Bella Figura
Noël TINAZZI Paris
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Publié le 8 novembre 2017
Au théâtre du Rond-Point, « Bella Figura », de Yasmina Reza mise en scène par elle-même. Une soirée faite de petits riens, tenue par des acteurs épatants menés par Emmanuelle Devos et Josiane Stoléru.

Après Thomas Ostermeier, qui a commandé et créé « Bella Figura » à la Schaubühne de Berlin en 2015, c’est l’auteure elle-même qui s’y colle pour la version française sur la scène du Rond-Point.  Elle a concocté cette fois une soirée « hors-temps » qui s’ouvre sur le parking d’un grand restaurant de province, se poursuit sur la terrasse et enfin à l’intérieur de celui-ci. Avec beaucoup (un peu trop) de changements de décors à vue, la pièce, qui met en jeu cinq personnages, cinq figures du monde contemporain, est peut-être celle où il y a le moins d’enjeux repérables.

Le rideau s’ouvre sur une situation de couple en crise, autour d’une voiture, une Audi jaune rutilante, quelque part dans la région bordelaise. Elle, Andrea, préparatrice en pharmacie, est invitée au restaurant par son amant, Boris, homme marié en rupture de ban et chef d’entreprise au bord du dépôt de bilan. Il a commis l’indélicatesse de lui préciser que le restaurant lui avait été recommandé par sa femme. Selon une dialectique chère à Yasmina Reza, ce petit détail va tout changer. Dans la soirée et dans la vie des personnages.

Enervé par la tournure des choses, Boris commet une autre maladresse : il renverse en reculant une vieille dame, Yvonne, venue au restaurant fêter son anniversaire avec son fils Eric, et la compagne de celui-ci, Françoise, qui se trouve être la meilleure amie de l’épouse délaissée. Ce ne sont plus deux mais cinq personnages qui vont se trouver aimantés sans pouvoir se libérer de l’attraction-répulsion poisseuse qui les attache, sans que ni eux ni le public ne comprennent ce qui les retient. Ce qui est sûr, en revanche, c’est que Yasmina Reza gère magistralement cette vacuité des situations et des personnages. Avec en acmé, une scène de vaudeville sur la cuvette des toilettes, limite mauvais goût, tentée par la metteure en scène qui peut tout se permettre, où Yvonne surprend le couple d’amants en rut.

Garder la face

On est « le dernier soir » de quelque chose. Du moins c’est Andrea qui le dit et qui y voit l’occasion ou jamais de faire « bella figura », c’est-à-dire de garder la face. Mais la fin de quoi, au juste ? De leur amour, de cette vie d’adultère frustrante, des faux-semblants de cette bourgoisie aisée ? En guise de réponse, Yasmina Reza peuple le spectacle de ce qu’elle nomme des « options atmosphériques ». Comme ces coassements de grenouilles inquiétants qui compromettent toute tentative d’issue heureuse.

La distribution aligne des têtes d’affiche de la scène française qui savent nuancer leur rôle. A commencer par Emmanuelle Devos qui a juste ce qu’il faut de fantaisie pour donner au personnage d’Andrea le bon dosage de futilité et de gravité. Pour sa part, Louis-Do de Lencquesaing s’acquitte très honorablement  du rôle, périlleux tant il est rebattu, de l’homme mûr en situation de grand écart. En outsider, Micha Lescot incarne un jeune requin, un brin irritant, et Camille Japy une belle-fille cassante. Mais la favorite de la soirée est Josiane Stoléru, vieille dame fantasque qui a le pouvoir de relancer la sortie languissante. Sur scène comme dans la salle.

Paris Du 07/11/2017 au 31/12/2017 à 21h Théâtre du Rond-Point 2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt, 75008 Paris Téléphone : 01 44 95 98 21. Site du théâtre

Dimanche à 15h

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Bella Figura

de Yasmina Reza

Mise en scène : Yasmina Reza
 
Avec : Emmanuelle Devos, Camille Japy, Louis-Do de Lencquesaing, Micha Lescot, Josiane Stoléru

Décor : Jacques Gabel

Lumières : Roberto Venturi

Costumes : Marie la Rocca

Son : Bernard Vallery

Durée : 2h Photo : © Pascal Victor