Cécile STROUK Colmar
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Publié le 19 mars 2017
La Comédie de l’Est, Centre National Dramatique de Colmar, accueille une truculente adaptation du « Songe d’une nuit d’été » de Shakespeare, imaginée par son surdoué directeur, Guy Pierre Couleau.

Est-ce une honte de dire que nous n’avions jamais vu sur scène « Le Songe d’une nuit d’été » dans sa pure intégralité ? Tout au plus, quelques bribes lors du festival d’Avignon ou des adaptations libres inspirées de la comédie phare de William Shakespeare. Allez, nous allons dire que « Non, ce n’est pas une honte ». Et nous allons même pousser l’audace jusqu’à dire que c’est une « chance ». Non pas d’avoir attendu si longtemps mais d’avoir pu voir, pour une Première, une adaptation si fidèle et pourtant si contemporaine à la Comédie de l’Est, il y a quelques jours à Colmar.

Rencontré lors du dîner intimiste qui suivit cette représentation de près de 3h (avec entracte), le magnanime Guy Pierre Couleau se dit séduit par la complexité du vers de Shakespeare, qui mélange à souhait les registres tout en gardant toujours ce même rythme : l’équivalent du décasyllabe français. Une scansion qui confère cette fluidité si harmonieuse aux pièces du dramaturge anglais et qui donne aux traducteurs la lourde tâche de s’en approcher au plus près. Dans la version qui nous a été donnée à voir, la traduction est signée Françoise Morvan et André Markowicz et respecte en tous points l’art de la rupture propre à Shakespeare.

Cette fidélité au « Songe d’une nuit d’été » est sans doute ce qui distingue l’adaptation de Guy Pierre Couleau – gage par ailleurs d’une compréhension profonde de cette comédie profane de Shakespeare. La pièce ne subit aucune coupe, elle se déroule comme se déroule la pièce écrite, sans approximation. Elle raconte tout : ces mariages forcés à Athènes qui donnent lieu à une fuite dans une forêt enchantée et à l’hégémonie de l’amour. Enfin, l’amour… Le sexe, beaucoup. Certes, Hermia et Lysandre sont fous amoureux, comme l’est Héléna de Démétrius qui ne l’est pas, trop absorbé par son obsession pour Hermia. Mais tout cela prend une dimension érotique dès lors que le fantastique de la forêt rentre en jeu. La forêt, c’est l’obscurité, la magie, le mystère, les instants volés, la sensualité, le corps… Et justement, du corps, il en est question dans cette adaptation de Guy Pierre Couleau qui reconnaît lui-même l’avoir volontairement mis en avant.

Le songe du corps

Au-delà d’une scénographie soignée qui s’articule autour de papiers froissés et de projections vidéos, il a choisi une mise en scène qui met autant en avant la parole, foisonnante (les personnages de Shakespeare sont rarement mutiques), que le corps. A plusieurs égards : dans leurs mouvements, déjà. La performance des seize acteurs, tous bons il va sans dire, est très physique. Ils occupent avec amplitude la grande scène de la Comédie de l’Est, faisant affleurer une grande sensualité. Ils courent, s’étreignent avec force, ondulent, s’accroupissent, sautent, rampent, roulent. Cette énergie souligne la physicalité d’une pièce très ancrée dans le corporel et l’échange continuel à l’autre. Autre élément de ce mouvement permanent : les costumes, d’une grande recherche esthétique, mélange joyeux de tissus et de styles différents - autre symbole de cette fusion réussie entre onirisme, classicisme et contemporanéité.

Avec une belle humanité et un respect rigoureux des codes théâtraux, Guy Pierre Couleau propose là une adaptation merveilleuse (et nous pesons notre mot) du « Songe ». 

Le Songe d'une nuit d'été
Colmar Du 02/03/2017 au 17/03/2017 Comédie de l'Est 6 route d'ingersheim Téléphone : 03 89 41 71 92.

En tournée Théâtre Firmin Gémier / La Piscine à Antony les 3 et 4 mai 2017

Théâtre des Quartiers d'Ivry, CDN du Val-de-Marne, du 15 au 23 mai 2017

 

Le Songe d'une nuit d'été

de William Shakespeare

Théâtre
Mise en scène : Guy Pierre Couleau
 
Avec : Sébastien Amblard, Clément Bertonneau, Pierre-Alain Chapuis, François Kergourlay, Mylène Le Goff, Anne Le Guernec, François Macherey, José-Maria Mantilla Camacho, Adrien Michaux, Ruby Minard, Martin Nikonoff, Achille Sauloup, Romaric Séguin, Rainer Sievert, Jessica Vedel, Clémentine Verdier
Durée : 3h avec entracte Photo : © Laurent Schneegans