Suzane VANINA Bruxelles
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Publié le 17 février 2017
Ce spectacle se veut le subtil portrait, par lui-même, par ses oeuvres, d'un dramaturge que l'on croit bien connaître. On s'aperçoit que c'est là chose difficile mais passionnante et l'on découvre sa modernité.

On aurait presque oublié que Pirandello était d'abord un romancier, un nouvelliste (340 nouvelles !), un essayiste, (voir "L'umorismo"), un poète, et que la plupart de ses pièces sont des adaptations de ses textes littéraires, en véritable osmose.

Ce spectacle propose trois de ses courtes pièces :"Je rêve, mais peut-être pas?","L’Homme à la fleur à la bouche", "Colloques avec des personnages" et extrait et monologue de:"Ce soir, on improvise". L'auteur de ce montage, Jean-Claude Berutti, également metteur en scène et acteur, s'implique à fond et à tous les niveaux.

On commence tout de suite avec la distanciation chère à Pirandello, le "théâtre dans le théâtre" (ou son essence même ?), ce qu'est en somme, "la représentation", par le monologue d'Inkfuss/Lotfi Yahya (en alternance avec Christian Crahay), suivi des échos d'affrontements entre direction et acteurs : dispute et éclats de voix... On y reviendra encore par la suite, à d'autres moments de contestation des artistes.
 
Mais voici qu'une petite histoire d'amour et de jalousie, à l'allure vaudevillesque parodique, autour d'un collier précieux, va débuter par l'image d'une belle endormie/Nicole Oliver, dont le visage voilé rappelle un certain Magritte : "Ceci n'est pas un rêve ?" Ce sera le leit-motiv interrogatif qui circulera dans les esprits tout le long du spectacle.

Autre "représentation": une séquence de cinéma avec un petit (20') film néo-réaliste en noir et blanc: "L'histoire de Mommina" (dû à Florian Berutti), débouchant sur un moment de théâtre réaliste... rien qu'une transition pour arriver au meilleur: "L’Homme à la fleur à la bouche" (ou "L’homme à la fleur entre les dents").

Là, plus que la virtuosité, on atteint à la profondeur : l'histoire d'une homme/Axel De Booseré qui parle à un autre/Lotfi Yahya, en attente dans un lieu public. Le premier n'attend rien qu'une écoute, ou peut-être même pas; il a besoin de parler, de s'intéresser à des menus faits du quotidien, "des riens", alors qu'il est dans l'angoisse de sa mort programmée et imminente.
 
Mais de nouveau, "bas les masques", l'homme-qui-attendait se démaquille, et on verra arriver la mère de celui qui est redevenu Luigi (Pirandello) sortant de ses doubles. Elle est morte, et elle va entamer un dialogue fantasmé avec son fils qui pleure sa propre mort... en elle. car "elle ne pourra plus jamais le penser comme il la pense".

On peut dire de tous ces personnages, excellemment "joués" par quatre comédien/ne/s, qu'ils ont en commun le fait de se sentir incompris, déçus, ou révoltés par la vie qu'ils mènent; ils se trouvent comme en porte-à-faux, en décalage, pris dans des trompe-l'oeil, et montrent une propension à se tourner vers l'imagination, l'illusion...

La scénographie et les costumes de Rudy Sabounghi, vont dans leur sens, jouent le jeu du théâtre classique, accessoires et maquillages compris, tandis que les marionnettes sont dues à Anne-Laure Fériot.

"Qui sait la vérité ?/Cosi'è (se vi pare)"...

Parabole, drame, comédie, comme d'autres tirée d'une de ses nouvelles, c'est le titre de la première comédie (1916) de Pirandello, en trois actes et... en italien (jusqu'alors il écrivait ses comédies en dialecte sicilien). On la découvrira en français seulement en 1924, sous le titre: "Chacun sa vérité"...qui résume assez bien le sentiment général que l'on retire de la lecture ou de la vision d'une de ses pièces.

Toute l'aventure pirandellienne est là : son style à nul autre pareil qui joue sur l'équilibre raison/folie,"le sentiment des contraires", les conflits internes, sur les perceptions personnelles du spectateur, qui peut le conduire à douter du "réel", à imaginer l'impensable, sans aucune certitude sinon celle de son "intime conviction"...

Moi, Pirandello
Bruxelles - Belgique Du 10/01/2017 au 11/03/2017 à ma-sa: 20h30 - Relâche 07/02>11/02/2017 Théâtre Le Public rue Braemt 64-70, 1210 Bruxelles Téléphone : 0800.944.44 . Site du théâtre Réserver  

Moi, Pirandello

de Jean-Claude Berutti d'après Luigi Pirandello

Théâtre
Mise en scène : Jean-Claude Berutti
 
Avec : Jean-Claude Berutti, Axel De Booseré, Nicole Oliver, Lotfi Yahya (en alternance avec Christian Crahay)

Traduction: Jean-Loup Rivière et Ginette Herry.
Adaptation: Jean-Claude Berutti
Collaboration à la mise en scène: Alix Fournier-Pittagula
Scénographie, costumes: Rudy Sabounghi - Retouches costumes, marionnettes: Anne-Laure Fériot
Lumière: David Debrinay
Film-vidéo: Florian Berutti - Machinerie: Nicolas Henault
Maquillage: Sylvie Barrault
Régie générale: Sylvain Tardi - Régie: Pierre Hendrickx - Stagiaire régie: Dorian Franken-Roche

Durée : 1h30 Photo : © © Gregory Navarra  

Création: Compagnie Jean-Claude Berutti
Coproduction: Cie Jean-Claude Berutti/Théâtre Le Public, Bruxelles (BE)/EPCC Atrium Martinique (MQ)/Théâtre de Roanne/Château de Goutelas (FR)
Soutiens: Fédération Wallonie Bruxelles et sponsors privés pour le Théâtre Le Public

C'est un roman:"Feu Mathias Pascal", qui en 1906, fera connaître Luigi Pirandello (1867-1936), lui apportera une belle renommée en Italie 'il sera "Prix Nobel de littérature 1934"), avant que peu à peu, on se familiarise avec le style pirandellien et que l'on voie en lui un novateur digne d'intérêt.