Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 20 mars 2017
La boxe: une danse, un sport, une thérapie également, à quoi il faut ajouter... du théâtre, c'est tout cela dans sa pratique selon Stéphanie Blanchoud qui présente un touchant et magistral "seule-en-scène" !

Qui l'eut cru ? Rendre coup pour coup au sens propre, comme méthode efficace pour se sortir des affres d'une séparation amoureuse, et non par des mots-fèches empoisonnées, par de longs discours durassiens.La jeune femme qui fera presque en permanence face public, nous raconte les étapes d'une rupture, celle qu'elle a vécue.

On ne connaîtra rien de la période heureuse, presque tout de l'échec de la relation. Elle s'adresse à un personnage qui nous devient présent malgré son absence physique ; elle l'interroge, on devine les réponses. Stéphanie Blanchoud, l'auteure-actrice, livre là un texte concis, efficace, un très bel exercice d'écriture.

Mais l'originalité se trouve ailleurs, dans les moments sans paroles où elle se livre à une petite démonstration-récit de sa découverte et son apprentissage de la boxe, sport de combat s'il en est, grâce auquel elle a paradoxalement retrouvé un certain apaisement, jusqu'à pouvoir se dire :"si je tiens en équilibre, je pourrai me relever".

Elle évolue dans un cadre strict imaginé par Maud Grommen, dans la lumière de Benoît Théron. Il évoque d'abord l'appartement qu'elle a quitté. Elle va arracher les marques concrètes du mobilier et des objets partagés, à mesure qu'elle coupe les liens des coeurs.

Puis le lieu se transformera peu à peu en place vide pour une évasion hors les murs vers l'Afrique-berceau, pour "refaire connaissance avec moi". Et elle en arrivera à une autre aventure, bien plus décisive: celle qui se passera dans une petite arrière-salle urbaine. Changement de style vestimentaire et le corps de la jeune femme (pas spécialement baraquée), va se montrer dans sa réalité de sportive accomplie. 

La paire de gants de boxe rouges, élément insolite suspendu au-dessus de l'aire de jeu, prend alors tout son sens. Après le bandage préliminaire, la "boxeuse poids plume" enfile ces attributs (d'un poids d'environ 200 gr.) pour taper, et retaper, sur un "sac de frappe" (d'environ 30 kgs), cela n'étant que l'aboutissement d'un solide entraînement dont elle ne nous livre que des échantillons.

Autant de "pompes & abdos", autant de "sauts à la corde", autant de fois "90 min. minimum d'entraînement" très régulier... Tout cela avant la première rencontre avec un/e "sparring-partner", rencontre qui lui fera dire que, malgré tout: "je n'ai jamais aimé la violence, jamais aimé le goût du sang".

Son coach, lui, "veut voir de beaux mouvements" à la façon d'un chorégraphe ; il lui a donné la conviction qu'il s'agit d'un art, à pratiquer non seulement sur base de règles strictes mais suivant une certaine philosophie, une rigueur morale, une énergie mentale, un effort sur soi -"quand tu crois que tu ne peux plus tu peux encore"- une certaine "élégance" même par les codes contenus dans les "Jab, Direct, Cross, Uppercut, Crochet..."

"Le ring de boxe est un plateau de théâtre. Ou peut-être est-ce l'inverse"

Cette opinion est partagée par le trio gagnant du spectacle dont la conclusion sera un petit match amical de la jeune femme avec l'entraîneur, coach à la ville comme à la scène: Ben Messaoud Hassen. A souligner la belle collaboration entre le coach sportif et la metteure en scène Daphné D’Heur, elle-même comédienne et musicienne-chanteuse, comme l'est aussi Stéphanie Blanchoud. C'est quasi en symbiose qu'elles ont oeuvré à la réussite de ce très personnel "seule-en-scène", en partie autobiographique, qui renouvelle les clichés du thème du "Départ"...

La participation remarquée de Stéphanie Blanchoud à une série télé à succès ("Ennemi Public") a contribué à la faire connaître de ce qu'on appelle le grand public. Mais les amateurs de théâtre savent que c'est depuis une bonne dizaine d'années que l'on apprécie son talent et que périodiquement, on la retrouvait avec bonheur notamment dans les créations et réalisations de la metteure en scène Christine Delmotte au sein de la compagnie Biloxi48.

On savait qu'elle menait en parallèle une carrière de chanteuse, on découvre à présent qu'elle pratique un sport de combat particulièrement dur. Outre la performance physique, sorte d'hommage à la boxe, le récit en "je" ne peut que toucher un public le plus large...

Je suis un poids plume
Bruxelles - Belgique Du 03/03/2017 au 01/04/2017 à ma sa: 19 h ; me-ve: 20h15 ; di : 16h Théâtre des Martyrs 22 place des Martyrs, Bruxelles Téléphone : +32 (0)2 223 32 08. Site du théâtre Réserver  

Je suis un poids plume

de Stéphanie Blanchoud

Seule-en-Scène Théâtre
Mise en scène : Daphné D’Heur
 
Avec : Stéphanie Blanchoud et la participation de Ben Messaoud Hassen

Assistanat: Antoine Motte dit Falisse - stagiaire: Yuri Didion
Scénographie: Maud Grommen
Création sonore: Pierre Slinckx - Violoncelle: Jérémie Ninove
Création lumière: Benoit Théron
Costumes: Chloé Dilasser
Coach: Ben Messaoud Hassen
Régie: Justine Hautenauve
Participation : Mickaelis Karagianis
Le texte est publié aux éditions Lansman en mars 2017

Durée : 1h Photo : © Johannes Vandevoorde  

Accueil : Théâtre de la Place des Martyrs, Bruxelles
Création-production: Tatou asbl/Wild Productions-Stéphanie Blanchoud
Soutiens: CCN/Théâtre du Pommier, Neufchâtel(CH)/Infini Théâtre, Bruxelles(BE)

Lire : Stéphanie Blanchoud, Je suis un poids plume, Carnières, Lansman, 2017, 36 p.