteur en scène et adaptateur de la nouvelle, elle "ne cesse de l'éblouir...". "Fasciné par des écritures qui passent davantage par le ventre que par le cerveau", ce Suisse d'origine a découvert un aspect de la Belgique où il est à présent bien installé.

"Ecrire ou mourir, écrire, c'était sa raison d'être"(Veerle De Wit, son épouse)

Il s'agit de l'adaptation par le traducteur fidèle d'Hugo Claus, Alain Van Crugten, d'une nouvelle tirée du dernier recueil publié du vivant de l'auteur. Rappelons que son roman le plus connu "Le chagrin des Belges"(1987), lui a valu une reconnaissance internationale mais qu'il était également poète, dramaturge, scénariste, metteur en scène, cinéaste, peintre... un touche à tout volontiers iconoclaste, "l'enfant terrible des lettres flamandes".

Comment ne pas faire un rapprochement de cette ultime nouvelle avec la mort choisie de l'auteur ? Lui, l'homme des mots, l'auteur flamand le plus connu et le plus primé, atteint de la maladie incurable d'Alzeimer ne voulait pas assister à sa propre déchéance, attendre l'amnésie finale, mais "finir en beauté", avec ses amis et une dernière coupe de champagne. Comme la loi belge l'autorise, il avait obtenu une euthanasie programmée le 19 mars 2008.

Dernier lit
Bruxelles - Toernee General (TN-KVS) - Belgique Du 19/03/2018 au 30/03/2018 à Du 19 au 24/03: 20h30 - le Me 27/03: 18h - Du 28 au 30/03: 20h30 KVS Box Quai aux Pierres de Taille, 9 Téléphone : +32(0)2 2101112. Site du théâtre

Spectacle en français surtitré NL

 

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Dernier lit

de Hugo Claus

Théâtre
Mise en scène : Christophe Sermet
 
Avec : Claire Bodson, Laura Sepul

Texte français: Alain Van Crugten
Assistanat: Nelly Framinet - stagiaire: Fiona Grau
Scénographie, lumière: Simon Siegmann
Musique: Maxime Bodson
Costumes: Diane Fourdrignier (ou Brandy Alexander) - Habilleuse: Nina Juncker
Maquillage: Garance Van Rossum
Régie plateau: Stanislas Drouart - Régie lumière: Gauthier Minne - Régie son: Boris Cekevda (ou Hubert Monroy)
Surtitrage: Inge Floré - traduction: Steven Tallon

Durée : 1h25 Photo : © Gilles-Ivan Frankignoul  

Création: Le Rideau de Bruxelles
Coproduction: Le Rideau de Bruxelles/ Cie du Vendredi-Christophe Sermet/KVS/La Coop asbl
Soutiens:Shelterprod/Tax Shelter.be/ING et Taxshelter du Gouvernement fédéral belge

Diverses manifestations sont prévues pour le dixième anniversaire de la mort de Hugo Claus: exposition au Palais des Beaux-Arts:"Hugo Claus con amore" et pour quelques dates (du 21 au 25/03) au CC d'Auderghem: "Mort de Chien"(une production http://www.scenocity.be)