Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 3 avril 2017
Pas moins de quatre couples pour des amours périlleuses, le grand théâtre des intrigues réelles et imaginaires, du faux assumé et du vrai douteux... tant de choses dans une oeuvre, et un auteur que l'on n'arrête pas de découvrir : Shakespeare, simplement.

La pièce de Shakespeare a déjà subi bien des adaptations, condensée ou étirée, il n'est pas que le texte, riche, qui peut prêter à moult interprétations, mais surtout ce que, par lui, l'auteur a voulu exprimer. La version de longueur moyenne présentée ici apparaît comme tout à fait pertinente et est le résultat d'un travail en profondeur de la direction d'acteurs et de la mise en scène avec pour supports une adaptation nouvelle de Maxime Ancelin et une distribution copieuse.

Ils sont près d'une vingtaine à déployer tout le dynamisme et la complicité d'une compagnie -"Théâtre en Liberté"- regroupant des figures bien connues (les "Anciens") mais aussi de nouvelles têtes, jeunes, et prometteuses. C'est Hélène Theunissen qui les dirige et qui a également conçu le projet, réputé difficile, vu comme un défi qu'elle a brillamment relevé.  
 
Au fil du temps, on a pu à la fois parler de fable comme de pièce réaliste ou de comédie amoureuse, à propos de "Midsummer-Night's Dream", datée de 1598-1600. On sait que Shakespeare a puisé son inspiration à des sources littéraires anciennes mais il a donné une forme plus humaine, voire psychologique à son oeuvre.

Monde d'En Haut, monde d'En Bas se croisent, se côtoient quelque part dans une forêt aux alentours d'Athènes, dans les mystères d'une nuit chaude chargée, on l'imagine, de vapeurs, de senteurs, de présences et de la moiteur d'un orage qui se prépare et va se déclarer. Les sentiments des personnages suivront les éléments naturels avec la fine connaissance et le regard ironique de l'auteur sur les aléas des humaines et célestes amours...

Une "féérie", aussi que ce "Songe..." ? On peut le dire, pour ce qui est de la forme choisie, et songer aux ambiances à la Méliès dont on retrouve comme un hommage dans le décor de la scénographe Sabine Theunissen qui utilise tout l'espace du plateau sur trois niveaux pentus; la lumière de Philippe Sireuil va pouvoir s'y jouer, participer à la "magie" de l'ensemble, à l'instar des effets du "créateur du spectacle cinématographique", le pionnier Méliès, "maître de l'illusion". Le côté "théâtre dans le théâtre" avec ses artifices est clairement affiché.

Là, coexisteront le réel terre à terre et l'imaginaire, les êtres visibles et invisibles, et pourrons courir, bondir, débouler, cabrioler, se cacher, surgir brusquement... toutes sortes de personnages des plus disparates. Leurs costumes sont conçus avec la même intention de non-réalisme pour les elfes, bien sûr, au contraire modestes mais représentatifs de leurs métiers pour les artisans, et inventifs quand ceux-ci s'improvisent acteurs maladroits. 

Mais l'histoire ? De simple au départ elle ve se compliquer à plaisir. Il n'est d'abord question que du mariage de Thésée, duc d'Athènes/Fabrice Rodriguez avec Hippolyta/Sylvie Perederejew, reine des Amazones, et des réjouissances qui sont prévues pour cette occasion. Mais l'arrivée d'Egée/Laurent Tisseyre vient déranger ces aimables projets.

Celui-ci sollicite l'appui de Thésée afin d'obliger sa fille Hermia/Elsa Guénot à épouser le mari qu'il lui a choisi : Lysandre/Valentin Vanstechelman, et non Démétrius/Jérémy Grynberg dont elle est amoureuse... un amour tout à fait partagé. Démétrius, lui, est poursuivi par les ardeurs de Helena/Julie Lenain, dont il rejette sans pitié les avances intempestives.

Hermia et Démétrius s'enfuiront, avec à leur poursuite Lysandre et Hermia et tous se retrouveront, ou s'éviteront, dans la mystérieuse Forêt, royaume des elfes et de leurs secrets magiques. Elfe, lutin, farfadet... Puck/Bernard Gahide est tout cela mais surtout c'est l'assistant personnel de Obéron, leur roi, qui aurait quelque intention malicieuse envers Titania, reine des fées. Obéron et Titania sont en quelque sorte le pendant surnaturel du couple terrestre Thésée/Hippolyta (et sont interprétés par les mêmes acteurs).

"Le fou, l'amoureux et le poète sont tous faits d'imagination" 

Etres irréels et simples mortels se croisent dans cette Forêt, centre principal de l'action, car elle sera fréquentée, aussi, par un petit groupe d'artisans venus y préparer un petit divertissement théâtral, un intermède inspiré des Anciens et destiné à s'inscrire dans les festivités du mariage du duc. Il y a là le tisserand Bottom/Stéphane Ledune, très motivé, et le charpentier Quince/Toni d'Antonio (leur metteur en scène amateur) avec le chaudronnier Snout/Chris Baltus, Snug/Maxime Anselin et Flûte/Benjamin Vanslembrouck.

Cette Forêt, refuge pour les esprits de la nature, accueille les transformations animales et les allusions inquiétantes que signent les noms des fées constituant la petite cour de Titania: Fleur-des-Pois/Lucie de Grom,Toile d'Araignée/Alexandre Croissiaux, Phalène/Eléonore Peltier et Graine de-Moutarde/Claire Frament car ne dirait-on pas un condensé des remèdes d'amour utilisés par les sorcier/èr/es ?

Plus spectaculaire est le mauvais tour que joue Obéron à Titania: coucher avec Bottom transformé en âne... une étreinte animale dans le paysage de cette nuit chaotique de folie amoureuse (on peut penser qu'il s'agit de la Nuit de la Saint Jean). Le jour libérera des sortilèges et remettra les choses en place, non sans avoir laissé des traces...

On n'a jamais pu oublier la version audacieuse vue au Théâtre National*, Noire par ses interprètes et étonnamment dynamique grâce à Isabelle Pousseur. C'est une autre metteure en scène qui apporte, elle aussi, mais d'une manière plus sage, un vent de fraîcheur sur ce "Songe..." qui reste surprenant, en dépit des a-priori...

Le Songe d’une nuit d’été
Bruxelles - Belgique Du 09/03/2017 au 08/04/2017 à Les Ma: 19h - Les Me, Je, Ve: 20h15 - Les Di: 16h Théâtre des Martyrs 22 place des Martyrs, Bruxelles Téléphone : +32 (0)2 223 32 08. Site du théâtre Réserver  

Le Songe d’une nuit d’été

de William Shakespeare

Théâtre
Mise en scène : Helène Theunissen
 
Avec : Maxime Anselin, Chris Baltus, Alexandre Croissiaux, Toni D’Antonio, Isabelle De Beir, Lucie De Grom, Claire Frament, Bernard Gahide, Jeremy Grynberg, Elsa Guénot, Stéphane Ledune, Julie Lenain, Eléonore Peltier, Sylvie Perederejew, Fabrice Rodriguez, Laurent Tisseyre, Benjamin Vanslembrouck, Valentin Vanstechelman, en alternance Jadyson Betebe, Akandima Itin, Clément Lekefack et Siya Tisseyre (l'enfant)

Adaptation, assistanat: Maxime Anselin
Scénographie: Sabine Theunissen - Assistanat stagiaire scénographie: Simon Detienne - Peintures: Anaïs Thomas
Création des costumes: Astrid Michaelis - Réalisation des costumes: Astrid Michaelis & Anne Compère
Maquillages: Djennifer Merdjan - Coiffures: Laetitia Doffagne
Création sonore: Daniel Dejean
Création lumière: Philippe Sireuil
Régie générale: Tawfik Matine
Régie son, lumière: Nicola Pavoni, Tom Bourdon

Durée : 2h Photo : © Isabelle de Beir  

Création-production: Théâtre en Liberté, Bruxelles
Soutiens: Commission communautaire française de la Région bruxelloise, Fond d’Acteurs et sponsors privés

*Revoir: http://ruedutheatre.eu/article/1633/le-songe-d-une-nuit-d-ete/