Michel VOITURIER Lille
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Publié le 11 novembre 2017
À l’époque de l’assassinat de Martin Luther King et des crispations raciales aux USA, des chiens ont été dressés par des policiers pour s’attaquer aux Noirs. L’un d’eux aboutit chez un homme blanc qui aimerait réussir à le faire déprogrammer de la haine qui lui a été inculquée.

Le roman autobiographique « Chien blanc » de Romain Gary est une confrontation avec le racisme dans les années 1960. Ayant recueilli un chien errant, l’auteur et sa femme, l’actrice Joan Seberg s’aperçoivent que, derrière sa douceur habituelle, il dissimule une férocité sauvage dès qu’il est en présence de Noirs. Avec l’aide de l’un d’eux, une déprogrammation est tentée pour effacer la haine qu’éprouve le berger allemand.

L’essentiel d’un récit semi-autobiographique assez touffu de Gary a été utilisé par Brice Bertoud et Camille Trouvé pour parler du racisme en un spectacle bourré d’énergie, rassemblant à la fois le côté vécu de l’histoire d’un couple écrivain-actrice et la toile de fond d’événements historiques se déroulant aux États-Unis autour et à cause des revendications des Noirs pour l’égalité de leurs droits.

C’est un pari difficile que s’est donné la Cie 'Les Anges au plafond' car le livre louvoie entre le couple et le chien, entre l’Amérique et l’Europe au moment des contestations cristallisées lors de mai 68, entre une action entreprise par idéal et une réflexion sociopolitique sur les discriminations. Afin de tenter de faire percevoir ces tensions entre réalité individuelle et interprétation littéraire d'un réel collectif, la scénographie permet d’occuper le plateau du théâtre pour y montrer la complexité politique d’un monde en mutation et psychologique des humains.

 

Une mise en scène grouillante

Une structure métallique permet de jouer à plusieurs niveaux de hauteur, de servir de cadre à des transformations de lieux. Elle surplombe une scène tournante sur laquelle les acteurs matérialisent autant le temps qui passe que les contrariétés affrontées par les protagonistes. Elle est aussi utilisée pour supporter de grandes feuilles de papier déroulées çà et là en guise de support à des écritures comme celles du romancier, pour servir d’écran où se projettent des images filmées d’actualités de l’époque, pour focaliser des endroits et des moments, pour devenir pliages et collages formant marionnettes et masques notamment du chien blanc, pour suggérer des violences par leur chiffonnage ou leur déchirage.

Des éléments extérieurs viennent s’insérer dans cet espace. Ils ont alors comme rôle de suggérer des emplacements sans chercher à être réaliste. Il en va ainsi lorsque le centre scénique devient une cage tourbillonnante. Et, côté cour, une zone alternativement fermée et ouverte dans laquelle, ponctuant le déroulement de l’histoire à la façon d’une bande son, se trouve un percussionniste omniprésent : parfois vu en ombre chinoise, parfois présent en direct devant le public, parfois dissimulé derrière des archives photographiques en noir et blanc.

Cet ensemble architectural est riche, foisonnant même. Il permet nombre d’effets qui rythment le déroulement du récit. Les acteurs qui manipulent aussi des marionnettes grandeur nature interprètent tous les rôles. Ils disent le texte, ils ne l’incarnent pas véritablement. C’est la raison pour laquelle ils manquent de nuances et se réfugient souvent dans le cri, la vocifération, l’outrance vocale. Ce qui, compte tenu de la cadence imposée à ce spectacle dynamique ne facilite pas toujours la compréhension. Sans doute y a-t-il dans cette réalisation un trop plein de signes scéniques sollicitant une attention permanente.

Demeure le thème présenté : que la haine n’est pas sentiment inné, qu’elle est inoculée ou inculquée par une culture, voire une propagande; qu’une fois installée dans un esprit son éradication n’est pas garantie. En ces temps où les manipulations des masses comme des individus sont devenues des problèmes sociétaux, voilà de quoi alimenter la réflexion.

 

White dog
Lille - Festival de Marionnettes de la Maison Folie Moulins Du 07/10/2017 au 10/11/2017 à ma ve 14h 20h je 14h 19h Le Grand Bleu 36 Avenue Marx Dormoy Téléphone : 03.20.09.88.44. Site du théâtre Réserver  

White dog

de Romain Gary

Jeune public dès 12 ans Théâtre
Mise en scène : Camille Trouvé
 
Avec : Arnaud Biscay, Yvan Bernardet, Tadié Tuené

Assistanat : Jonas Coutancier
Adaptation : Brice Berthoud, Camille Trouvé
Dramaturgie : Saskia Berthod
Marionnettes : Camille Trouvé, Amelie Madeline, Emmanuelle Lhermie
Scénographie : Brice Berthoud
Assistanat : Margot Chamberlin
Musique : Arnaud Biscay, Emmanuel Trouvé
Création lumière : Nicolas Lamatiere
Création images : Marie Girardin, Jonas Coutancier
Création costumes : Séverine Thiébault
Mécanismes de scène : Magali Rousseau
Construction du décor : Les Ateliers de la MCB

Photo : © Vincent Muteau  

Co-réalisation : La Rose des vents
Production : Théâtre du Nord (Lille – Tourcoing) / Cie La femme coupée en deux
 Coproduction : Scène nationale 61 (Alençon) / Le Phénix ( Valenciennes) / La Criée ( Marseille) / La Rose des vents (Villeneuved’Ascq) / Le Théâtre de Lorient
Soutiens : ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Hauts-de-France / DICREAM / Dispositif d’insertion de l’École du Nord
Remerciements :Théâtre Nanterre-Amandiers

Lire : Romain Gary, Chien blanc, Paris, Gallimard, 1970

Revoir : http://www.ruedutheatre.eu/article/1517/au-fil-d-oedipe/