Noël TINAZZI Paris
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Publié le 9 novembre 2017
Lucia Calamaro écrit et met en scène « La vita ferma », une pièce sensible qui traite sans pathos de la mémoire des morts. Avec un trio d’acteurs formidables qui donne une verdeur bienvenue au sujet.

La gestion intime des morts  par les vivants... Ce n’est pas un mince sujet qu’affronte l’Italienne Lucia Calamaro, qui vient pour la deuxième fois à Paris avec sa pièce, « La Vita ferma » (en français « La Vie suspendue »), invitée par le Festival d’automne après « L’Origine du monde », en 2015, à La Colline. La vie des morts, donc, véritable piège à mélo, à kitsch, à gore…

Or c’est tout le contraire qui se produit dans « La Vita ferma », mise en scène par l’auteure, pièce en italien, surtitrée en français, émouvante mais drôle, vivante, pleine de fantaisie et d’inventions scéniques, dans une langue parlée gouleyante, servie par un formidable trio d’acteurs. Avec beaucoup de légéreté, de clins d’oeil à l’adresse du public français et des dialogues alertes qui témoignent du combat acharné - vital si on peut dire - que mène la défunte Simona pour éviter que son mari, Riccardo, et sa fille Alice, une gamine de onze ans à la mort de sa mère, ne l’oublient.

En trois temps, la pièce met en scène les trois personnages dans autant de moments de la vie post-mortem de la défunte. Laquelle est bien présente sur scène avec un charme irrésistible, jouée par Simona Senzacqua au physique de danseuse. Le plateau tout blanc est vide, le public disposé frontalement, souvent pris à partie. Sur les côtés, des cartons de déménagement empilés, remplis laborieusement par Riccardo qui s’est résigné à quitter la maison familiale devenue insupportable depuis la mort de sa femme.

Tandis que  le veuf s’échine à remplir ces cartons, à jeter des objets devenus inutiles, voire incompréhensibles, la défunte, de son côté, s’acharne à sauver de la décharge les choses auxquelles elle était attachée, comme autant de témoins de sa présence sur terre. Et c’est à chaque fois une bagarre comique et tendre entre les deux époux qui poursuivent leurs sempiternels débats par delà la mort. « Toi…toi, Riccardo tu vas m’oublier ? », ne cesse de questionner la défunte. Et lui de protester vigoureusement…

Deuxième mort

Au deuxième temps apparaît la fille, Alice, adulte, et chacun de rejouer son rôle dans leur vie de famille ante-mortem avec les travers des uns et des autres.  La mère se plaint de douleurs incompréhensibles nichées à l’intérieur de son corps tout en se moquant de sa propre sensiblerie, toujours prête à verser sa larme au moindre mélo qui passe à la télé. Le père, quant à lui, maudit sa procrastination, incapable de prendre une décision. Et tous trois de revivre les visites tragi-comiques chez le médecin et la mère qui se défile toujours au dernier moment. Du coup, le père se voit contraint d’expliquer seul des souffrances qu’il n’éprouve pas…

Situé vingt ans après son décès, le dernier temps confirme les soupçons d’oubli de la morte. Certes, le père et la fille, enceinte, se retrouvent au cimetière pour célébrer l’anniversaire de sa disparition. Mais il a oublié jusqu’à  l’endroit où se trouve la tombe. Et c’est comme une deuxième mort qui frappe alors Simona. Terrible ….

La Vita ferma
Paris 17è Du 07/11/2017 au 15/11/2017 à 20h Odéon-Ateliers Berthier Angle de la rue Suarès et du Bd Berthier Téléphone : 01 44 85 40 40. Site du théâtre

Dimanche à 15h

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La Vita ferma

de Lucia Calamaro

Mise en scène : Lucia Calamaro
 
Avec : Riccardo Goretti, Alice Redini, Simona Senzacqua

Traduction française : Federica Martucci

Décors et costumes : Lucia Calamaro

Peintures : Marina Haas

Durée : 2h45 Photo : © Lucia Baldini